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CONCLUSION

L’œuvre d’Avenzoar occupe une place importante parmi les productions littéraires de l’Espagne musulmane, et le nombre des traductions qui en furent faites au moyen âge montre assez de quelle estime les médecins l’entouraient.

Assurément on ne doit point s’attendre à y rencontrer les résultats auxquels pouvait seule conduire la médecine expérimentale; mais ceux auxquels la méthode d'observation permettait déjà d’aboutir y sont exposés souvent mieux qu'ils ne l’avaient été par les devanciers et par Galien lui-même.

Avenzoar pose en principe que l’expérience est le véritable guide et la meilleure base de la pratique médicale. 11 déclare que l’art de guérir ne s’acquiert pas par des distinctions logiques et des subtilités sophistiques, mais bien par une pratique constante jointe à un jugement délié.

On trouve chez lui non seulement des vues originales sur les faits déjà acquis, mais encore de véritables nouveautés telles que la description des tumeurs du médiastin et de l’abcès du péricarde qui n'avaient jamais été mentionnés avant lui. 11 fut le premier des Arabes à admettre l’opération de la trachéotomie. L’alimentation artificielle, soit par la voie œsophagienne à l’aide d’une canule métallique, soit par la voie rectale, ne lui est pas inconnue et il en explique assez judicieusement le mécanisme.

Pour ce qui touche aux doctrines philosopho-médicales de Galien adoptées par Avenzoar, il est consolant de con-

stater que l’on est moins porté à en sourire qu’on ne l’était naguère, et que des savants dont le nom lait autorité s'appliquent aujourd’hui à leur rendre justice*.

Il est permis de penser que les esprits curieux trouveront à glaner, sinon dans sa thérapeutique, du moins dans sa matière médicale. Et il y a dans cette espérance de quoi stimuler l’ardeur des médecins orientalistes qui se sentiraient portés vers la noble tâche de remettre au jour des textes qui restent aujourd’hui lettres closes autant pour les peuples de langue arabe que pour les Européens eux-mêmes. L’accueil que le monde savant ne manquerait pas de réserver à une telle entreprise serait, à n’en pas douter, celui que prévoyait Freind quand il écrivait, il y a quelque deux cents ans, à propos d’Avenzoar : « La version de ses œuvres ainsi que de celles qui ont été composées par les autres Arabes est tout-à-fait barbare : mais si on les traduisait, en quelque langue que ce fût, d’une façon claire et élégante, elles seraient, je n’en doute pas, de nature à intéresser même les esprits de notre temps »*.

1. Cf. D' Louis Landouzy, Doyen de la Faculté de médecine de Paris, Évolution et râle social de la médecine au temps présent {Revue de Hongrie du 15 août 1909. Paris, Hachette, pp. 192-194).

2. « Traductio quidem eorum quæ ab eo, sicut eliam horum quæ a ceteris Arabibus scripta sunt, plane barbara est : eadem vero, si terse ac polite, quemcumque in sermonem conversa legereutur, etiam nostræ aïtatis iugeniis placitura non diffiderem » {Opéra ornnia medica, op. iaud., p, 503). Traduction de l’auteur.

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