‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 183 sur 235 · Riccoboni, ilnd · texte numérisé non relu

Riccoboni, ilnd

8 vi.

En 1 495, le vieux Vernias, qui, par un privilège unique, avait obtenu d'enseigner sans antagoniste, se néglige ; ses élèves murmurent; on lui oppose pour le réveiller Pierre Pomponat *-. Avec Pomponat s'ouvre une ère nouvelle pour l'école de Padoue. Jusqu'ici la philosophie padouane s'est tenue dans les termes d'une métaphysique fort inoffensive. Paul de Yenise, frà Urbano, Gaetano de Tiene, Yernias lui-même ne sont que des commentateurs. Aucune vie, aucune pensée ne circule sous cette dure enveloppe. La hardiesse n'est que dans les mots; le langage philosophique , vingt fois quintessencié , en est venu à ne rien receler : la psychologie n'est plus qu'un cliquetis de mots sonores et d'abstractions réalisées. Pomponat, au contraire, représente réellement la pensée vivante de son siècle. C'est la personnalité de l'âme humaine, c'est l'immortalité, c'est la providence et toutes les vérités de la religion naturelle qui sont mises en cause, et deviennent dans le nord de l'Italie l'objet du débat le plus animé. Tout en expliquant Aristote et Averroès selon la règle, Pomponat sut intéresser la jeunesse, et philosopher en vérité. Paul Jove parle avec admiration de la variété de ton qu'il savait déployer dans ses leçons : ce n'est plus un scolastique, c'est déjà un homme moderne.

Pour couvrir cette tendance nouvelle , un nouveau nom était nécessaire : on trouva celui d'Alexandre d'Aphrodisias. Désormais Averroès ne régnera plus seul : réduit à partager l'école , il n'aura plus pour lui que

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