‹ Avenzoar Sa vie & ses œuvresChapitre 10 sur 72 · Ibn El-Abbàr, Aitäb et-tekmilà, op. laud PS · texte numérisé non relu

Ibn El-Abbàr, Aitäb et-tekmilà, op. laud PS

&, «Oyoun el-anb4’, op. laud., t, I, p. 65.

d'Avicenne fit son apparition en Occident. Dans son livre intitulé Æt-tasrih bi ‘l-meknün ft taftih el-génûn (La manifestation des choses cachées ou Introduction au Canon), Ibn Jemi' El-Misri raconte qu'un marchand apporta de l‘Irâq un exemplaire du Canon établi avec le plus grand soin et l'offrit, à titre d'hommage, à Abû ’I-‘Al4 ibn Zohr qui ne l'avait jamais eu entre les mains jusqu'alors. Lorsquil l'eut examiné, il en fit peu de cas et le laissa de côté, sans lui donner place dans sa bibliothèque. Puis il prit l'habitude d’en déchirer les marges pour y inscrire les ordonnances quil remettait aux malades qui venaient le consulter. » Mais le fait est-il bien exact? Ne s'agit-il pas là tout simplement d’une de ces multiples légendes dont le vulgaire a coutume d’entourer la mémoire des grands hommes et que Les historiens arabes, trop souvent, admettent comme des vérités établies ? Je suis tenté de le croire, car il est une contradiction que je tiens à souligner en m’étonnant qu'Ibn Abi Osaybi‘à n'en ait pas été lui-même frappé. Au nombre des œuvres attribuées à Abùû ’I-"Al4 figure un livre qu’il composa pour son fils Abû Merwân sous le titre de « Traité répondant à Abû ‘Ali ibn Sinà sur certains points de son ouvrage concernant les médicaments simples» 2 Lu hp de ot de sl ce Ulis) (Goal EN Lo Je ER or eee. Or il est impossible d'admettre que la réfutation dont il s'agit ait été écrite sans qu'Abü ‘L-'Al4 ait pris la précaution de lire et de méditer les théories qu'il voulait combattre. S'il se peut qu'il ait dédaigné tout d’abord le livre qu'on lui offrait, il semble démontré qu’il ne le détruisit qu'après l'avoir suffisamment étudié.

En rapportant l’anecdote, Ibn Abi Osaybi'à s'abstient de tout commentaire. Mais peut-être est-ce à cet événement qu’il fait allusion lorsqu'il dit, un peu plus loin, après un éloge pompeux d’Abü ’L-'Al# : « Sa science dépassait les limites atteintes jusqu’alors, et il se montrait empressé à

l'égard des hommes distingués par le savoir ou par l’origine, Sa bienveillance et sa générosité se révélaient supérieures à sa gloire, à part les cas où la langue médit et où l'homme agit avec trop de précipitation : quel est donc celui dont le caractère est irréprochable et dont tous les organes sont en parfaite harmonie? »

A propos du même trait, Steinschneider émet l'opinion: que le dédain d’Abû ’I-'Al4’ pour le Canon d’Avicenne peut être attribué à ce que le livre qui lui fut présenté n’était qu'un extrait limité de l’original. Cette explication bienveillante est peu vraisemblable. Le Canon d'Avicenne datant, à cette époque, de près d'un siècle, il semble naturel d'admettre qu'on avait pu déjà en préparer des extraits. Mais, outre que le texte d’Ibn Abi Osaybi'à n'autorise pas à supposer qu'il s'agissait de l’un d’eux, il faut observer que la valeur d’un extrait aurait été aussi grande, au point de vue technique, que celle de l'ouvrage entier. L'extrait (1oqlà) eût été une partie de l'original et non un résumé (moktasar) : il eût présenté les qualités de clarté, de précision, d'analyse qui distinguent le style de l’illustre écrivain que fut Avicenne. Ainsi, même dans l’hypothèse de Steinschneïider, il faudrait reconnaitre qu’Abù ’I-‘Al4& céda à un mouvement d'humeur jalouse soulignant un peu trop l'exactitude du jugement porté sur ses confrères : «invidia medicorum pessima ».

Malgré cette faiblesse sur laquelle nous aurions mauvaise grâce à insister, un tel homme ne pouvait manquer de trouver dans l'estime de ses contemporains la récompense des services rendus. Le prince avait donc intérêt à se l’attacher. C’est ce que ne manqua pas de faire El- Mo'tamid, le dernier des Beni Abbâd, qui régnait alors à Séville : il combla de bienfaits Abù ’1-‘Al4â’et le fit remettre en possession des biens de son grand-père qui avaient été

4. In Archiv für pathologische Anatomie (Berlin, 1873), t. 57, p. 111. 2. « Ein einseitiger Auszug ».

confisqués. Plus tard, le savant eut l’occasion de lui témoigner sa reconnaissance, El-Mo'tamid ayant été détrôné par les Almoravides et emmené en captivité à Armût, non loin de Maroc, sa femme, Romayqiyä, qu’il chérissait tomba gravement malade. Il fit demander à Abüû ‘1-‘Al4 qui se se trouvait alors à Maroc de venir lui donner ses soins. L’habile médecin lui répondit par une lettre pleine de délicatesse et accéda aussitôt à son désir.

