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qu'il en fit à l'époque où l'éinir 'AU ibn Yûsuf lui « fit endurer des épreuves »'.
Nous ignorons pourquoi 'Ali fit emprisonner le médecin; mais celui-ci raconte que cette rigueur n'empêcha pas le prince d'avoir recours à son ministère pour soigner un panaris qui avait été négligé. Avenzoar conseilla d'abandonner les caustiques auxquels ses confrères voulaient s'en tenir, et préconisa l'intervention chirurgicale et l'excision des parties nécrosées. Son avis ne prévalut pas : on eut peur, sans doute, qu'il fût inspiré par le mauvais souvenir qu'Avenzoar conservait de sa détention. Pourtant cela ne l'avait pas empêché, dans une autre circonstance, de guérir le fils de 'Alî atteint d'ictère.
Le savant avait encore un autre motif de rancune contre 'Alî ibn Yûsuf ibn Tâcefîn : en 515 H., celui-ci quittait Maroc pour se rendre en Espagne, et, au cours de ce voyage, il enlevait à Averroès sa charge de qâdî*. Or on sait quels liens d'amitié et quelle estime réciproque unissaient Averroès et Avenzoar. Sans doute, cette disgrâce ne dura pas, car, dès 521 H., nous voyons l'ancien qâdî jouer un rôle important auprès de l'émîr*; mais il est permis de penser qu'elle n'en laissa pas moins dans l'esprit d' Avenzoar une impression défavorable.
Il n'est pas impossible non plus que l'insistance avec laquelle ces événements pénibles sont rappelés dans le Teyslr tienne en partie au désir qu'éprouvait l'auteur de complaire à la jeune dynastie. 'Abdelmu'min qui, avec l'aide d'ibn Tûmert et sous son inspiration, avait fortement ébranlé le pouvoir des Almoravides, leur succéda à Maroc dès la mort de 'Alî ibn Tâcefîn. Quand ce nouveau maître entra en Espagne, Avenzoar n'hésita pas à se rallier à son autorité : il n'eut pas à s'en repentir, car il fut comblé de
3. et. Al-Hayano 'l-Moghrih^ trad. E. Fagnaa, op. laud., t. I, p. 461 < 3. /fcirf., p. 465.
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richesses et traité avec les plus grands égards. Il fut même, comme l'avait été son père, élevé au rang de vizir'.
C'est, d'ailleurs, un fait digne de remarque que les dynasties berbères mirent leur honneur et crurent aussi trouver leur intérêt à favoriser les savants. Les Commandeurs des Croyants cherchaient à attirer à leur cour les jurisconsultes, les faqih, comme on les appelait : et il faut entendre par là les hommes versés dans la science de la loi et de la religion, car ces deux ordres de connaissances sont inséparables dans la constitution de rislamisme. Il ne pouvait pas être question d'un gouvernement théocratique, puisque le clergé n'existe pas chez les musulmans. On songeait seulement à faire de la foi le ciment qui unit les peuples; si bien que tout savant, quelque orientation qu'il dût donner plus tard à son activité intellectuelle, devait commencer par s'initier à la tradition prophétique et à la législation de l'imâm Malik. Nous avons vu déjà que c'est par cette étude que débuta Avenzoar.
11 est bon de s'en souvenir pour éviter de tomber dans l'erreur dont plusieurs orientalistes tels que Casiri* et d'Herbelot' ont été victimes en ce qui concerne la confession d'Avenzoar. On a prétendu qu'il appartenait à la religion juive, et, pour aboutir à cette conclusion, on a tiré argument de ce que le nom du Prophète ainsi que les eulogies qui l'accompagnent d'habitude ne figurent pas dans ses ouvrages. Cette raison ne serait pas suffisante.
1. Ibn Abl Oâaybi'a ne le dit pas, mais nous le savons par le manu* scrit 2960 de la Bibliothèque nationale. Après le titre du Teysîr, on lit, en effet : c Œuvre du très illustre vizir Abu Merwân 'Abdelmalik ibn Zohr, que Dieu lui fasse miséricorde! » C^\ay« ^^\ ^}.^V^ j^}^^ t.jBL-JU>)
2. Casiri, Bihliotheca arahitO'hispana escurialensis (Antonio Ferez de Soto, Madrid 1760-1770 in-f»), t. I, p. 273; on y lit « religione Judaeo ».
3. D'Herbelot, Bibliothèque orientale (La Haye, Neaulme et Vau Daale^ \111-\11^, in-4), t. III, p. 621, art. Zohr; l'auteut- prétend qu'Avenzoar était Juif d'origine et de religion.
On pourrait observer que tous les écrits d'Avenzoar commencent par la formule de rigueur : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux' », ce qui est déjà une garantie d'islamisme au profit de l'auteur. Mais il y a mieux : en ouvrant le Teystr^ on est tout de suite convaincu que les critiques n'avaient jamais jeté les yeux sur les textes originaux. Ils n'auraient pas manqué de lire, en effet, l'exorde suivant au bas de la première page : « 'Abdelmalik ibn Zohr a dit : « Louange à Dieu dont l'unité et la puissance ce sont attestées par tout ce qui tombe sous nos sens 1 Qu'il « répande ses grâces sur Mohammed (que Dieu l'agrée 1), « qu'il soit satisfait de ses Compagnons, drapeaux de la « religion, flambeaux de ceux qui suivent la bonne voie, « et qu'il leur accorde le salut! »*. Il est vrai que, dans cette prière, on a rayé toute la partie qui s'étend de « qu'il répande ses grâces » à « ses Compagnons » inclusivement. Mais on ne saurait mettre cette rature sur le compte d'Avenzoar, puisque le manuscrit a été copié quatre ans après sa mort. Il s'agit là, à n'en pas douter, d'une de ces nombreuses détériorations que le fanatisme chrétien a fait subir aux œuvres musulmanes, notamment à celles que possède aujourd'hui la Bibliothèque de l'Escurial*.
