LIVRE XVIII
ouvre les portes de rorient, et enflamme tout Thorizon; ses yeux creux et austères se ckangent en des yeux bleus d'une douceur céleste et pleins d'une flamme divine ; sa iuirbe grise et négligée disparait ; des traits nobles et fiers , mêlés de douceur et de grâce, se montrent aux yeux de Télémaque ébloui. Il reconnaît un visage de femme, avec an teint plus uni qu*une fleur tendre : on y voit la blancheur des lis mêlés de roses naissantes : sur ce visage fleurit une éternelle Jeunesse , avec une majesté simple et négligée. Une odeur d'ambroisie se répand de ses cheveux flottants; ses habits éclatent comme les vives couleurs dont le soleil , en se levant , peint les sombres voûtes du ciel , et les nuages qu'il vient dorer. Cette divinité ne touche pas du pied à terre ; elle coule légèrement dans l'air, comme un oiseau le fend de ses ailes : elle tient de sa puissante main une lance brillante, capable défaire trembler les villes et les nations les plus guerrières; Mars même en serait effrayé. Sa voix est douce et modérée, mais forte et insinuante; toutes ses paroles sont des traits de feu qui percent le coeur de Télémaque, et qui lui font ressentir Je ne sais quelle douleur délicieuse. Sur son casque parait l'oiseau triste d'Athènes, et sur sa poitrine brille la redoutable égide. A ces marques, Télémaque reconnaît Minerve.
O déesse , dit-il , c'est donc vous-même qui avez daigné conduire le fils d'Ulysse pour l'amour de son père I II voulait en dire davantage; mais la voix lui manqua; ses lèvres s'efforçaient en vain d'exprimer les pensées qui sortaient avec impétuosité du fond de son cœur : la divinité présente l'accablait, et il était comme un homme qui, dans un songe , est oppressé jusqu'à perdre la respiration , et qui , par l'agitation pénible de ses lèvres , ne peut former aucune voix.
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Enfin Minerve prononça ces paroles : Fils d'Ulysse, écontea-moi pour la dernière fois. Je n'ai instruit aucnn mortel avec autant de soin que vous ; je vous ai mmé par la main au travers des naufirages, des terres inconnues, des guerses saluantes , et de tous les maux qui peuvent éprouver le cœur de Thomme. Je vous ai montré, par des expériences sensibles, les vraies et les fausses maximes par lesquelles on peut régner. Vos fautes ne vous ont pas été moins utiles que vos malheurs : car quel est l'homoMi^ qui peut gouverner sagement, s'il n'a jamais souffert, et 8*il n'a jamais profité des soufCranoes ou ses fautes l'ont précipité?
Vous avez rempli, comme votre p^, les terres et les mers de vos tristes aventures. Allez, vous êtes maintenant digne de marcher sur ses pas. Il ne vous reste plus qu'un court et facile trsyet jusqu'à Ithaque, où il arrive dans ce moment : combattez avec lui, obéissez-lui comme le moindre de ses sujets ; donnez-en Texemple aux autres. Il vous donnera pour épouse Antiope , et vous serez heureux avec elle, pour avoir moins chwché la beauté, que la sagesse et la vertu.
Lorsque vous régnerez , mettez toute votre gl<Hre à renouveler l'âge d or : écoutez tout le monde; croyez peu de gens; gardez-vous bien de vous croire trop vous-même : craignez de vous tromper, mais ne craignez jamais de laisser voir aux autres que vous avez été trompé.
Aimez les peuples ; n'oubliez rien pour en être aimé. La crainte est nécessaire quand Tamour manque; mais il la faut toujours employer à regret, comme les remèdes les plus violents et les plus dangereux.
Considérez toujours de loin toutes les suites de ee que vous voudrez entreprendre ; prévoyez les plus terribles inconvénients , et sachez que le vrai courage consiste à