‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 31 sur 228 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pleuraient comme des femmes; Je n'entendais que des eris pitoyables, que des regrets sur les- délices deja vie, que de vaines promesses aux dieux pour leur faire des sacrifices , si on pouvait arriver au port. Personne ne conservait assez de présence d'esprit ni pour ordonner les manœuvres ni pour les faire. lime parut que je devais, en sauvant ma vie , sauver celle des autres. Je pris le gouvernail en main, parce que le pilote , troublé par le vin comme une bacchante, était hors d'état de connaître le danger du vaisseau : j'encourageai les matelots.effrayés; je leur fis abaisser les voiles : ils ramèrent vigoureusement; nous passâmes au travers des écueils, et nous vîmes de près toutes les horreurs de la mort

Cette aventure parut comme un songe à tous ceux qui me devaient la conservation de leur vie; ils me regardaient avec étonnement. Nous arrivâmes dans l'île de Chypre au mois du printemps qui est consacré à Vénus. Cette saison, disent les Ghypriens, convient à cette déesse; ear elle semble ranimer toute la nature , et faire naître les plaisirs comme les fleurs.

En arrivant dans l'île , je sentis un air doux qui rendait les corps lâches et paresseux, mais qui inspirait une humeur enjouée et folâtre. Je remarquai que la campagne , naturellemeat fertile et agréable, était presque inculte, tant les habitants étaient ennemisdu travail. Je vis de tous côtés desfemmesetde jeunes filles vainement parées, qui allaient, enchantant les louanges de Vénus, se dévouer à son temple. La beauté, les grâces, la joie, les plaisirs éclataient également sur leur visage; mais les grâces y étaient affectées ; on n'y voyait point une noble simplicité , et une pudeur aimable qui fait le plus grand charme de la beauté. L'air de mollesse, l'art de composer leurs visages , leur

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parure vaine, leur démarche lauguissante, leurs regards , qui semblaient chercher ceux des hommes, ieur jalousie entre elles pour allumer de grandes passions ; en un root , tout ce que je voyais dans ces femmes me semblait vil et méprisable ; à force de vouloir plaire , elies me dégoûtaient.

On me conduisit au temple de la déesse : elle en a plusieurs dans cette île; car elle est particulièrement adorée à Cy thèr-e , à Idalie et à Paphos. Cest à Cy thère que je fus conduit. Le temple est tout de marbre. G est un parfait péristyle ; les colonnes sont d'une grosseur et d'une hauteur qui rendent ce|; édifice très-majestueux ; au-dessus de l'architrave et de la frise sont à chaque face de grands frontons, où Ton volt en bas-relief toutes les plus agréables aventures de la déesse. A la porte du temple est sans cesse une foule de peuples qui viennent faire leurs offrandes. On n'égorge jamais dans l'enceinte du lieu sacré aucune victime; on n'y brûle point, comme ailleurs, la graisse des génisses et des taureaux; on ne répand jamais leur sang ; on présente seulement devant Fautel les bêtes qu'on offre, et on nen peut offrir aucune qui ne soit jeune, blanche, sans défaut et sans tache. On les couvre de bandelettes de pourpre brodées d'or; leurs cornes sont dorées, et ornées de bouquets de fleurs les plus odoriférantes. Après qu'elles ont été présentées devant Tautel , on les renvoie dans un lieu écarté, où elles sont égorgées pour les festins des prêtres de la déesse.

On offre aussi toutes sortes de liqueurs parfumées , et du vin plus doux que le nectar. Les prêtres sont revêtus de longues robes blanches , avec des ceintures d'or et des franges de même au bas de leurs robes. On brûle nuit et jour, sur les autels, les parfums les plus exquis de TOrîent

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