Gayangos, t. Ier, p
2. Ms. Bibl. nat., f. 199 v°. —Gayangos, t. Ier, append., p. x et xi.
teur et qu'on le mît en prison. Tous les témoins qui l'avaient signé , fort alarmés pour eux-mêmes , prirent la fuite. On dit qu'à cette occasion Almansour s'écria : « Par Allah ! lors même que tous mes sujets signeraient « cette déclaration et porteraient témoignage qu'Abua Bekr Ibn-Zohr a fait ce dont il est accusé dans ce « papier, je dirais encore que ce n'est point vrai , tant « je connais la droiture de son cœur et la rigidité de « ses principes religieux. »
« J'ai recueilli , continue Ibn-Abi-Oceibia, l'anecdote suivante de Abul-Abbas Ahmed Ibn-Mohammed Ibn- Ahmed, de Séville : « Ibn-Zohr avait deux élèves auxquels k il enseignait la médecine. Un jour, comme ils arri- « vaient à l'heure accoutumée pour lire devant lui des « ouvrages de cette science, il remarqua dans les mains « de l'un d'eux un petit livre traitant de la logique. Ibn- « Zohr jeta le volume dans un coin de l'appartement, et « courut sur les délinquants avec l'intention de les battre. « Les étudiants s'enfuirent, et restèrent quelques jours « sans venir chez lui. Mais enfin ils prirent courage, et « se présentèrent devant leur maître, s'excusant d'avoir « porté dans sa maison un livre défendu, dont ils igno- (( raient, disaient-ils, le contenu. Ibn-Zohr feignit d'ad- (( mettre leur excuse, et continua de faire avec eux des « lectures sur la médecine; mais avec la différence qu'ace près avoir consacré un certain temps à cette étude, « Ibn-Zohr leur faisait répéter quelque partie du Coran, « leur enjoignant, quand ils seraient chez eux, de lire « des commentaires sur ce divin ouvrage, aussi bien que « des histoires traditionnelles concernant le Prophète et « d'autres livres sur des sujets théologiques , mais parce dessus tout d'être fort exacts dans l'accomplissement « de leurs devoirs religieux. Les jeunes gens suivirent
« les recommandations de leur maître, et lorsque, peu « de temps après , Ibn-Zohr trouva que leurs esprits « étaient bien disposés, il apporta une copie du livre de « logique qu'il avait d'abord vu dans leurs mains, en leur « disant : Maintenant que vous êtes bien prépare's à la (( lecture de cet ouvrage, rien ne m'empêche de le lire « avec vous ; et il commença immédiatement à le leur « expliquer. » J'ai mentionné ce fait afin de montrer la droiture de cœur et la piété d'Ibn-Zohr. »
Ce qu'il importe de remarquer, et ce qui peut paraître surprenant au premier coup d'œil, c'est que ces persécutions étaient fort agréables au peuple, et que les princes les plus lettrés se les laissaient arracher, malgré leurs goûts personnels, comme un moyen de popularité. Cette antipathie de la foule pour la philosophie naturelle est un des traits les plus caractéristiques de l'Espagne musulmane. «Les Andalous, dit Makkari1, laissèrent de lumineuses traces dans toutes les parties des sciences, à l'exception cependant de la philosophie naturelle et de l'astronomie. Ces deux sciences, quoique cultivées en secret par les plus hautes classes, ne furent jamais enseignées en public à cause des préventions de la multitude. Car si un homme de la plus basse classe entendait un autre dire : « Un tel fait des leçons sur la philosophie « naturelle, ou travaille à l'astronomie, » il l'appelait immédiatement zendik (impie, mécréant), et cette qualification injurieuse restait attachée au nom de l'homme savant pendant toute sa vie. Quelquefois même son existence pouvait dépendre de sa circonspection; car les hommes des basses classes, une fois mal disposés et prévenus contre lui, l'auraient, sur la moindre provocation,