Mais Abà ’1-‘Al ne crut pas devoir épouser les querelles politiques de son ancien bienfaiteur et ilse rallia si bien à la cause de Yüsuf ibn Tâcefin que celui-ci lui conféra le titre de vizir. Ce détail est relaté par Wüstenfeld”. Il faut remarquer que ni Ibn Abi Osaybi‘à ni Ibn El-Abbâr n’en font mention. Toutefois ce dernier auteur parle de l'influence exceptionnelle qu’'Abù ’l-‘Al4 avait acquise : « Le sultan, dit-il, lui fit une place telle qu'aucun des musul-

1. Cf, Dozy, Histoire des musulmans d'Espagne, t. IV. p. 276. — Cf. et. Merräkuci, Histoire des Almohades, trad. E, Fagnan, pp. 131-132. À ce propos, M. Fagnan dit (p. 131, note 2) qu'Abû ‘’1-‘Alà’ est le grandpère de celui que nous appelons Avenzoar,; de plus, à la page 75 du même ouvrage, où il est question d’Abû Bakr ibn Zobhr, il écrit en note « celui que nous appelons Aveuzoar », Ces deux observations concordantes renferment une inexactitude. Celui que nous appelons Avenzoar était le fils d'Abû ‘l-‘Al4 et le père d’'Abû Bakr : il se nommait Abû Merwän, Le doute n’est pas possible sur ce point, car au moyen âge et jusqu’à la fin du xvu siècle, on joignait les deux noms et l’on disait Abhomeron Aveuzoar, Abhomeron étant la corruption d’Abù Merwän. Quant à Abû Bakr, il est resté à peu près inconnu du monde médical, Il faut remarquer que la même erreur a été commise par Dugat, dans sa préface des Analectes d'El-Magqärt, p. zvur.

2. Geschichte der Arabischen Aerzte, op. laud., pp. 89-90. — Wüstenfeld désigne les conquérants berbères par les noms de « Morabiten » (Almoravides) et de « Mulatthemier », Observons que ce mot n'est pas arabe : il est le résultat d'une erreur de déchiffrement qui a amené le

savant orientaliste à prendre pour un r l’n final de Mulattemin OS=r) qui figure dans le texte d’'Ibn Abi Osaybi‘à, Le mot Mulattemin signifie « ceux qui portent le litäm ». On appelle lifâm la partie du hà'ik qui passe sous le menton et que l'on remonte de manière à couvrir la portion inférieure du visage jusqu’au-dessous des yeux. Approximativement, Mulattemin pourrait être traduit par « voilés ».

mans d'Espagne n’enoccupa, de son temps, une semblable; il collaborait avec les gouverneurs à la direction des affaires publiques ». D'ailleurs, point nest besoin du témoignage des chroniqueurs et des historiens pour affirmer qu'Abû ’L-‘Al4’ fut vraiment vizir. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter Les yeux sur le manuscrit‘ qui contient l’une deses œuvres, la Tedkirà, insérée au milieu de celles de son fils Avenzoar : il y est qualifié de « vizir illustre ».

Ge titre persan de « vizir », transformé en « guazir » par la prononciation espagnole et précédé de l’article a, se retrouve dans plusieurs traductions des ouvrages d’'Abù ’I-‘Al4A dues aux savants du moyen âge, sous la

forme Alguazir. D'autre part. le mot ‘Al& (A), ayant été mal orthographié par des copistes ignorants qui en avaient fait Olä (ie), a été confondu avec ‘Ai (19) et lu ‘Eli; de telle sorte qu'Abü "Al" est devenu Abuleli et Ebilule. Au nom ainsi modifié on a ensuite soudé Zohr, nom personnel du grand médecin, et l'on a supprimé l’X qui n'était pas prononcé : on a alors obtenu la forme Abulelizor. Mais ce n'est pas tout : par une de ces métathèses si fréquentes dans la transcription des noms arabes et dont Albucasis (pour Abulcasis) nous fournit un exemple frappant, Abulelizor s'est métamorphosé en Albuleizor, le second / ayant émigré vers le commencement du mot. En raison de ces divers changements, le vizir Abüû ‘1-‘Al4 Zohr s'est appelé Alguazir Albuleizor.

En quelle année Abù ‘1-"Alà’ mourut-il? Ibn Abi Osaybi'à n'a punousle dire. L’intention ne lui a certes pas manqué, car la phrase destinée à contenir la date existe dans les manuscrits de Paris; mais la place du nombre est restée vide. L'édition imprimée au Caire présente la même lacune; la marge, à cet endroit, contient en annotation : Ç Un blanc dans l'original ». Pareil fait se reproduit plus

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