Joum.asiat. juillet 1842 (p. 18-19), art. de M. Munck
Tous les philosophes espagnols du siècle d'Ibn-Roschd furent, comme lui, en butte à la persécution. Les Almohades relevaient directement de l'école de Gazali; leur fondateur, en Afrique , avait été un des élèves de cet ennemi de la philosophie1. Ibn-Badja, maître d'Ibn- Roschd , avait déjà expié, par la prison, les soupçons d'hétérodoxie qui s'attachaient à sa personne, et s'il faut en croire Léon l'Africain , il ne dut sa délivrance qu'à l'influence du père d'Ibn-Roschd, alors grand kadhi2. Ibn-Tofaïl passa pour le fondateur de Y hérésie philosophique, et pour le maître en impiété d'Ibn-Roschd et de Maimonide3. Le philosophe Abd-el-Mélik Ibn-Wahib, de Séville, contemporain d'Ibn-Bâdja, se vit obligé de borner son enseignement aux premiers éléments. Plus tard, il renonça même entièrement aux études philosophiques et s'interdit toute conversation à ce sujet, voyant qu'il courait risque de la vie ; « car, dit le chroniqueur, si hautes étaient ses vues dans ces sciences, qu'il se serait sans doute rendu coupable, s'il avait continué à les étudier. )) Il se réduisit donc à la théologie la plus orthodoxe, (( si bien qu'on ne trouve point dans ses écrits, comme dans ceux des autres philosophes, de ces choses cachées que l'on explique après leur mort4. » Quelquefois on usait d'une rigueur plus grande encore. Le philosophe Ibn-Habib, de Sévdle , fut mis à mort parce qu'il cultivait les sciences proscrites; « c'est pour cela, ajoute l'historien , que les livres de ces sciences sont devenus si rares , et que les hommes qui les cultivent ne le font qu'à la dérobée. Moutref de Séville, conti-