‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 7 sur 228 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

Snite du récit de Télémaque. Le vaisseau tyrien qu*il montait ayaât été pris })ar une flotte de Sésostris, Mentor et lui sont faits prisonniers , et conduits eif Egypte. Richesses et merveilles de ce pays : sagesse de son gouvernement. Télémaque et Mentor sont traduits devant Sésostris , quj renvoie Texamen de leur afTaire à un de ses officiers appelé MCthopliis. Par ordre de cet officier, Mentor est vendu à à^ Étlûopiœs qui l'emmènent dans leur pays , et Télémaque est réduit à conduire un troupeau dans- le désert d'Oasis. Là , Termosiris , prêtre d*ApoIIon , adoucit \^ rigueur de son exil, en lui apprenant à imiter le dieu , qui , étant contraint de garder les troupeaux d'Admète, roi de Thessalie , se consolait de sa disgrâce en polissant les mœurs sauvages des bergers. Bientôt Sésostris, islbrmé de tout ce que Télémaque faisait de merveilleux dans le désert d'Oasis, le rappelle auprès de lui, reconnaît son innocence,, et lui promet de le renvoyer à Ithaque. Mais la mort de ce prince replonge Télémaque dans de nouveaux malheurs ; il est emprisonné dans une tour sur le bord de la mer, d'où il voit BocchoNS , nouveau roi d^Égypte , périr dans un conibat cqptre ses sujets révoltés , et secourus par le« Phéniciens.

Les Tyriens, par leur fierté, avaient irrité contre eux le grand roi Sésostris , gui régnait en Egypte , et qui avait conquis tant de royaumes. Les richesses qu'ils ont ac(|uises par le commerce, et la force de Fimprenable ville de Tyr, située dans la mer, avaient enflé le cœur de ces peuples. Ils avaient refusé de payer à Sésostris le tribut qu'il leur avait imposé en revenant de ses conquête^; et ils avaient fourni des troi^es h son frère , qui avait voulu , à son retour, le massacrer au milieu des réjouissances d'un grand festin. Sésostris avait résolu, poup>abattre leur oi^eil, de troubler leur commerce dans toutes les mers. Ses vaisseaux allaient de tous, côtés cherchant les Phéniciens. Une flotte égyptienne nous rencontra, comme nous commencions à perdre de vue les montagnes de la Sicile.

Le port et la terre semblaient fuir derrière nous, et se perdre dans les nues. En même temps nous voyons ap— procher les navires des Égyptiens , semblables à une ville flottante. Les Phéniciens les reconnurent, et voulurent s'en éloigner : mais il n'était plus temps; ieurs voiles étaient meilleures que les nôtres; le vent les favorisait; leurs rameurs étaient en plus grand nombre. Ils nous abordent , nous prennent , et nous emmènent prisonnier!^ en Egypte.

En vain je leur représentai que nous n'étions pas Phéniciens; àpeinedaignèrent-ils m'écouter : ils nous regardèrent comme des esclaves dont les Phéniciens trafiquaient; et ils ne songèrent qu'au profit d'une telle prise. Déjà nous remarquons les eaux de la mer qui blanchissent par le mélange de celles du Nil , et nous voyons la c6te d'Egypte presque aussi basse que la mer. Ensuite nous ar-rivons à Tile de Pharos, voisine de la ville de No : de là nous remontons le Nil Jusques à Memphis.

Si la douleur de notre captivité ne nous eût rendus în< sensibles à tous les plaisirs , nos yeux auraient été charmés de voir cette fertile terre d'Egypte , semblable à un jardin délicieux arrosé d'un nombre Infini de canaux. Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvraient tous les ans d'une moisson dorée sans se reposer jamais, des prairies pleines de ti*oupeaux, des laboureurs qui étaient accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein , des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d'alentour.

Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage rai ! il est dans l'aboudancc ; il vit heureux , et

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