Ms. suppl. ar.. n° 673, f
4. The History of the Jlmohades, edited by Reinhart Dozy (Leyde, 1847). Préface, p. vi.
(1198-99), rencontre encore vivant, mais fort avancé en âge , Abu-Bekr Ibn-Zohr le neveu , qui lui récite des fragments de ses poésies. En 603 (1206-7), il rencontre à Maroc le fils dlbn-Tofaïl , qui lui répète plusieurs poëmes composés par son père. On ne vivait plus que de souvenirs et de la tradition, de jour en jour plus affaiblie, du passé.
La disgrâce d'Ibn-Roschd et les soupçons d'hétérodoxie qui s'élevèrent contre lui sont le trait saillant par lequel il frappa l'imagination de ses contemporains. Tous les historiens et biographes musulmans sont unanimes à cet égard , et la variété des circonstances avec laquelle ils rapportent ce fait est elle-même la meilleure preuve de l'impression qu'il produisit. Ces persécutions, du reste , ne furent point un fait isolé. Vers la fin du xne siècle, la guerre contre la philosophie est organisée sur toute la surface du monde musulman1. Une réaction théologique, analogue à celle qui suivit dans l'église latine le concile de Trente, s'efforce de reconquérir le terrain perdu, par l'argumentation et la violence. L'islamisme, comme tant de grandes créations religieuses, est toujours allé se fortifiant et obtenant de ses adeptes une foi plus absolue. La plupart des compagnons de Mahomet croyaient à peine à sa mission surnaturelle ; l'incrédulité , dans les six premiers siècles de l'islamisme, avait été poussée jusqu'aux dernières limites. Dans les siècles modernes , au contraire , pas une ombre de doute, pas une protestation. Il est arrivé pour
1 . Aujourd'hui encore, en Egypte, le terme de philosophe est une injure, et synonyme d'impie, corrompu, comme farmaçoun (franc- maçon). Yoy. Voyage au Ouadar, publié par le docteur Perron, p. 673.
l'islamisme ce qui est arrivé pour le catholicisme en Espagne , ce qui serait arrivé dans toute l'Europe, si le retour religieux de la fin du xvie et du commencement du xvi ie siècle eût étouffé tout développement rationnel. Lascharisme , sorte de compromis entre la raison et ia foi , assez analogue à notre théologie moderne , s'empare de l'Egypte sous Saladin , de l'Espagne sous les Almohades, et est resté jusqu'à nos jours la doctrine orthodoxe des écoles musulmanes. De toutes parts, on tonne dans les chaires contre Aristote et les philosophes1. En 1 1 50, par ordre du calife Mostandjid, tous les ouvrages philosophiques de la bibliothèque d'un kadhi , nommément les écrits d'Ibn-Sina , et l'encyclopédie dite des Frères de la pureté, furent brûlés à Bagdad. En 1192, le médecin Al-Rokn Abd-el-Salam fut accusé d'athéisme , et l'on procéda avec grand appareil à la destruction de ses livres. Le docteur qui présidait la cérémonie monta dans la chaire, fit un sermon contre la philosophie, puis, prenant l'un après l'autre les volumes, il disait quelques mots pour en montrer la scélératesse, et les passait à des gens qui les jetaient au feu 2. Rabbi-Juda , le disciple chéri de Maimonide, fut témoin de cette scène étrange. « Je vis, dit-il , dans la main du docteur l'ouvrage d'astronomie d'Ibn-al-Haitem. Montrant le cercle par lequel cet auteur a représenté le globe céleste : Voici, s'écria-t-il , F immense malheur, l'inexprimable désastre , la sombre calamité] En disant ces mots, il déchira le livre et le jeta au feu 3. »
1. Les meilleurs esprits, Abulféda , Makrizi paraissent eux-mêmes assez peu favorables cala philosophie. Cf. Ahulf., Jim. Moslem., IV, 255. — De Sacy, Exposé de la religion des Druzes, introd., p. xxn.