‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 205 sur 228 · LIVRE XVIll · texte numérisé non relu

LIVRE XVIll

envisager tous les périts , et à les mépriser quand ils deviennent nécessaires. Celui qui ne veut pas les voir n'a pas assez de courage pour en supporter tranquillement la vue : celui qui les voit tous , qui évite tous ceux qu'on peut éviter, et qui tente les autres sans s'émouvoir, est le seul sage et magnanime.

Fuyez la mollesse, le faste, la profusion ; mettez votre gloire dans la simplicité ; que vos vertus et vos bonnes actions soient les omements de votre personne et de votre palais^ qu'elles soient la garde qui vous environne, et que tout le monde appreime de vous en quoi consiste le vrai bonheur. N'Oubliez jamais que les rois ne régnent point pour leur propre gloire , mais pour le bien des peuples. Les biens qu'ils font s'étendent jusque dans les siècles les plus éloignés : les maux qu'ils font se multiplient de génération en génération, jusqu'à la postérité la plus reculée. Un mauvais règne fait quelquefois la calamité de plusieurs siècles. «

Surtout soyez en garde contre votre humeur : c'est un ennemi que vous porterez partout avec vous jusqu'à la mort ; il entrera dans vos conseils ; et vous trahira , si vous l'écoutez. L'humeur fait perdre les occasions les plus importantes : elle donne des inclinations et des aversions d'enfant, au préjudice des plus grands intérêts ; elle fait décider les plus grandes affaires par les plus petites raisons; elle obscurcit tous les talents , rabaisse le courage , rend un homme inégal , faible , vil et insupportable. Défiez-vous de cet ennemi.

Craignez les dieux , ô Télémaque ; cette crainte est le plus grand trésor du cœur de l'homme : avec elle vous viendront la sagesse, la justice, lapaix, la joie, les plaisirs purs, la vraie liberté, la douce abondance, la gloire sans tache.

Je VOUS quitte, A fils d*Ulysse; mais ma sagesse ne vous quittera point, pourvu que vous sentiez toujours que vous ne pouvez rien sans elle. Il est temps que vous appreniez à marcher tout seul. Je ne me suis séparée de vous , en Phénicie et à Salente , que pour vous accoutumer à être privé de cette douceur, comme on sèvre les enfonts lorsqu'il est temps de leur ôter le lait pour leur donner des diments solides.

A peine la déesse eut achevé ce discours , qu^elle s*éleva dans les airs , et s'enveloppa d*un nuage d*or et d'azur, où elle disparut. Téiémaque , soupirant , étonné et hors de luimême , se prosterna à terre, levant les mains au ciel ; puis il alla éveiller ses compagnons , se hâta de partir, arriva à Ithaque, et reconnut son père chez le fidèle Eumée.

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