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CHAPITRE I

Dans la salle du trône,* la princesse Gloriane, entourée de ses dames d'honneur et de ses ministres, se tenait assise et attendait.

Un héraut parut sur la porte à larges battants ouverte et annonça :

— Le duc de Germanie.

Et s'avança un guerrier , couvert d'une cotte de mailles sur laquelle flottait un manteau de laine brune, et coiffé d'un casque surmonté d'ailes éployées. Il était haut de taille, avec des épaules carrées ; il avait le teint coloré, des yeux clairs comme de la porcelaine

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bleue ; de longues moustaches tombaient de chaque côté de sa bouche. Il s'avança jusqu'aux marches du trône, mît un genou en terre, et, après avoir baisé avec respect la main que lui tendait Gloriane, il dit :

— Princesse, pour vous j'ai quitté mon burg logé comme un nid d'aigle au sommet des rochers ; pour vous, j'ai quitté les noires forêts qui couvrent d'ombre mes domaines. Je n'en sortis jamais que pour courir à la victoire et cependant je suis venu courber mon front devant vous et librement m'avouer vaincu.

Recevez mon hommage ; acceptez mon tribut.

Des chariots traînés de bœufs sont à ma suite, chargés d'armes, de coffres sculptés dans le chêne dur, de coupes creusées dans la corne, de peaux d'ours, de renards et de martres, de tonneaux pleins de boissons fermentées. Ce sont toutes mes richesses, et je vous en fais don. Je me déclare votre homme lige; je vous appartiens. Ordonnez. Je vous livre ma tête et mon duché potir un sourire. Il

n'est homme au monde qui ne soit le vassal de votre beauté. L'amour des exploits qui m'animait s'enfuit, chassé par un nouvel amour.

Gloriane laissa tomber de ses lèvres quelques froides paroles de remercîment pour les présents ; puis elle congédia le duc de Germanie après avoir donné ordre qu'il fût bien traité. Mais elle ne sourit pas.

Cette princesse était aussi impassible qu'elle était belle. Jamais ses yeux ne brillaienti de contentement. Elle cachait sous un masque d'indifférence le souci qui la dévorait secrètement. Et, si quelque orgueil lui vint de l'abaissement de ce guerrier redoutable et toujours victorieux, elle ne le laissa point paraître.

Bientôt après le départ du duc, les portes se rouvrirent et le héraut annonça :

— L'empereur d'Asie.

Vêtu d'une robe de soie aux ramages écla*

tants et la tète chargée d'une pesante tiare, Tempereur d'Asie entra. Ses joues étaient épilées et la pâleur ambrée de sa peau était avivée par des fards. Sa démarche était. molle et ses mains jouaient indolemment avec les grains d'iin long collier de perles.

Il s'agenouilla devant le trôiie, baisa les mains de Gloriane et dit :

— Dans mon harem s'épanouissent des femmes belles et nombreuses comme les roses d'un parterre ; j'écoulais doucement mes jours à goûter le miel de leurs caresses. Ta renommée a franchi la triple enceinte de mon palais. J'ai quitté mes femmes en larmes, mes bayadères et mes jardins, et je suis accouru t'apporter mon offrande. Des éléphants sont dans la plaine, ployant sous la charge de cassettes en bois de cèdre et de santal, et en cuir odorant. Ils portent des bracelets, des bagues, des diadèmes, des joyaux d'or et d'argent finement travaillés, des meubles in^ crus tés de nacre et d'ivoire, des pierres pré-

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cieuses, des étoffes brodées, des tapis, des parfums. Tous les trésors de mon immense empire sont à toi ; je m'en dépouille, car, si tu m'accordes ton sourire, mes richesses passées n'auront rien été auprès de ma nouvelle fortune.

Gloriane accepta les présents ; elle ordonna que Tempereur d'Asie fût magnifiquement traité et elle le congédia sans avoir souri.

Plus tard le héraut annonça :

— Le roi d'Athènes.

C'était un jeune homme aux traits mâles et réguliers. Il était fort sans rudesse, et son visage était embelli par la clarté sereine de l'intelligence. Il portait une chlamyde du plus pur lin, agrafée sur l'épaule par un camée.

Agenouillé sur les marches du trône, il dit, après avoir baisé la main de Gloriane :

— Pour un sourire de vous, ô princesse, j'ai délaissé mes Etats et renoncé à la paix

heureuse qui y règne. Ma seule ambition est d'être compté par;ni vos sujets, et je viens vous payer un impôt légitime. Sous ces murs sont les équipages que j'ai amenés; j'y ai placé les chefs-d'œuvre qui font la gloire de mon pays. Ce sont des statues figurant nos divinités, des tableaux, des livres où sont enfermés les trésors de la pensée de nos poètes et de nos philosophes ; ce sont aussi des coupes, des bijoux et d'autres objets qui valent peu par la qualité de la matière employée, mais rendus inestimables par l'art des ouvriers qui les façonnèrent. Et comme, enfin, je mets à plus haut prix encore la vie pour les nobles joies qu^elle nous dispense, je vous donne ma vie si vous la voulez prendre.

Gloriane ne prêta pas au roi d'Athènes plus d'attention qu'elle n'en avait prêté aux souverains qui l'avaient précédé. Elle ne sourit pas. Et, quand il fut parti, elle se leva de son trône sans paraître enivrée des hommages inouïs rendus à sa beauté*

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