‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 73 sur 228 · LIVRE VIL 143 i · texte numérisé non relu

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chez ces peuples , nous avons trouvé Tor et l'argent parmi i

eux employés aux mêmes usages que le fer; par exem- ► i

pie, pour des socs de charrue. Gomme ils ne faisaient aacuD commerce au dehors , ils n'avaient besoin d'au- '

cime monnaie. Ils sont presque tous bergers ou laboureurs. On voit en ce pays peu d'artisans : car ils ne veulent soufitrir que les arts qui servent aux véritables nécessités des hommes ; encore même la plupart des hommes en ce pays, étant adonnés à l'agriculture ou à conduire des troupeaux , ne laissent pas d'exercer les arts nécessaires pour leur vie simple et frugale.

Les femmes filent cette belle laine, et en font des étoffes fines d'une merveilleuse blancheur : elles font le NQ) apprêtent à manger; et ce travail leur est facile; car on vit en ce pays de fruits ou de lait, et rarement de viande. Elles emploient le cuir de leurs moutons à faire une légère chaussure pour elles , pour leurs maris , et pour leurs enfants; elles font des tentes, dont les unes sont de peaux cirées et les autres d'écorces d'arbres ; elles font et lavent tous les habits de la famille , et tiennent les maisons dans un ordre et une propreté admirables. Leurs habits sont aisés à faire ; car, en ce doux climat , on ne porte qu'une pièce d'étoffe fine et l^ère , qui n'est point taillée , et que chacun met à longs plis autour de son corps pour k modestie, lui donnant la forme qu'il veut.

Les hommes n'ont d'autres arts à exercer, outre la culture des terres et la conduite des troupeaux , que l'art de mettre le bois et le fer en œuvre ; encore même ne se servent-ils guère du fer, excepté pour les instruments nécessaires au labourage. Tous les arts qui regardent Tarchitecture leur sont inutiles, car ils ne bâtissent jamais de maison. C'est, disent- ils, s'attacher trop à la terre , que

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de s'y faire une demeare qui dure beaucoup plus que oous ; il sufQt de se défendre des injures de Tair. Pour tous les autres arts estimés chez les Grecs, chez les Égyptiens, et chez tous les autres peuples bien policés, ils les détestent, comme des inventions de la vanité et de la mollesse.

Quand on leur parle des peuples qui ont l'art de foire des bâtiments superbes, des meubles d*or et d'argent, des étoffes ornées de broderies et de pierres précieuses , des parfums exquis , des mets délicieux, des instruments dont rharmonie charme , ils répondent en ces termes : Ces peuples sont bien malheureux d'avoir employé tant de travail et d'industrie à se corrompre eux-mêmes I Ce superflu amollit, enivre, tourmente ceux qui le possèdent : il tente ceux qui en sont privés, de vouloir Taequérir par Tinjustice et par la violence. Peut-on nommer bien un superflu qui ne sert qu'à rendre les hommes mauvais? Les hommes de ces pays sont-ils plus sains et plus robustes que nous? vivent-ils plus longtemps? sont-ils plus unis entre eux? mènent-ils une vie plus libre, plus tranquille, plus gaie? Au contraire, ils doivent être jaloux les uns des autres, rongés par une lâche et noire envie, toujours agités par Tambition, par la crainte, par l'avarice, incapables des plaisirs purs et simples , puisqu'ils sont esclaves de tant de fausses nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur.

C'est ainsi , continuait Adoam , que parlent ces hommes sages , qui n'ont appris la sagesse qu'en étudiant la simple nature. Ils ont horreur de notre politesse , et il faut avouer que la leur est grande dans leur aimable simplicité. Ils vivent tous ensemble sans partager les terres; chaque famille est gouvernée par son chef, qui en est le véritable roi. Le père de famille est en droit de punir cha-

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