‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 221 sur 235 · Ibid., lect. 79 et · texte numérisé non relu

Ibid., lect. 79 et

7. La bibliothèque du Mont-Cassin possède la leçon d'ouverture de Cremonini en 1591, sur ce texte : Mundus nunquam est; nascitur semper et moritur.

Voilà les doctrines que Cremonini enseigna pendant dix-sept ans à Ferrare, et pendant quarante ans à Padoue. Elles ne manquent pas, on le voit, de hardiesse, et ce ne fut qu'à force de protestations d'orthodoxie que Cremonini réussit à éviter la persécution1. Le préambule de son commentaire sur le traité de l'Ame2 est à cet égard un chef-d'œuvre d'habileté. « Sachez, dit-il à ses auditeurs, que je ne prétends pas vous enseigner ce qu'il faut croire sur l'âme , mais seulement ce qu'a dit Aristote. Or, tout ce qui dans Aristote est contraire à la foi, les théologiens , et surtout saint Thomas , y ont amplement répondu. Je vous en avertis une fois pour toutes, afin que, si vous entendez dans mon cours quelque proposition malsonnante, vous sachiez où trouver la réponse. Car, pour dissimuler quelque chose de la pensée d' Aristote, je manquerais à tous mes devoirs si je le faisais. » A chaque proposition dangereuse, il se hâte d'ajouter : « Remarquez bien que je ne vous dis pas mon propre sentiment (mon sentiment ne peut être que celui de notre mère la sainte Église), mais celui d' Aristote3. » La tactique par laquelle les philosophes de ce temps cherchaient à revendiquer quelque indépendance, était d'exposer les doctrines compromettantes sous le nom d'autrui, en les désavouant, et même en les réfutant ; mais en ayant soin que la réfuta-

i. Bayle, art. Crémonin. — « Crémonin cachait finement son jeu en Italie ; nihil habebat pietatis et tamen pius haberi volebat. » Nauclœana, p. 55.

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