‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 66 sur 228 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE Vil

Épire; et le firère de Narbal n*aura pas moins d*amitié pour TOUS que Narbal même.

Ayant parlé ainsi, il remarqua que le vent qu'il attendait oonunençait à souffler , il fit lever les ancres , mettre les voiles, et fendre la mer à force de rames. Aussitôt il prit à part Télémaque et Mentor pour les entretenir.

Je vais, dit-il, regardant Télémaque, satisfaire votre curiosité. Pygmalion n*est plus : les justes dieux en ont délivré la terré. Gomme il ne se fiait à personne , personne ne pouvait se fier à lui. Les bons se contentaient de gémir et de fuir ses cruautés , sans pouvoir se résoudre à lui faire aucun mal; les méchants ne croyaient pouvoir assurer leurs vies qu'en finissant la sienne : il n'y avait point de Tyrien qui ne fût chaque jour en danger d'être l'objet de ses défiances. Ses gardes même étaient plus exposés que les autres : comme sa vie était entre leurs mains , il les craignait plus que tout le reste des hommes; sur le moindre soupçon, il les sacrifiait à sa sûreté. Ainsi, à force de ehorcher sa sûreté , il ne pouvait plus la trouver. Ceux qui étaient les dépositaires de sa vie étaient dans un péril continuel par sa défiance , et ils ne pouvaient se tirer d'un état si horrible qu'en prévenant , par la mort du tyran , ses cruds soupçons.

L'impie Astarbé, dont vous avez ou! parler si souvent, fat la première à résoudre la perte du roi. Elle aima passionnéiûent un jeune Tyrien fort riche, nommé Joazar ; elle espéra de le mettre sur le trône. Pour réussir dans ce dessdn , elle persuada au roi que l'aîné de ses deux fils , nommé Phadaêl , impatient de succéder à son père , avait conspiré contre lui : elle trouva de faux témoins pour prouver la conspiration. Le malheureux roi fit mourir son

fils iiulooent. Le secoud, nommé Baléazar, fut «ivoyé à Samos, sous prétexte d^apprendre les mœurs et les sciences de la Grèce ; mais en effet parce qu'Astarbé ût entendre au roi qu il fallait Téloigner, de peur qu'il ne prit des liaisons avec les mécontents. A peine fùt-il parti , que ceux qui conduisaient le vaisseau, ayant été corrompus par cette femme cruelle , prirent leurs mesures pour faire naufrage pendant la nuit ; ils se sauvèrent en nageant Jusqu'à des barques étrangères qui les attendaient, et ils jetèrent le jeune prince au fond de la mer.

Cependant les amours d* Astarbé n'étaient ignorées que de Pygmalion , et il s'imaginait qu'elle n'aimerait jamais que lui seul. Ce prince si défiant était ainsi plein d'une aveugle confiance pour cette méchante femme : c'était l'amour qui l'aveuglait jusqu'à cet excès. En même temps l'avarice lui fit cliercher des prétextes pour faire mourir Joazar, dont Astarbé était si passionnée; il ne songeait qu'à ravir les richesses de ce jeune homme.

Mais pendant que Pygmalion était en proie à la défiance, à l'amour et à l'avarice , Astarbé se hâta de lui ôter la vie. Elle crut qu'il avait peut-être découvert quelque chose de ses infâmes amours avec ce jeune homme. D'ailleurs , elle savait que l'avarice seule suffirait pour porter le roi à une action craelle contre Joazar ; elle condut qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour le prévenir. Elle voyait les principaux officiers du palais prêts à tremper leurs mains dans le sang du roi; elle entendait parler tous les jours de quelque nouvelle conjuration; mais elle craignait de se confier à quelqu'un par qui elle serait traliie. Enfin, il lui parut plus assuré d'empoisonner Pygmalion.

11 mangeait le plus souvent tout seul avec elle , et aj^rètait lui-même tout ce qu'il devait manger, ne pouvant se

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