LAIT D
4. Le Teysir figure, sous le n° 3816, dans le dictionnaire bibliographique de Hàjji Kàlfà intitulé Xecf ez-zunûn ‘an asämi ’l-kutub wa ?L funün (tome 11, pp. 488-489 de l’édition donnée par G. Flügel sous le titre de Lexicon bibliographicum, Leipzig, 1837).
tion d’un lettré primait toujours, chez eux, celle d’un homme de science. Et certes, aux yeux de bien des musulmans, Abû Merwân devait faire médiocre figure, lui qui n'a pas produit un seul vers qui soit passé à la postérité! Mais si les critiques de son pays parlèrent peu de lui, notre auteur trouva dans le renom que lui fit la chrétienté la plus glorieuse revanche. Le moyen âge ne jura que par Abû Merwân Avenzoar, et l’on verra quel immense succès ses ouvrages eurent alors dans le monde médical.
Notre époque a voulu, elle aussi, reconnaître ses mérites. Plus d’un orientaliste s’est attaché à établir la liste de ses ouvrages qui, s’ils n’ont pas été étudiés dans le détail comme ils méritent de l’être, ont été, du moins, commémorés ainsi qu'il convenait; au premier rang de ceux qui se sont adonnés à ces recherches se place Wüstenfeld'. Au surplus, l’occasion naîtra plus loin de citer les diverses notices qui lui ont été consacrées. Pour l'instant, nous allons emprunter aux sources originales le récit des faits qui intéressent la famille des Avenzoar et, en particulier, le plus éminent de ses membres.
L’ancêtre le plus éloigné auquel on puisse faire remonter la généalogie des Avenzoar s’appelait Zohr. C’est à lui que la famille dut le nom patronymique d’Ibn Zohr, c'està-dire « fils de Zohr », que chacun de ses descendants porta dans la suite. Toutefois les deux mots qui composaient ce patronyme se modifièrent en passant chez les Européens par l'intermédiaire des savants juifs du moyen âge. Tout d’abord, Ibn devint Aben puis Aven, conformément à la prononciation hébraïque, comme le fait très judicieusement remarquer Wüstenfeld*. La même métamorphose s’est produite dans quantité de noms célèbres
1. Ferdinand Wüstenfeld, Geschichte der arabischen Aerzte und Naturforscher (Güttingen, Vandenhæck und Ruprecht, 1840, in-8).
2. Geschichte der Arabischen Aerzste, op. laud., Vorrede, p, xv.— Cf, et. Renan, Averroès et l'Averroisme (Paris, Durand, 1852, in-8°), p. 7,
note 1.
parmi lesquels il suffit de citer Ibn Rocd et Ibn Bâjà, devenus respectivement Averroès (pour Aven Roës) et Avenpace. Une seconde modification vint compliquer celle-ci, On sait que, pour les peuples de race latine, l’A ne représente pas une véritable aspiration, mais qu'il crée un simple hiatus : c’est ce qu’on remarque en Italie, en Espagne, et aussi en France, si l’on excepte la Gascogne et la Bretagne. Cet effacement de l’L dans la prononciation amena sa suppression dans l’écriture ou son remplacement par un a ou un o formant hiatus avec la voyelle o qui précédait‘, Ainsi, à côté de l'orthographe Zor ou Zohar qui est rare, on trouve couramment Zor et Zoar. Quelquefois ces mots sont employés seuls; le plus souvent ils sont précédés de Aben ou Aven, ou même, dans les traductions latines, de son équivalent filius. Les formes les plus courantes du patronyme qui nous occupe sont Avenzohar et Avenzoar.
On ne sait presque rien sur le premier ancêtre des Avenzoarimmigré en Espagne. Ibn El-Abbär* lui donne le surnom ethnique d’El-Iyâdi que ses descendants portèrent à côté de leur nom patronymique; il se rattachait donc à la lignée d’Iyâd, fils de Ma'‘add, fils de ‘Adnân*. Celui-ci étant considéré comme l’un des ancêtres du peuple arabe, une telle filiation était de nature à disposer favorablement les contemporains des Avenzoar : car les hommes de cette époque ressemblaient fort à ceux que raille si malicieusement La Bruyère et qui croient que « venir de bon lieu c'est venir de loin ».
Quoi qu'il en soit de Pauthenticité de cette origine sur
1. C'est en raison de ce phénomène phonétique que l'hébræo-syriaque mishà (onction, ablution) du rituel chrétien est devenu en latin missa et en français messe; que Mesih (oïint, 4pioroc) s’est transformé en Missus et Messie; que l'arabe al-Kohl a donné alcool,
2, Kitäb et-tekmilà, op. laud., t. 1, p. 76, n° 255,
3. Sur la généalogie d’Iyäd, cf. notamment Ibn Kallikän, Wafayät el- A‘yän, biographie d’'Ibn Abi Duwàd.
laquelle, il est vrai, Ibn Kallikân’ s’accorde avec Ibn El- Abbâr, nous ignorons l’époque précise à laquelle la famille arriva en Espagne. Wüstenfeld donne comme « vraisemblable » la date de 912 de l'ère chrétienne (330 de l'hégire), sans indiquer, d’ailleurs, les bases de son hypothèse?. En réalité, les auteurs arabes sont muets sur cette question qui n'avait pas pour eux, c’est trop clair, une importance capitale.
En ce qui concerne le descendant immédiat de Zohr Ellyâdi, une divergence sépare Ibn El-Abbâr d’Ibn Kallikân. Tandis que le premier le nomme Kalef, le second l’appelle Merwän ; Le désaccord se poursuit jusqu’à Abû ’1-‘Al4’ Zohr ibn Abû Merwäân ‘Abdelmalik qui fait l’objet de l'article biographique d’Ibn El-Abbär. Il est probable que la vérité est du côté d’Ibn Kallikân, car la généalogie qu'il retrace est en parfaite concordance avec celle d’Ibn Abi Osaybi à, et cet auteur paraît autrement documenté que les deux biographes, puisqu’il raconte en détail la vie des divers personnages, étayant de références chacun de ces récits et citant les noms des narrateurs de quiil les tient.
On ignore l'époque à laquelle les descendants d'Ibn Zohr commencèrent à se répandre en Andalousie. Ce que l’on sait, c'est que la famille resta connue à Jefn Câtibà jusqu’au jour où les chrétiens s’en emparèrent et provoquèrent l’émigration des musulmans’ au mois de ramadän 645 H
(30 déc. 1247-28 janv. 1248 CO).
Abü Bakr Mohammed ibn Merwän.
Suivant Ibn Kallikân, Zohr El-Iyâdi eut pour fils Merwän. duquel naquit Abû Bakr Mohammed. Il fut le premier de la famille qui joua un rôle important dans la société de son
1. Wafayât el-A‘yân, édition Wüstenfeld (Gôttingen, Damerlich, 1835), no 683.