La préface et l'index sont seuls imprimés
4. Nec nostra aetate nec apud antiquos averroistas hoc unquam dubitatum fuit.... Animadvertendum est duas esse in hac materia opiniones extremas, imam quam antiquiores averroistœ, Johannes Scotus, sanctus Thomas (quamvis amhiguus videatur) , Johannes Bachonus et Herveus sequunlur ; aliam vero prœcedenti oppositam recentiores averroistse sequuntur. (Ms. Ferr.) — Brasavola, de même que Patrizzi, envisage ici Averroès comme le père de tous les scolastiques, et c'est en ce sens qu'il met saint Thomas parmi les averroïstes.
roès les opinions de Bacontborp , Jean de Janclun , Grégoire de Rimini , Trombetta , Gaetano de Tiene, INiphus, Zimara, etc. Brasavola cependant paraît incliner vers l'alexandrisme, et censure parfois avec sévérité les opinions d'Averroès. On sera plus surpris peut-être d'apprendre que le Tasse était alexandriste, et que l'un des livres qu'il prie Aide le Jeune de lui envoyer dans sa prison est le commentaire d'Alexandre sur la Métaphysique1,
S xv.
Le dernier représentant de la scolastique averroïste est César Cremonini, successeur de Zabarella àPadoue. Cre~ monini a été jusqu'ici apprécié d'une manière fort incomplète par les historiens de la philosophie. On ne l'a jugé que par ses écrits imprimés , qui ne sont que des dissertations de peu d'importance , et ne peuvent en aucune manière faire comprendre la renommée colossale à laquelle il parvint. Cremonini n'est qu'un professeur : ses cours sont sa véritable philosophie. Aussi, tandis que ses écrits imprimés se vendaient fort mal % les rédacions de ses leçons se répandaient dans toute l'Italie et même au delà des monts. On sait que les élèves préfèrent souvent aux textes imprimés les cahiers qu'ils ont ainsi recueillis de la bouche de leurs professeurs. Condamné d'ailleurs comme Vico , comme presque tous les Italiens distingués du xvne et du xvine siècle, à vivre de sa rhétorique, Cremonini trouvait des éditeurs pour ses son-
1. Voir îe dialogue// Cattaneo , ovvero délie coiiclusioni , Opp. t. VII (Pisa, 1822), et Lettere inédite, ccxcn.
2. Illud nobis mirandum, quod elaborata ipsius opéra typis excusa in officinis hactenus evilescunt, scripta vero peripati more discipulis ab ipso déambulante dictata sic excellunt, ut niliil ad arcana philosopliiœ detegenda perfectius ac suavius desiderari possit. (Imperialis, apud Brucker, t. IV, p. 226.)
nets et ses pièces de circonstance : Clorinda e V allier o, Il ritorno di Damone , et n'en trouvait pas pour ses œuvres sérieuses. En général, c'est dans les cahiers beaucoup plus que clans les sources imprimées qu'il faut étudier l'école de Padoue. Pour Cremonini , cette tâche est facile, car les copies de ses cours sont innombrables dans le nord de l'Italie. L'exemplaire le plus complet est sans contredit celui de la bibliothèque Saint-Marc de Venise. Il se compose de vingt-deux grands volumes (classis VI, codd. 176-198), écrits d'une même main, et contenant année par année les leçons de Cremonini sur toutes les parties de la philosophie péripatéticienne \ Ces manuscrits proviennent du conseil des Dix , auquel Cremonini avait en effet adressé ses ouvrages , comme le prouve une lettre trouvée au Mont-Cassin , et dont il sera bientôt parlé 2.
Cremonini n'est à vrai dire ni alexandriste, ni averroïste, bien qu'il penche beaucoup plus vers l'alexandrisme 3. Averroès et Jean de Jandun sont les auteurs dont il fait le plus d'usage, et qui lui fournissent le texte de ses leçons ; les autres maîtres de l'école averroïste comparaissent tour à tour dans ces fastidieuses discussions. Cremonini semble se décider entre eux par un éclectisme superficiel. Comme Césalpin et Zabarella, il se rattache à une opinion que l'on prêtait alors généralement à Averroès, à savoir que l'existence de Dieu ne
1 . Le catalogue les donne comme autographes. Mais ce sentiment paraît difficile à soutenir, car il s'y trouve des traités composés d'après Cremonini par ses élèves.
2. J'ai entre les mains des extraits étendus de ces leçons. Mais je dois me borner ici à ce qui se rapporte immédiatement à l'averroïsme.
3. Fortunio Liceto raconte qu'ayant enl repris de réfuter le sentiment d'Alexandre sur l'immortalité, Cremonini et Louis Alberti le menacèrent d'écrire contre lui. (Bayle, art. Crémonin, note Y.)
peut se démontrer que par la considération physique du mouvement du ciel. Il admet sans restrictions importantes les théories d'Averroès sur les intelligences célestes et la Providence \ Toutes les choses sublunaires sont gouvernées par le ciel ; il y a un agent universel à qui appartient tout l'efficient de l'univers 2. Dieu ne perçoit rien hors de lui-même. Cremonini critique avec plus de sévérité la psychologie averroïste. Le principe d'Averroès : Recipiens débet esse denudatum a naturel réceptif lui paraît faux de tout point 3. Il n'accepte pas davantage la théorie de l'unité de l'intellect4, bien qu'il reconnaisse que l'immortalité doit être cherchée dans l'espèce et non dans l'individu. L'intellect actif est Dieu luimême, comme l'a voulu Alexandre. 11 est nécessairement distinct des puissances de l'âme , simple , subsistant par lui-même ; car l'intellect actif est en acte tous les intelligibles , et cela seul est intelligible qui est simple, séparé, subsistant par soi-même b. Tout est en quelque sorte plein d'âme; Dieu est la vie même de l'univers , pénétrant tout en qualité d'intellect actif 6. Le monde est dans un éternel fieri ; il nest pas; il naît et il meurt sans cesse 7.
1. Le traité De intelligentiis (ms. de Saint-Marc, classis VI, n° 184) n'est qu'une longue exposition de celte théorie, et des incroyables subtilités que les averroïstes y avaient introduites.
2. Tractatus De cœli ejficïentia. (Ms. de Saint-Marc, nos 176 et 182.)