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cuQ de ses enfants ou petits-enfants qui fait une mauvaise action; mais, avant que de le punir, il prend tes avis du reste de la famille. Ces punitions n'arrivent presque jamais ; car Finnocence des mœurs , la bonne foi , Tobéissance , et rhorreur du vice, habitent dans cette heureuse terre, n semble qu'Astrée, qu'on dit qui est retirée dans le ciel, est encore ici-bas cachée parmi ces hommes. Il ne faut point de juges parmi eux , car leur propre conscience les juge. Tous les biens sont communs : les fruits des arbres, les légumes de la terre, le lait des troupeaux, sont des richesses si abondantes , que des peuples si sobres et si modérés n'ont pas besoin de les paiiager. Chaque famille, errante dans ce beau pays, transporte ses tentes d'un lieu en un autre , quand elle a consumé les fruits et épuisé les pâturages de l'endroit où elle s'était m'se. Ainsi , ils n'ont point d'intérêts à soutenir les uns contre les auti*es , et ils s'aiment tous d'un amour fraternel que rien ne trouble. C'est le retranchement des vaines richesses et des plaisirs trompeurs, qui leur conserve cette paix, cette union et cette liberté. Ils sent tous libres et tous égaux. On ne voit parmi eux aucune distinction, que celle qui vient de rexpérience des sages vieillards, ou de la sagesse extraoïxlinaire de quelques jeunes hommes qui égalent les vieillai'ds consommés en vertu. La fraude, la violence, le parjure, les procès, les guerres ne font jamais entendre leur voix cruelle et empestée, dans ce pays chéri des dieux. Jamais le sang humain n'a rougi cette terre; à peine y voit-on couler celui des agneaux. Quand on parle à ces peuples des batailles sanglantes, des rapides conqi^étes, des renversements d'Etats qu'on voit dans lerautres nations, ils ne peuvent assez s'étonner. Quoi! disent-ils , les hommes ne sont-Ils pas assez moitels, sans
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9e donner encore les uns aux autres une mort précipitée? La vie est si courte I et il semble qu'elle leur paraisse trop longue! Sont-ils sur la terre pour se déchirer les uns les autres, et pour se rendre mutuellement malheureux?
Au reste, ces peuples de la Bétique ne peuvent comprendre qu'on admire tant les conquérants qui subjuguent les grands empires. Quelle folie, disent-ils, de mettre son bonheur à gouverner les autres hommes , dont le gouvernement donne tant de peine, si on veut les gouverner avec raison, et suivant la justice! Mais pourquoi prendre plaisir à les gouverner malgré eux? C*est tout ce qu'un homme sage peut faire, que de vouloir s'assujettir à gouverner un peuple docile dont les dieux Tout chargé, ou un peuple qui le prie d'être comme son père et son pasteur. Mais gouverner les peuples contre leur volonté , c'est se rendre très-misérable , pour avoir le faux honneur de les tenir dans l'esclavage. Un conquérant est un homme que les dieux, irrités contre le genre humain, ont donné à la terre dans leur colère, pour ravager les royaumes , pour répandre partout l'effroi , la misère , le désespoir, et pour faire autant d'esclaves qu'il y a d'hommes libres. Un homme qui cherche la gloire ne la trouve-t'-il pas assez en conduisant avec sagesse ce que les dieux ont mis dans ses mains? Croit-il ne pouvoir mériter des louanges, qu'en devenant violent, injuste, hautain, usurpateur, et tyrannique sur tous ses voisins? Il ne faut jamais songer à la guerre, que pour défendre sa liberté. Heureux celui qui n'étant point esclave d'autrui, n'a point la folle ambition de faire d'autrui son esclave ! Ces grands conquérants, qu'on nous dépeint avec tant de gloire, ressemblent à ces fleuves débordés qui pa-