‹ AvenzoarChapitre 27 sur 92 · Espèce de perdrix fort gracieuse, du genre gauga · texte numérisé non relu

Espèce de perdrix fort gracieuse, du genre gauga

3. Il est difficile de faire passer dans la traduction la délicieuse image

du te.xte arabe : le verbe > aJi:c-’ s’emploie en parlant d’un voyageur

qui reste a l’écart de la troupe dont il fait partie et se laisse devancer par elle. Il semble à Abù Bakr que, lorsqu’il a quitté l’Espagne, sa personnalité s est dédoublée et que son corps s’est transporté au Maroc tandis que son cœur, s’attardant sur la route, demeurait auprès du fils bienaimé.

médecin qui, un beau jour, en rentrant chez lui, eut l’immense joie de trouver tous les siens réunis dans sa demeure.

Les faveurs et le crédit dont jouissait Abû Bakr eurent pour effet d’allumer l’envie et la haine au cœur d'Abû Zeyd ‘Abderrahmân ibn Yûjân, vizir d’El-Mansûr. Pour se débarrasser de celui qui lui portait ombrage, le ministre n’hésita pas à recourir au crime. El-IIafîd avait avec lui sa nièce, fille de sa sœur défunte, laquelle était, comme l’avait été sa mère, fort experte en gynécologie et en obstétrique. L’une et l'autre avaient mission d’assister les femmes d’El-Mansûr quand elles donnaient le jour à leurs enfants. Abû Zeyd s’étant assuré la complicité d’un des familiers d’yVbû Bakr parvint à faire miMer à un plat d’œufs le poison qui devait faire disparaître à la fois l’oncle et la nièce. L’attentat eut un plein succès; l’un et l’autre périrent malgré les médications qui leur furent appliquées. Ibn Abî Osaybi'à assigne à cet événement la date de 596 H. et dit qu’Abû Bakr mourut à Maroc, âgé de soixante ans. Ibn El-Abbér donne une date plus précise : d’après lui ce savant serait mort dans la matinée du jeudi, 21 du mois de dû ’l-hijjà 595 H. (14 octobre 1199). Le kalife pria sur sa dépouille, et il fut inhumé dans le Jardin des Émirs. Quant à Abû Zeyd, le forfait dont il s’était rendu coupable ne lui porta pas bonheur : il mourut lui-même assassiné par un de ses proches parents.

Abû Bakr Mohammed laissait un fils, Abû Mohammed ‘Abdallah ibn El-Ilafîd, né à Séville en 577 H. (1181- 1182 G.), qui fut lui-même un excellent praticien, élevé à l’école de son père. Lui aussi bénéficia de la faveur des princes ; 'Abdelmu’min, El-Mansùr et En-Nâçir l’attachèrent successivement à leur service et le comblèrent de bienfaits.

11 eut une sœur qui mourut avant lui. Une nuit, il la vit en songe et lui dit : « Ma sœur, je t’en prie, fais-moi savoir combien de temps je vivrai? » Elle répondit :

AVENZOAh, SA VIE ET SES COUVRES

« Deux tâbiyà et demie »'. Abu Mohammed reprit : « Je te parle sérieusement et tu me réponds par une plaisanterie !» — « Non, fit-elle, je t’ai répondu très sérieusement, mais tu ne m’as pas comprise. Est-ce que la tâbiyà ne vaut pas dix empans? Et deux tâbiyà et demie ne fontelles pas vingt-cinq empans? La durée de ta vie sera de vingt-cinq ans ». Le qâdî Abû Merwân El-Bâjî à qui Abu Mohammed raconta aussitôt ce rêve ét qui en fit plus tard le récit ajoute : « Lorsqu’il me narra la chose, je lui dis : « Ne faites pas de conjectures à ce sujet : ce ne sont, sans « doute, que des cauchemars incohérents 1 » Mais l’année n’était pas achevée qu’il décéda : il avait vécu, comme on le lui avait prédit, vingt-cinq années, ni plus ni moins »*.

C’est donc en l’an 602 H. (1205-1206 G.) que disparut Abu Mohammed ibn Zohr. Comme son père, il mourut empoisonné à Salé, dans le lieu dit Ribât el-fath^ alors qu’il se rendait à Maroc. D’abord enterrée sur place, sa dépouille fut plus tard exhumée et transportée à Séville où elle reposa auprès des Benî Zohr, à la Porte de la Victoire. Avec lui ne s’éteignit pas, quoi qu’en pense Wüstenfeld*, la lignée des médecins de cette famille : Abu Motiammed laissait deux fils « aussi éminents par leur valeur personnelle qu’illustres par leur ascendance »*. L’aîné s’appelait Abu Merwân 'Abdelmalik, le plus jeune, Abu ’l-'Alâ’ Mohammed, Celui-ci avait beaucoup de goût pour la médecine et connaissait à merveille les livres de Galien. Tous deux habitaient Séville.

1. La ^àbiyà est une pièce de bois utilisée dans la Construction.

2. J’emprunte cette anecdote à Ibn Abî Osaybi'à, 'Oyûn el-anha , op. laud., t. II, p. 75,

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