‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 163 sur 228 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Télémaqoe , dans une assemblée des chefs île l'armée , combat la fausse poUUqae qui leur Inspirait le dessein de surprendre Venuse, que les deuY partis étaient convenus de laisser en dépôt entre les mains des liucaniens. Il ne montre pas moins de sagesse à Toccasiou de deux transfuges» dont Yan, nommé Acante, était chargé par Adraste de l'empoisonner; l'autre, nommé Dioscore , offrait aux alliés la lête d'Adraste. Dans le combat qui s'engage ensuite , Télémaque excite l'admiration universelle par sa valeur et sa prudence : il porte de tous côtés la mort sur son passage , en cherchant Adraste dans la mêlée. Adraste, de son côté» le cherche avec empressement, environné de l'élite de ses troupes, qui fait un horrible carnage des alliés et de leurs plus vaillants capitaines. A cette vue, Télémaqne, hidigné, s'élance contre Adraste, qu'il terrasse bientôt, et qa'il rédoit à lui demander la vie. Télémaque l'épargne généreusement; mais comme Adraste, à peine relevé, cherchait à le surprendre de nouveau, Télémaque le perce de son glaive. Alors les Dauniens tendent les mains aux alliés en signe de réconciliation , et demandent, comme l'unique condition de paix , qu'on leur permette de choisir un roi de leur nation.

Cependant les chefs de l'armée s'assemblèrent pour délibérer s'il fallait s'emparer de Yenuse. C'était une ville forte , c[q' Adraste avait autrefois usuq^ sur ses voisins , les ApulienS'Peucètes. Ceux-ei étaient entrés contre lui dans la ligue , pour demander justice sur cette invasion. Adraste, pour les apaiser, avait mis cette ville en dépôt entre les mains des Lucaniens : mais il avait corrompu par argent et la garnison lucanienne, et celui qui la commandait ; de façon que la nation des Lucaniens avait moins d'autorité effective que lui dans Venuse ; et les Apuliens , qui avaient consenti que la garnison lucanienne gardât Yenuse , avaient été trompés dans cette n^ociation.

Un citoyen de Yenuse, nommé Démophante, avait of-

fert secrètement aux alliés de leur livrer, la nuit , une des portes de la ville. Cet avantage était d'autant plus grand , qu' Adraste avait mis toutes ses provisions de guerre et de lK)uche dans un château voisin de Yenuse, qui ne pouvait se défendre si Yenuse était prise. Philoctète et Nestor avai^t déjà opiné qu'il fallait profiter d'une si heureuse occasion. Tous les chefs, entraînés par leur autorité, et éblouis par l'utilité d'une si facile entreprise, applaudissaient à ce sentiment ; mais Téiémaque , à son retour, fit les derniers efforts pour les en détourner.

Je n'ignore pas, leur dit-il , que si Jamais un homme a mérité d'être surpris et trompé , c'est Adraste , lui qui a si souvent trompé tout le monde. Je vois bien qu'en surprenant Yenuse, vous ne feriez que vous mettre en possession d'une ville qui vous appartient, puisqu'elle est aux Apuliens, (jui sont un des peuples de votre ligue. J'avoue que vous le pourriez faire avec d'autant plus d'apparence de raison , (ju' Adraste , qui a mis cette ville en dépôt , a corrompu le commandant et la garnison , pour y entrer quand il le jugera à propos. Enfin, je comprends, comme vous, que, si vous preniez Yenuse , vous seriez maîtres , dès le lendemain , du château où soutiens les préparatifs de guerre qu' Adraste y a assemblés , et (ju'ainsi vous finiriez en deux jours cette guerre si formidable. Mais ne vaut-*il pas mieux périr, que vaincre par de tels moyens? Faut-il repousser la fraude par la fraude? Sera-t-il dit que tant de rois, ligués pour punir Fimpie Adraste de ses tnnnperies, seront trompeurs comme lui? S'il nous est permis de faire comme Adraste, il n'est point coupable, et nous avons tort de vouloir le punir. Quoi I THespérie entière , soutenue de tant de colonies grecques et de héros revenus du siège de Troie , n'a-t-elle point d'autres armes contre la perfidie et les

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