LIVRE IX
pour troubler notre paix ^ et pour nous punir de nos fautes ! Mais après nous avoir punis , ô dieux ! vous nous vengerez ; vous ne serez pas moins justes contre nos ennemis que contre nous.
A ces paroles , toute l'assemblée parut émUe ; il semblait que Mars et Bellone allaient de rang en rang rallumant dans les cœurs la fureur des combats, que Mentor tâchait d^éteindre. Il reprit ainsi la parole :
Si je n'avais que des promesses à vous faire , vous pourriez refuser de vous y fier ; mais je vous offre des choses certaines et présentes. Si vous n*étes pas contents d'avoir pour otages Télémaque et moi , je vous ferai donner douze des phis nobles et des plus vaillants Cretois. Mais il est juste aussi que vous donniez de votre côté des otages ; car Idoménée , qui désire sincèrement la paix , la désire sans crainte et sans bassesse. Il désire la paix , comme vous dites vous-mêmes que vous Pavez désirée, par sagesse et par modération , mais non par Tamoor d'une vie molle , ou par faiblesse a la vue des dangers dont la guerre menace les hommes. Il est prêt à périr ou à vaincre; mais il aime mieux la paix que la victoire la plus éclatante. Il aurait honte -de craindre d'être vaincu , mais il craint d'être injuste , et il n'a pcHnt de honte de vouloir réparer ses fautes. Lesarmesà la main, il vous offre la paix : il ne veut point CD imposer les conditions avec hauteur ; car il ne fait aucun cas d'une paix forcée. Il veutune paix dont tous les partis soient contents , qui finisse toutes les jalousies, qui apaise tous les ressentiments , et qui guérisse toutes les défiances. En un mot , Idoménée est dans les sentiments où je suis sûr que vous voudriez qu'il f&t. Il n'est question que de vous en persuader. La persuasion ne sera pas difQcile, si vous voulez m'écouter avec un esprit dégagé et tranquille.
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Éomtez donc, ô peuples remplis de valeur, et vous, ù çhefe si sages et si unis , écoutez ce que je vous offre de la part dldoménée I II n'est pas juste qu*il puisse entrer dans les terres de ses voisins; il n'est pas juste aussi que ses Voisins puissent entrer dans les siennes. 11 consent que les passages qu'on a fortifiés par de hautes tours soient gardes par des troupes neutres. Vous Nestor, et vous Philoctète , vous êtes Grecs d'origine ; mais en cette occasion vous vous êtes déclarés contre Idoménée : ainsi vous ne pouvez être suspects d'être trop favorables à ses intérêts. Ce qui vous touche , c'est i'intérétoommun de la paix et de la liberté de l'fiespérie. Soyez vous-mêmes les dépositaires et les gardiens de ces passages qui causent la guerre. Vous n*avez pas moins d'intérêt à empêcher que les anciens peuples d'HespérienedétruisentSalente,nouvellecoloniedesGrecs, semblable à celles que vous avez fondées, qu'à empêcher qu'Idoménée n'usurpe les terres de ses voisins. Tenez l'équilibre entre les uns et les autres. Au lieu de porter le fer et le feu chez un peuple que vous devez aimer, réservezvous la gloire d'être les juges et les médiateurs. Vous me direz que ces conditions vous paraîtraient merveilleuses, si vous pouviez vous assurer qu'Idoménée les accomplirait de bonne foi ; mais je vais vous satisfeiire.
Il y aura, pour sûreté réciproque, les otages dont je vous ai parlé , jusqu'à ce que tous les passages soient mis en dép6t dans vos mains. Quand le salut de l'Hespérie entière, quand celui de Salente même et d'Idoménée sera à votre discrétion , serez- vous contents? De qui pourrezvous désormais vous défier ? Sera-ce de vousHfnêmes ? Vous n'osez vous fier à Idoménée ; et Idoménée est si incapable de vous tromper, qu'il veut se fier à vous. Oui, il veut vous confier le repos , la liberté , la vie de tout son peuple et