LIVRE
l'oublie que vous êtes des Grecs ^ nos ennemis de^ieniient nos amis fidèles. Les dieux vous ont envoyés pour nous sauver : je n'attends pas moins de votre valeur que de la sagesse de vos consdis; hâtez-vous de nous secourir.
Mentor montre dans ses yeux une audace qui étonne les plus fiers combattants. Il prend un bouclier, un casque , uneépée, une lance; il range les soldats d'Aceste; il marche à leur tête , et s'avance en bon ordre vers les ennemis. Aceste, quoique plein de courage, ne peut dans sa vieillesse le suivre que de loin. Je le suis déplus près, mais jene puis égaler sa valeur. Sa cuirasse ressemblait, dans le combat, à Fimmortelle égide. La mort courait de rang en rang partout sous ses coups. Semblable à un lion de Numidie que la cruelle faim dévore, et qui entre dans un troupeau de faibles brebis, il déchire, il égorge, il nage dans le sang; et les bergers, loin de secourir le troupeau , fuient, tremblants , pour se dérober à sa fureur.
Ces barbares, qui espéraient de surprendre la ville, furent euxHnêmes surpris et déconcertés. Les sujets d'Aceste , animés par l'exemple et par les ordres de Mentor, eurent une vigueur dont ils ne se croyaient point capables. De ma lance je renversai le fils du roi de ce peuple ennemi. Il était de mon âge , mais il était plus grand que moi ; car ce peuple venait d une race de géants qui étaient de la même origine que les Gyclopes. Il méprisait un ennemi aussi faible que moi : mais, sans m'étonner de sa force prodigieuse , ni de son air sauvage et brutal , je poussai ma lance contre sa poitrine, et je lui fis vomir, en expirant, des torrents d'un sang noir. Il pensa m écraser dans sa chute; le bruit de ses armes retentit jusques aux montagnes. Je pris ses dépouilles , et je revins trouver Aceste. Mentor, ayant achevé de mettre les ennemis en
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désordre, les tailla en pièces, et poussa les fuyards jus^ que dans les forêts.
Un succès si inespéré fit regarder Mentor comme un homme chéri et inspiré des dieux. Aceste, touché de reconnaissance , nous avertit qu'il craignait tout pour nous , si les vaisseaux d'Énée revenaient en Sicile : il nous en donna un pour retourner sans retardement en notre pays , nous combla de présents, et nous pressa de partir, pour prévenir tous les malheurs qu'il prévoyait; mais il ne voulut nous donner ni un pilote ni des rameurs de sa nation, de peur qu'ils ne fussent trop exposés sur les côtes de la Grèce. Il nous donna des marchands phéniciens, qui, étant en commerce avec touls les peuples du monde, n'avaient rien à craindre , et qui devaient ramener le vaisseau à Aceste quand ils nous auraient laissés à Ithaque. Mais les dieux , qui se jouent des desseins des hommes , nous réservaient à d'autres dangers.
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