‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 53 sur 228 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

pouvait cacher : ses yeux errants allaient sans cesse de Mentor à Télémaqne , et de Télémaque à Mentor. Quelquefois elle voulait que Téléroaque recommençât cette longue histoire de ses aventures ; puis tout à coup elle s'interrompait elle-même. Enfin, se levant brusquement, elle mena Télémaque seul dans un bois de myrte, où elle n'oublia rien pour savoir de lui si Mentor n'était point une divinité cachée sous la forme d'un homme. Télémaque ne pouvait le lui dire; car Minerve, en raccompagnant sous la figure de Mentor, ne s'était point découverte à lui , à cause de sa grande jeunesse. Elle ne se fiait pas encore assez à son secret pour lui confier ses desseins. D'ailleurs elle voulait réprouver par les plus grands dangers ; et, s'il eût su que Minerve était avec lui, un tel secours l'eût trop soutenu; i\ n'aurait eu aucune peine à mépriser les accidents les plus affreux. Il prenait donc Minerve pour Mentor ; et tous \es artifices de Galypso furent inutiles pour découvrir ce qu'elle désirait savoir.

Cependant toutes les nymphes, assemblées autour de Mentor, prenaient plaisir à le questionner. L'une lui deniandait les circonstances de son voys^e d'Ethiopie; l'autre voulait savoir ce qu'il avait vu à Damas; une autre lui demandait s'il avait connu autrefois Ulysse avant le siège de Troie. Il répondait à toutes avec douceur; et ses parois, quoique simples , étaient pleines de grâce.

Galypso ne les laissa pas longtemps dans cette conversa^tion, elle revint : et , pendant que ses nymphes se mirent à cueillir des fleurs en chantant pour amuser Télémaque, elle prit à l'écart Mentor pour le faire parler. La doace vapeur du sommeil ne coule pas plus doucement dans les yeux appesantis et dans tous les membres fati- Eues d'un homme abattu, que les paroles flatteuses de la

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déesse s'insinuaient pour enchanter le cœur de Mentor ; mais elle seatait toujours Je ne sais quoi qui repoussait tous ses efforts , et qui se jouait de ses charmes. Semblable à un rocher escarpé qui cache son front dans les nues, et qui se joue de la rage des vents , Mentor, immobile dans ses sages desseins , se laissait presser par Galypso. Quelquefois même il lui laissait espérer qu'elle Tembarrasserait par ses questions , et qu'elle tirerait la vérité du fond de son cœur. Mais , au moment où elle croyait satisfaire sa curiosité , ses espérances s'évanouissaient : tout ce qu'elle s'imaginait tenir lui échappait tout à coup ; et une réponse courte de Mentor la replongeait dans ses Incertitudes. Elle passait ainsi les journées , tantôt flattant Télémaque , tantôt cherchant les moyens de le détacher de Mentor, qu*elle n'espérait plus de faire parler. Elle employait ses plus belles nymphes à faire naître les feux de l'amour dans le cœur du jeune Télémaque ; et une divinité plus puissante qu'elle vint à son secours pour y réussir.

Vénus , toujours pleine de ressentiment du mépris que Mentor et Télémaque avaient témoigné pour le culte qu'on lui rendait dans l'fle de Chypre , ne pouvait se consoler de voir que ces deux téméraires mortels eussent échappé aux vents et à la mer dans la tempête excitée par Neptune. Elle en fit des plaintes amères à Jupiter : mais le père des dieux, souriant, sans vouloir lui découvrir que Minerve, sous la figure de Mentor, avait sauvé le fils d'Ulysse, permit à Vénus de chercher les moyens de se venger de ces deux hommes. Elle quitte l'Olympe; elle oublie les doux parfums qu'on brûle sur ses autels à Paphos , à Gythère et à Idalic ; elle vole dans son char attelé de colombes ; elle appelle son fils ; et, la douleur répandant sur son vissée de nouvelles grâces, elle parle ainsi :

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