Oyoun el-anbâ\ op. laud., t. II, p
d’Avicenne fit son apparition en Occident. Dans son livre intitulé Et-tasrih bi 'l-meknàii fi laftih el-qânûn (La manifestation des choses cachées ou Introduction au Canon), Ihn Jemî' El-Miçrî racontequ’un marchand apporta de r'Irâq un exemplaire du Canon établi avec le plus grand soin et l’ofirit, à titre d’hommage, à Abu 'l-'Alâ’ibn Zohr qui ne l’avait jamais eu entre les mains jusqu'alors. Lorsqu’il l’eut examiné, il en fit peu de cas et le laissa de côté, sans lui donner place dans sa bibliothèque. Puis il prit l’habitude d’en déchirer les marges pour y inscrire les ordonnances qu'il remettait aux malades qui venaient le consulter. » Mais le fait est-il bien exact? Ne s’agit-il pas là tout simplement d'une de ces multiples légendes dont le vulgaire a coutume d’entourer la mémoire des grands hommes et que les historiens arabes, trop souvent, admettent comme des vérités établies ? Je suis tenté de le croire, car il est une contradiction que je tiens à souligner en m'étonnant qu’lbn Abî Osaybi'à n'en ait pas été lui-mème frappé. .‘\u nombre des œuvres attribuées à Abu 'l-'Alâ' figure un livre qu'il composa pour son fils Abu Merwân sous le titre de « Traité répondant à Abu ‘Alî ibn Sînà sur certains points de son ouvrage concernant les médicaments simples » j '-Hr’ ? LJLLj»)
^ ^ Or il est Impossible
d’admettre que la réfutation dont il s’agit ait été écrite sans qu’Abù ’l-'Alà’ ait [)ris la précaution de lire et de méditer les théories qu’il voulait combattre. S’il se peut qu’il ait dédaigné tout d’abord le livre qu'on lui oü’rait, il semble démontré qu’il ne le détruisit qu’après l’avoir suffisamment étudié.
En rapportant l'anecdote, Ibn Abi Oçaybi'à s’abstient de tout commentaire. Mais peut-être est-ce à cet événement fju il lait allusion lorsqu'il dit, un peu plus loin, après un éloge pompeux d’Abù ’l-'Alâ' : « Sa science dépassait les limites atteintes jusqu’alors, et il se montrait empressé à
l’égard des hommes distingués par le savoir ou par l’origine. Sa bienveillance et sa générosité se révélaient supérieures à sa gloire, à part les cas où la langue médit et où l’homme agit avec trop de précipitation ; quel est donc celui dont le caractère est irréprochable et dont tous les organes sont en parfaite harmonie? »
A propos du même trait, Steinschneider émet l’opinion* que le dédain d'Abù ’l-’Alâ’ pour le Canon d’Avicenne peut être attribué à ce que le livre qui lui fut présenté n’était qu’un extrait limité* de l’original. Cette explication bienveillante est peu vraisemblable. Le Canon d’Avicenne datant, à cette époque, de près d’un siècle, il semble naturel d’ailmettre qu’on avait pu déjà en préparer des extraits. Mais, outre que le texte d’ibn Abî Osaybi'à n’autorise pas à supposer (|u’il s’agissait de l’un d’eux, il faut observer que la valeur d’un extrait aurait été aussi grande, au point de vue techni(jue, que celle de l'ouvrage entier. L’extrait {noqlà) eût été une partie de l’original et non un résumé [moklasar) : il eût présenté les qualités de clarté, de précision, d’analyse qui distinguent le style de l'illustre écrivain que fut Avicenne. Ainsi, même dans l’hypothèse de Steinschneider, il faudrait reconnaître qu’Abû ’l-'Alâ’ céda à un mouvement d’humeur jalouse soulignant un peu trop l’exactitude du jugement porté sur ses confrères : « invidia medicorum pessima ».
Malgré cette faiblesse sur laquelle nous aurions mauvaise grâce à insister, un tel homme ne pouvait mampier de trouver dans l’estime de ses contemporains la récompense des services rendus. Le prince avait donc intérêt à se l’attacher. C’est ce que ne manqua pas de faire El- Mo'tamid, le dernier des Benî 'Abbâd, qui régnait alors à Séville : il combla de bienfaits Abû ’l-'Alâ’ et le lit remettre en possession des biens de son grand-père qui avaient été
1. In Arcliiv fur pathologische Anatomie (Berlin, 187S), t. 57, p. 111.