‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 94 sur 228 · LIVRE l · texte numérisé non relu

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de lui-même. S'il est vrai que vous ne désiriez qu'une bonne paix , la voilà qui se présente à vous , et qui vous Me tout prétexte de reculer. Encore une fois , ne vous imaginez pas que la crmnte réduise Idoménée à vous foire ces offres; c est la sagesse et la Justice qui l'engagent à prendre ce parti 9 sans se mettre en peine si vous imputerez à faiblesse ce qu'il fait par vertu. Bans les commencements , il a fait des foutes , et il met sa gloire à les reconnaître par les offres dont il vous prévient. C'est faiblesse, c'est vanité, c'est ignorance grossière de son propre intérêt , que d'espérer de pouvoir cacher ses fautes en affectant de les soutenir avec fierté et avec hauteur. Celui qui avoue ses fautes à son ennemi, et qui offre de les réparer, montre par là qu'il est devenu incapable d'en commettre , et que l'ennemi a tout à craindre d'une conduite si sage et si ferme , à moins qu'il ne fasse la paix. Gardez- vous bien de souffiir qu'il vous mette à son tour dans le tort. Si vous refusez la paix et la justice qui viennent à vous , la paix et la justice seront vengées. Idoménée, qui devait craindre de trouver les dieux irrités contre lui , les tournera pour lui contre vous. Télémaque et moi nous combattrons pour la bonne cause. Je prends tons les dieux du ciel et des enfers à témoin des justes propositions que je viens de vous faire.

En achevant ces mots , Mentor leva son bras , pour montrer à tant de peuples le rameau d'olivier qui était dans sa main le signe pacifique. Les chefs, qui le regardaient de près, furent étonnés et éblouis du feu divin qui éclatait dans ses yeux. Il parut avec une majesté et une autorité qui est au-dessus de tout ce qu'on voit dans les plus grands d'entre les mortels. Le charme de ses paroles douces et fortes enlevait les cœurs ; elles étaient semblables à ces paroles enchantées qui tout à coup , dans le profond silence

de la nuit , arrêtent au milieu de l'Olympe la lune et les étoUes , calment la mer irritée , font taire tes vents et les flots, et suspendent le comrs des fleuves rapides. Mentor était, au milieu de ces peuples furieux, comme Bacchus lorsqu'il était environné des tigres, qui, oubliant leur cruauté, venaient, par la puissance de sa douce voix, lécher ses pieds , et se soumettre par leurs caresses. D'abord il se fit un profond silence dans toute l'armée. Les chefs se regardaient les uns les autres, ne pouvant résister à cet homme, ni comprendre qui il était. Toutes les troupes, immobiles, avaient les yeux attachés sur lui. On n'osait parler, de peur qu*il n'eût encore quelque chose à dire, et qu'on ne l'empêchât d'être entendu. Quoiqu'on ne trouvât rien à igouteraux choses qu'il avait dites , ses paroles avaient paru courtes , et on aurait souhaité qu'il eût parlé plus Icmgtemps. Tout ce qu'il avait dit demeurait comme gravé dans tous les cœurs. En parlant, il se faisait aimer, il se faisait croire ; chacun était avide, et comme suspendu , pour recueillir jusqu'aux moindres paroles qui sortaient de sa l>ouche.

Enfin , après un assez long silence, on entendit un bruit sourd qui se répandit peu à peu. Ce n'était plus ce bruit confus des peuples qui frémissaient dans leur indignation ; c'était, au contraire, un murmure doux et favorable. On découvrait déjà sur les visages je ne sais quoi de serein et de radouci. Les Manduriens, si irrités, sentaient que les armes leur tombaientdesmains. LefarouchePhalante, avec ses Lacédémonlens , fut surpris de trouver ses entrailles de fer attendries. Les autres commencèrent à soupirer après cette heureuse paix qu'on venait leur montrer. Philoctète , plus sensible qu'un autre par l'expérience de ses malheurs, ne put retenir ses larmes. Nestor, ne pouvant parler, dans

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