Hauréau, t. II, p. 231 et suiv
sions essentielles à la matière avant l'adjonction de la forme, ces détails secondaires ne peuvent faire méconnaître l'identité de la thèse fondamentale : antériorité de la matière générique, à laquelle participent tous les êtres, par antithèse à la pure création de saint Thomas ', Pierre Auriol s'attira les anathèmes de l'école dominicaine pour une doctrine toute semblable 2.
Quant à la thèse de l'intellect séparé, Duns Scot la trouve si absurde, que l'auteur lui paraît digne d'être mis au ban du genre humain3. Cela devait être. Duns Scot pousse jusqu'à l'extrême la doctrine de la pluralité des âmes, et la multiplication des entités psychologiques. Peu s'en faut que, comme Origène, il ne fasse errer les âmes dans l'espace pour y chercher des corps. Duns Scot et Okkam , en admettant qu' Aristote n'a pas cru à l'immortalité de l'âme, et que cette vérité ne peut se démontrer que par la révélation, préparaient, du reste, la voie à de dangereuses hardiesses4. Nous verrons, en effet, au xrve siècle, l'averroïsme le plus décidé sortir des deux directions tracées par Duns Scot et Okkam5..
L'école mystique elle-même , qui se rattache par tant de traits à l'école franciscaine, fait un assez grand usage de la psychologie arabe. Les mystiques allemands du
i. Hauréau, p. 327, 338 et suiv.