VI AVANT-PROPOS
Il est évident pour nous qu'elles ont vécu dans d'autres corps ;
Courtisanes, elles ont vu les orgies romaines, les nuits de la Régence, les soupers du Directoire, etc. ;
Aventurières, elles ont vécu de la vie des hirondelles voyageuses, sur les grandes routes, dans les châteaux, les boudoirs, etc.,
Portant la chaîne de leurs amours ou la brisant à leur gré ;
Et si elle est vraie cette pensée qu'on se lasse des plaisirs qu'on prend, mais jamais de ceux qu'on donne, jugez dans quel cercle illimité pareilles femmes s'agitent !
Vie élrange, tunique de Nessus qui brûle ! Quelque chose de sombre et de convulsif repose au fond de ces joies, de ces sourires, de ces verres, ces femmes ont à peine le temps d'avoir un cœur !
Quelques-unes ont pourtant encore assez de loisirs pour faire de l'esprit.
« Quand on relève le pan de sa robe, — disait une mère d'actrice à sa fille, — ce n'est pas, ma fille, pour passer le ruisseau, c'est pour monter en voiture ! »
Hélas ! il y en a peu qui vont à pied !
Le bonheur leur arrive d'un coup, comme l'insuccès.
Leur naïveté est souvent monumentale, — témoin mademoiselle Constance Mar à qui une amie de son cercle habituel lisait un jour la relation d'un hardi coup de main de nos soldats sur la réserve de l'émir bédouin Abdel-Kader.
— Ce pauvre Abd-el-Kader ! on a pris sa malle, s'écria douloureusement mademoiselle Constance.
— Oui, ma chère, dans le sac d'une tribu, répondit gravement la lectrice.
11 fut un temps où ces dames avaient inventé une lan-