‹ Avenzoar, sa vie et ses œuvresChapitre 21 sur 80 · Espèce de perdrix fort gracieuse, du genre gauga · texte numérisé non relu

Espèce de perdrix fort gracieuse, du genre gauga

3. Il est difficile de faire passer dans la traduction la délicieuse image

du texte arabe : le verbe (.jçJLir' s'emploie en parlant d'un voyageur qui reste à l'écart de la troupe dont il fait partie et se laisse devancer par elle. Il semble à Abu Bakr que, lorsqu'il a quitté l'Espagne, sa personnalité s'est dédoublée et que son corps s'est transporté au Maroc tandis que son cœur, s'attardant sur la route, demeurait auprès du lils bien» aimé.

médecin qui, un beau jour, en rentrant chez lui, eut l'immense joie de trouver tous les siens réunis dans sa demeure.

Les faveurs et le crédit dont jouissait Abu Bakr eurent pour effet d'allumer l'envie et la haine au cœur d'Abû Zeyd 'Abderrahmân ibn Yûjân, vizir d'El-Mansûr. Pour se débarrasser de celui qui lui portait ombrage, le ministre n'hésita pas à recourir au crime. El-Hafîd avait avec lui sa nièce, fille de sa sœur défunte, laquelle était, comme l'avait été sa mère, fort experte en gynécologie et en obstétrique. L'une et l'autre avaient mission d'assister les femmes d'El-Mansûr quand elles donnaient le jour à leurs enfants. Abu Zeyd s'étant assuré la complicité d'un des familiers d'Abû Bakr parvint à faire mêler à un plat d'œufs le poison qui devait faire disparaître à la fois l'oncle et la nièce. L'attentat eut un plein succès; l'un et l'autre périrent malgré les médications qui leur furent appliquées. Ibn Abi Osaybi'à assigne à cet événement la date de 596 H. et dit qu'Abû Bakr mourut à Maroc, âgé de soixante ans. Ibn El-Abbâr donne une date plus précise : d'après lui ce savant serait mort dans la matinée du jeudi, 21 du mois de dû '1-hijjà 595 H. (14 octobre 1199). Le kalife pria sur sa dépouille, et il fut inhumé dans le Jardin des Emirs. Quant à Abu Zeyd, le forfait dont il s'était rendu coupable ne lui porta pas bonheur : il mourut lui-même assassiné par un de ses proches parents.

Abu Bakr Mohammed laissait un fils, Abu Mohammed 'Abdallah ibn Él-Hafîd, né à Séville en 577 H. (1181- 1182 G.), qui fut lui-même un excellent praticien, élevé à l'école de son père. Lui aussi bénéficia de la faveur des princes : 'Abdelmu'min, El-Mansûr et En-Nâsir l'attachèrent successivement à leur service et le comblèrent de bienfaits.

Il eut une sœur qui mourut avant lui. Une nuit, il la vit en songe et lui dit : « Ma sœur, je t'en prie, fais-moi savoir combien de temps je vivrai? » Elle répondit :

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« Deux tâbiyà et demie »'. Abu Mohammed reprit : « Je te parle sérieusement et tu me réponds par une plaisanterie! » — (( Non, fit-elle, je t'ai répondu très sérieusement, mais tu ne m'as pas comprise. Est-ce que la tâbiyà ne vaut pas dix empans? Et deux tâbiyà et demie ne fontelles pas vingt-cinq empans? La durée de ta vie sera de vingt-cinq ans ». Le qâdî Abu Merwân El-Bâjî à qui Abu Mohammed raconta aussitôt ce rêve et qui en fit plus tard le récit ajoute : « Lorsqu'il me narra la chose, je lui dis : « Ne faites pas de conjectures à ce sujet : ce ne sont, sans « doute, que des cauchemars incohérents! » Mais l'année n'était pas achevée qu'il décéda : il avait vécu, comme on le lui avait prédit, vingt-cinq années, ni plus ni moins »*. C'est donc en l'an 602 H. (1205-1206 G.) que disparut Abu Mohammed ibn Zohr. Gomme son père, il mourut empoisonné à Salé, dans le lieu dit Ribât el-fath^ alors qu'il se rendait à Maroc. D'abord enterrée sur place, sa dépouille fut plus tard exhumée et transportée à Séville où elle reposa auprès des Béni Zohr, à la Porte de la Victoire. Avec lui ne s'éteignit pas, quoi qu'en pense Wiistenfeld*, la lignée des médecins de cette famille : Abu Mo|iammed laissait deux fils » aussi éminents par leur valeur personnelle qu'illustres par leur ascendance »*. L'aîné s'appelait Abu Merwân 'Abdelmalik, le plus jeune, Abu 'l-'Alâ' Mohammed. Gelui-ci avait beaucoup de goûl pour la médecine et connaissait à merveille les livres de Galien. Tous deux habitaient Séville.

1. La ^Àbiyà est une pièce de bois utilisée daas la constructiou.

2. J'emprunte cette anecdote à Ibn Abî Ojaybi'à, *Oyùn el-anlta , op. laud., t. II, p, 75.

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