XIX. Les deux Souris
Une souris ennuyée de vivre dans les périls et dai^s les alrrmes , à cause de Mitis et de Rodilardus qui faisaient grand carnage de la nation souriquoise, appela sa commère, qui était dans un trou de son voisinage. Il m'est venu , lui ditelle , une bonne pensée. J'ai lu , dans certains livres que je rongeais ces jours passés, qu'il y a un beau pays nommé les Indes , où notre peuple est mieux traité et plus en sûreté qu'ici. En ce pays-là , les sages croient que l'âme d'une souris a été autrefois l'âme d'un grand capitaine, d'un roi, d'un merveilleux fakir, et qu'elle pourra , après la mort de la souris , entrer dans le corps de quelque belle dame ou de quelque grand pandiar '. Si je m'en souviens bien , cela s'appelle
• Dans rédUlon de Didol et dans celles qni l'ont suivie, on lit potentat. L'édiUoa de 1718 porie paniiar, et Fénelon a écrit pandiar. On appelle
.métempsyeocé. Dans cette opinion , ils traitent tous les animaux avec une charité fraternelle : on voit des hôpitaux de souris, qu'on met en pension, et qu'on nourrit comme personnes de mérite. Allons , ma sœur, partons pour un si beau' pays , où ]a police est si bonne , et où Ton fait justice à notre mérite. La commère lui répondit : Mais, ma sœur, n'y a-til point de chats qui entrent dans ces hôpitaux? Si cela était , ils feraient en peu de temps bien des métempsycoses : un co)ip de dent ou de griffe ferait un roi ou un fakir; merveille dont nous nous passerions très-bien. Ne craignez point cela, dit la première; Tordre est parfait dans ce pays-là : les chats ont leurs maisons, comme nous les nôtres; et ils ont aussi leurs hôpitaux d'invalides, qui sont à part. Sur cette conversation, nos deux souris partent ensemble ; elles s'embarquent dans un vaisseau qui allait fsiire un voyage de long cours , en se coulant le long des cordages le soir de la veille de l'embarquement. Ou part; elles sont ravies de se voir sur la mer, loin des terres maudites où les chats exerçaient leur tyrannie. La navigation fut heureuse : elles arrivent à Surate, non pour amasser des richesses, comme les marchands, mais pour se faire bien traiter par les Indous. A peine furent-elles entrées dans une maison destinée aux souris , qu'elles y prétendirent les premières places. L'une prétendait se souvenir d'avoir été autrefois un fameux bramin sur la côte de Malabar ; l'autre protestait qu'elle avait été une belle dame du même pays , avec de longues oreilles. Elles firent tant les insolentes , que les souris indiennes ne purent les souffrir. Voilà une guerre civile. On donna sans quartier sur ces deux Franguis > qui voulaient faire la loi aux autres : au lieu d'être mangées par les chats , elles furent étranglées par leurs propres sœurs. On a beau aller loin pour éviter le pénl ; si on n'est mo-
ainsi les brames qui s^oocupent de rastronomie. Mais le nom est an peu déiiguré; Sonnerai les nomme pandjacarers. {ÉdiL de Fers.)
' £n Orient, on appelle Frankis ou Francs les Européen» FéneloD a écrit Franguis. ) Édit. de Fers. )
deste et sensé, on va chercher son malheur bien loin : autant vaudrait-il le trouver chez soi.