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3. Sur ce point) cf. D' Lucien Leclcrc, Histoire de In médecine arabe, op. laud., t. II, p. lOV, où il est dit que, dans le manuscrit de rËscurial contenant VArjâzà d'Avicenne commentée par Avcrroès, on a biflé le Bismi 'llah (Au nom de Uieu!) et couvert d'encre le nom de Mahomet. — Je puis moi-même citer un exemple du même genre. Au folio 47 v du manuscrit 844 de l'Escurial, dont je possède la photographie figurait^ parmi les formules finales, la phrase suivante : m Que Dieu répande ses grâces sur Mol^iamraed, Son illustre prophète et Son serviteur, ainsi que sur sa famille, et qu'il leur accorde le salut! » A<«^ j^ ^^ <*Xj\ j^-««>5)
(Ii«.aJLu> a*** *J\ i i*5 <>-)w>^« *.> JJ\. Or toute celte ligne, sauf les deux derniers mots, a été presque effacée après humectation. Malgré tout, on
Serait-ce le copiste qui était juif, comme le suppose un instant Steinschneider»? Et une confusion se serait-elle établie, par la suite, entre la religion du scribe et celle de l'auteur? L'hypothèse paraît peu vraisemblable. On ignore absolument quel fut le copiste et, dans tous les cas, on ne saurait l'accuser de la rature qui vient d'être signalée, car il eût été plus simple pour lui de passer sous silence la formule religieuse qui contrariait ses convictions.
Il semble bien plutôt que l'opinion dont il s'agit se soit répandue, au haoyen âge, dans l'Europe chrétienne, à cause du nom et de la confession du premier interprète du Teysir. L'ouvrage fut connu en Europe grâce aux efforts d'un médecin de Venise nommé Paravice qui en fit une traduction en latin d'après une version en langue vulgaire qu'un médecin juif, Jacob l'Hébreu (Magister Jacobus Hebracus), avait préparée pour son propre usage.
Il n'est pas impossible non plus qu'on ait confondu le Kitâb el-ardiyà (Livre des aliments) d'Avenzoar, appelé aussi Kitâb el-adwiyà (Livre des médicaments), avec le Kitâb el-ardiyà wa 'l-adwiyà (Livre des aliments et des médicaments) d'Abû Ya'qûb Ishaq ibn Suleymân El-Isra- 'ilî. Quoi qu'il en soit, à propos du Kitâb el-ardiya^ on trouve, dès 1760 dans le catalogue de Casiri la notice suivante : « DGGGXXIX Codex sermone quidem Arabico sed literis Hebraicis, quo continetur Opus inscriptum Medicamentorum liber, illorum pra3cipue quae nuUo negotio reperiri, et cibis propemodum annumerari possunt : auctore Abu Maruan ben Zohar, gente Hispano, professionne
peut rétablir la lecture à l'aide d'une puissante loupe. Ici l'intention sacrilège est manifeste, car tout le reste du manuscrit est demeuré dans le plus parfait état de conservation.
1. In Archiv filr pathologische Anatomie (Berlin, 1873), p. 115. m Die unbegriindete Vermuthung des Parisianer Catalogs dass Ibn Zohr ein Jude sei (die vielleicht auf den Schreiber des Codex zu ûbertragen ist) wurde von Casiri zur Thatsache erhoben und galt lange genug in secuu'dâren Quellen. »
Medico, religione Judœo »*. On comprend que, depuis un siècle et demi que ce catalogue est lu par les arabisants, l'erreur qu'il contient à ce sujet ait dû faire beaucoup plus de chemin que n'en ferait, hélas ! une vérité.
Pourtant, Wûstenfeld et Steinschneider ont réfuté cette opinion et ont fait remarquer très judicieusement que l'arrière-grand-père d'Avenzoar était musulman, puisqu'il portait le nom de Mohammed que ne prenaient jamais ni les Chrétiens, ni les Juifs. On ne concevrait pas, du reste, que l'un de ses ascendants ou lui-même se fût converti au judaïsme à une époque où la suprématie appartenait aux musulmans. Il faut donc considérer cette assertion comme une légende et constater qu'au surplus, ce n'est pas la seule dont nous ayons à nous inquiéter.
Il en est une autre, en effet, admise par Wiistenfeld» et par le D"^ Lucien Leclerc', d'après laquelle Averroès aurait été l'élève d'Avenzoar. Nous avons vu plus haut que le premier avait pour le second la plus grande estime ; nous avons cité le jugement qu'il porte sur lui dans son Kitâb el-kulliyât. A la vérité, la différence d'âge qui séparait les deux médecins donne quelque vraisemblance à l'opinion de Wiistenfeld et du D' Leclerc : Avenzoar était né vers 1101, et Averroès, en 1120*. Mais aucun chroniqueur ne fait mention d'Averroès à propos d'Avenzoar, et Ibn Abî Osaybi'à, en notant les relations qui unis-
1. Une note se référant à « Medicamentorum liber » porte : « Titulus ijaiV^ i jUC^ », c'est-à-dire « Titre : Livre des médicaments »; une autre so rapportant au nom de l'auteur se lit « Auctor (sic) ^\ v^jbl-JIj (sic) r*jj c?^, ^^^r* » [fiMiotheca arabico-hispana escurialensis, op. laud., t. I, p. 273).