‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 138 sur 228 · LIVRE xra · texte numérisé non relu

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Télémaque, pendant son aéjonr chez lesallié», troirre de grandes difficultés pour se ménager parmi tant de rois jaloo» les ans des autres. Il entre en différend avec Piialante , chef de» Lacédémoniens , pour quelques prisonniers faits sur les Oaunien», et que chacun prétendait lui appartenir. Pendant que la cause se discute dans l'assemblée des rois alliés, Hippias, frère de Phalaote, va prendre les prisonniers pour les emmener à Tareote. Tâémaque, irrité , attaque Hippias avec fureur, et le terrasse dan» uu combat singulier. Mais bientôt, honteux de son emportement ,^ il ne songe qu'au moyen de le réparer. Cependant Adraste, roi des Daoniens, informé du trouble et de la consternation occasionnés dans Farmée des alliés par le différend de Télémaqne et d'Hippias , va les attaquer à rimproviste. Après avoir surpris cent de leurs vaisseaux , pour transporter ses troupes dans leur camp , il y met d'abord le feu , commence l'attaque par le quartier de Phalante , tue son frère Hippias , et Phalante lui-même tombe percé de coups. A la première nouvelle de ce désordres, Télémaqne, revêtu de se» armes divines, s'élance hors du camp , rassemble autour de lui l'armée des alliés, et dirige les mouvements avec tant de sagesse ,. qu'A repousse, en peu de temps l'ennemi victorieux. Il eût même l'emporté une victoire complète , si une tempête survenue n'eût séparé les deux armées. Après le combat, Télémaque visite les blessés, et leur procure tous les soulagements dont ils peuvent avoir besoin. 11 prend un soin particulier de Phalante , et des funérailles d'Hippias, dont il va lui même porter les cendres à Plialante dans une umed'or.

Pendant que Philoctète avait raconté ainsi ses aventures , Télémaque était demeuré comme suspendu et immobile. Ses yeux étaient attachés sur ce grand homme qui parlait. Toutes les passions différentes qui avaient agité Hercule, Philoctète, Ulysse, Néoptolème, paraissaient tour à tour sur le visage naïf deTélémaque, à mesure qu'elles étaient représentées dans la suite de cette narration.

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Quelquefois il s'écriait, et interrompait Philoctète sans y penser; quelquefois il paraissait rêveur, comme un homme qui pense profondément à la suite des affaires. Quand Philoctète dépeignit l'embarras de Néoptolème, qui ne savait point dissimuler, Télémaque parut dans le même embarras; et dans ce moment on Taurait pris pour Néoptolème.

Cependant Tarmée des alliés marchait en bon ordre contre Adraste, roi des Dauniens, qui méprisait les dieux , et qui ne dierchait qu'à tromper les hommes. Télémaque trouva de grandes difficultés pour se ménager parmi tant de rois jaloux les uns des autres. Il fallait ne se rendre suspect à aucun, et se faire aimer de tous. Son naturel était bon et sincère, mais peu caressant; il ne s'avisait guère de ce qui pouvait faire plaisir aux autres : il n'était point attaché aux richesses, mais il ne savait point donner. Ainsi , avec un cœur noble et porté au bien , il ne paraissait ni obligeant, ni sensible à l'amitié, ni libéral, ni reconnaissant des soins qu'on prenait pour lui, ni attentif à distinguer le mérite. Il suivait son goût sans réflexion. Sa mère Pénélope l'avait nourri , malgré Mentor, dans une hauteur et une fierté qui ternissaient tout ce qu'il y avait de plus aimable en lui. Il se regardait comme étant d'une autre nature que le reste des hommes ; les autres ne lui semblaient mis sur la terre par les dieux que pour lui plaire, pour le servir, pour prévenir tous ses désirs, et pour rapporter tout à lui comme à une divinité.- Le bonheur de le servir était, selon lui , une assez haute récompense pour ceux qui le servaient. Il ne fallait jamais rien trouver d'impossible quand il s'agissait de le contenter ; et les moindres retardements irritaient son naturel ardent.

Ceux qui l'auraient vu ainsi dans son naturel auraient jugé qu'il était incapable d'aimer autre chose que lui-

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même , qu'il n'était sensible qu'à sa gloire et à son plaisir ; mais cette indifférence pour les autres et cette attention continuelle sur lui-même ne venaient que du transport continuel où il était jeté par la violence de ses passions. Il avait été flatté par sa mère dès le berceau , et il était un grand exemple du malheur de ceux qui naissent dans rélévation. Les rigueurs delà fortune , qu'il sentit dès sa première jeunesse y n'avaient pu modérer cette impétuosité et cette hauteur. Dépourvu de tout , abandonne, exposé à tant de maux , il n'avait rien perdu de sa fierté ; elle se relevait toujours comme la palme souple se relève sans cesse d'elle-même , quelque effort qu'on fasse pour rabaisser.

Pendant queTélémaque était avec Mentor, ces défauts ne paraissaient point, et ils se diminuaient tous les jours. Semblable à un coursier fougueux qui bondit dans les vastes prairies, que ni les rochers escarpés, ni les précipices, ni les torrents n'arrêtent, qui ne connaît que la voix et la main d'un seul homme capable de le dompter, Télémaque , plein d'une noble ardeur, ne pouvait être retenu que par le seul Mentor. Mais aussi un de ses regards Tarrètait tout à coup dans sa plus grande impétuosité il entendait d'abord ce que signifiait ce regard, il rappelait d'abord dans son cœur tous les sentiments de vertu. La sagesse rendait en un moment son visage doux et serein. Neptune, quand il élève son trident, et qu'il menace les flots soulevés , n'apaise point plus soudainement les noires tempêtes.

Quand Télémaque se trouva seul , toutes ses passions , suspendues comme un torrent arrêté par une forte digue , reprirent leur cours : il ne put souffrir l'arrogance àe: Lacédcmoniens, et dePhalante, qui était à leur tétr

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