LIVRE VUl
la terre pour se eommuniquer aux mortels , sans doute cpiMIs ont pris de telles figures d'étrangers et de voyageurs.
Gepmdant on arrive dans le temple de Jupiter, quldomenée, du sang de ce dieu, avait orné avec beaucoup de magnificence. Il était environné d'un double rang de colonnes de marbre jaspé; les chapiteaux étaient d'argent. Le temple était tout incrusté de marbre, avec des bas-reliefs qjoï représentaient Jupiter changé en taureau , le ravissement d'Europe, et son passage en Crète au travers des flots : ils semblaient respecter Jupiter, quoiqu'il fût soos une forme étrangère. On voyait ensuite la naissance et la jeunesse de Minos ; enfin ce sage roi donnant , dans un âge plus avancé , des lois à toute son île po.ur la rendre à Jamais florissante. Télémaque y remarqua aussi les principales aventures du siège de Troie, où Idoménée avait acquis la gloire d'un grand capitaine. Parmi ces représentations de combats, il chercha son père; il le reconnut, prenant les chevaux de Rhésus que Diomède venait de tuer; ensuite disputant avec Ajax les armes d'Achille devant tous les «hefs de l'armée grecque assemblés ; enfin sortantducheval fatal pourverserlesangdetantdeTroyens.
Télémaque le reconnut d'abord à ces fameuses actions, dont il avait souvent ou! parler, et que Nestor même lui avait racontées. liCS larmes coulèrent de ses yeux. Il diangea de couleur; son visage parut troublé. Idoménée laperçut, quoique Télémaque se détournât pour cacher son trouble. N'ayez point de honte, lui dit Idoménée, de nous laisser voir combien vous êtes touché de la gloire et des malheurs de votre père.
Cependant le peuple s'assemblaiten foule sous les vastes portiques formés par le double rang de colonnes qui en- >ironnaient le temple. Il y avait deux troupes de jeunes
garçons et de jeaaes filles qai chaataient des vers à la louange du dieu qui tient dans ses mains la foudre. Ces enfants, choisis de la figure la plus agréable, avaient de longs cheveux flottants sur leurs épaules. Leurs têtes étaient couronnées de roses, et parfumées ; ils étaient tous vêtus de blanc. Idoménée faisait jl Jupiter un sacrifice de cent taureaux pour se le rendre favorable dans une guerre qu'il avait entreprise contre ses voisins. Le sang des victimes fumait de tous côtés : on le voyait ruisseler dans les profondes coupes d'or et d'ai^eut.
Le vieillard Théophane , ami des dieux et prêtre du temple, tenait, pendant le sacrifice , sa tête couverte d*un bout de sa robe pourpre : ensuite il consulta les entrailles des victimes qui palpitaient encore; puis s'étant mis sur le trépied sacré : 0 dieux, s'écria-t-il , quels sont donc ces deux étrangers que le ciel envoie en ces lieux? Sans eux, la guerre entreprise nous serait funeste, et Salente tomberait en ruine avant que d'achever d'être élevée sur ses fondements. Je vois un jeune héros que la sagesse mène par la main. Il n'est pas permis à une bouche mortelle d'en dire davantage.
En disant ces paroles, son regard était farouche et ses yeux étincelants; il semblait voir d'autres objets que ceux qui paraissaient devant lui ; son visage était enflammé; il était troublé et hors de lui-même ; ses cheveux étaient hérissés, sa bouche écumante, ses bras leVés et immobiles. Sa voix émue était plus forte qu'une vmx humaine; il était hors d'haleine, et ne pouvait tenir renfermé au dedans de lui l'esprit divin qui l'agitait.
0 heureux Idoménée! s'écria-t-il encore, que vois-je ! quels malheurs évités! quelle douce paix au dedans ! mais au dehors quels combats ! quelles victoires ! 0 Télémaque !