‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 164 sur 228 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

parjures d*Adra$te, que la perfidie et le paijure 7 Vous avez juré, par les choses les plus sacrées, que vous laisseriez Venuse en dépôt dans les mains des Lucaaiens. La garnison lucanlenne, dites- vous, est corrompue par l'argent d'Adraste. Je le crois comme vous : mais cette garnison est toujours à la solde des Lucaniens; elle n'a point refusé de leur obéir ; elle a gardé , du moins en apparence , la neutralité. Adraste ni les siens ne sont jamais entrés dans Venuse : le traité subsiste ; votre serment n'est point oublié des dieux. Ne gardera-t-on les paroles données que quand on manquera de prétextes plausibles pour les violer? Ne s«ra-t-on fidèle et religieux pour les serments que quand on n'aura rien à gagner en violant sa foi? Si Tamour de la vertu et la crainte des dieux ne vous touchent plus , au moins soyez touchés de votre réputation et de votre intérêt. Si vous montrez au monde cet exemple pernicieux , de manquer de parole , et de violer votre serment pour terminer une guerre , quelles guerres n*exciterez-vous point par cette conduite impie ? Quel voisin ne sera pas contraint de craindre tout de vous, et de vous détester? Qui pourra désormais , dans les nécessités les plus pressantes , se fier à vous? Quelle sûreté pourrez- vous donner quand vous voudrez être sincères , et qu'il v<nis importera de persuadera vos voisins votre sincérité? Sera-ce un traité solennel? vous en aurez foulé un aux pieds. Sera-ce un serment? eh! ne saura-t-on pas que vous comptez les dirax pour rien, quand vous espérez tirer du parjure quelque avantage? La paix n'aura donc pas plus de sûreté que la guerre à votre égard. Tout ce qui viendra de vous sera reçu comme une guerre , ou feinte , ou déclarée : vous serez les ennemis perpétuels de tous ceux qui auront le malheur d'être vos voisins ; toutes les affaires

qui demandent de la réputation de pn^ité, et de la coi^ flanoe, vous dcvièndiont imposàibles : vous n'aurez plus de ressource pour fiiire croire ce que vous promettez. Voici , alouta Télémaqne , un intérêt encore plus pressant qui doit vous frapper, s*il vous reste quelque sentiment de probité et quelque prévoyance sur vos intérêts : c'est qu'une coor duite si trompeuse attaque par le dedans toute votre ligue, et va la ruiner; votre parjure va faire triompher Adraste.

A ces paroles , toute rass<»nblée émue lui demandait comment U osait dire qu'une action qui donnerait une vic^ toire certaine à la ligue pouvait la ruiner. Gomment, leur répondit-il, pourrez-vous vousconfler les uns auxautres, si unefois vous rompez l'unique lien de la société et de la ocmifiance, qui est la bonne M? Après que vous aurez posé pour maxime qu'on peut violer les règles de la probité et de la fidélité pour un grand intérêt, qui d'entre vous pourra se fier à un autre, quand cet autre pourra trouver un grand avantage à lui manquer de parole et à le tromper? Où en serez-vous? quel est celui d'entre vous qui ne voudra point prévenir les artifices de son voisin par les siens ? Que devient une ligue de tant de peuples , lorsquMls sont convenus entre eux, par une délibération commune , qu'il est permis de surprendre son voisin , et de violor la foi donnée ? Quelle sera votre défiance mutuelle » votre division, votre ardeur à vous détruire les uns les autres! Adraste n'aura plus besoin de vous attaquer; vous vous déchirerez assez vous-mêmes; vous Justifierez ses perfidies.

O rois sages et magnanimes I 6 vous qui commandez avec tant d'expérience sur des peuples innombrables , ne dédaignez pas d'écouter les conseils d'un Jeune homme I Si

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