‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 82 sur 228 · LIVRE Vm · texte numérisé non relu

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que Je supporte plus volontiers. Si elle m'éloigae de ma patrie, du moins elle me fait connaître le plus généreux de tous les rois.

A ces mots , Idoménée embrassa tendrement Télémaque ; et, le menant dans son palais , lui dit : Quel est donc ce prudent vieillard qui vous accompagne? Il me semble que je Fai souvent vu autrefois. C'est Mentor, répliqua Téiémaque, Mentor, ami d*UIysse, à qui il avait confié mon enfance. Qui pourrait vous dire tout ce que je lui dois I

Aussitôt Idoménée s'avance, et tend la main à Mentor. Nous nous sommes vus, dit-il, autrefois. Vous souvenezvous du voyage que vous fîtes en Crète, et des bons conseils que vous me donnâtes? Mais alors Tardeur de la jeunesse et le goât des vains plaisirs m'entraînaient. Il a fallu que mes malheurs m'aient instruit, pour m'appcendre ce que je ne voulais pas croire. Plût aux dieux que je vous eusse cru, ô sage vieillard I Mais je remarque avec étonnement que vous n'êtes presque point changé depuis tant d'années , c'est la même fraîcheur de visage , la même taille droite, la même vigueur : vos cheveux seulement ont un peu blanchi.

Grand roi, répondit Mentor, si j'étais flatteur, je vous dirais de même que vous avez conservé cette fleur de jeunesse qni éclatait sur votre visage avant le siège de Troie ; mais j'aimerais mieux vous déplaire, que de blesser la vérité. D'ailleurs je vois par votre sage discours , que vous n'aimez pas la flatterie , et qu'on ne hasarde rien en vous parlant avec sincérité. Vous êtes bien changé, et j'aurais ea de la peine à vous reconnaître. J'en conçois clairement la cause ; c'est que vous avez beaucoup souffert dans vos malheurs Tmais vous avez bien gagné en souffrant, puisque vous avez acquis la sagesse. On doit se consoler aisé*

ment des rides qui viennent sur le visage , pendant que le cœur s'exerce et se fortifie dans la vertu. Au reste, sachez que les rois s'usent toujours plus que les autres hommes. Dans Tadversité, les peines de l'esprit et les travaux du corps les font vieillir avant le temps. Dans la prospérité, les délices d'une vie molle les usent bien plus encore que tous les travaux de la guerre. Bien n'est si malsain que les plaisirs où Ton ne peut se modérer. De là vient que que les rois , et en paix , et en guerre , ont toujours des peines et des plaisirs qui font venir la vieillesse avant l'âge où elle doit venir naturellement. Une vie sobre , modérée , simple , exempte d'inquiétudes et de passions , réglée et laborieuse , retient dans les membres d'un homme sage la vive jeunesse, qui, sans ces précautions, est toujours prête à s'envoler sur les ailes du Temps.

Idoménée, charmé du discours de Mentor, l'eût écouté longtemps, si on ne fut venu l'avertir pour un sacriiice qu'il devait faire à Jupiter. Télémaque et Mentor le sui-* virent, environnés d'une grande foule de peuple, qui considérait avec empressement et curiosité ce& deux étrangers. Les Salentius se disaient les uns aux autres : Ces deux hommes sont bien différents! Le jeune a je ne sais quoi de vif et d'aimable ; toutes les grâces de la beauté et de la jeunesse sont répandues sur son visage et sur tout son corps : mais cette beauté n'a rien de mou ni d'efféminé ; avec cette fleur si tendre de la jeunesse , il parait Vigoureux , robuste , endurci au travail . Mais cet autre , quoique bien plus âgé, n'a encore rien perdu de sa force : sa mine parait d'abord moins haute , et son visage moins gracieux ; mais quand on le regarde de près , on trouve dans sa simplicité des marques de sagesse et de vertu ^, avec une noblesse qui étonne. Quand les dieux sont descendus sur

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