‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 44 sur 235 · Antonio, Bibl. hisp. vêtus, t. Il, p. 40t · texte numérisé non relu

Antonio, Bibl. hisp. vêtus, t. Il, p. 40t

œuvres se répandirent très-peu et sortirent à peine de l'Espagne1. Les énormes destructions de manuscrits arabes ordonnées par Ximenez (on porte le nombre des livres brûlés sur les places de Grenade à quatre-vingt mille) 2 achevèrent de rendre très-rare le texte original des œuvres du commentateur. Les manuscrits qui nous en restent sont presque tous d'écriture marocaine. Casaubon, cité par Huet, affirme pourtant avoir touché de ses mains un manuscrit apporté d' Orient par Guillaume Postel, et contenant le commentaire sur les cinq parties de TOrganon, sur la Rhétorique et la Poétique3. J'avoue que pendant longtemps j'ai tenu pour suspecte l'assertion que le docte évêque d'Avranches couvre de son autorité. Comment, me disais-je ? Postel aurait-il rapporté d'Orient un livre qui peut-être n'y a jamais pénétré ? Huet, après avoir remarqué lui-même que Scaliger désespérait déjà de rencontrer aucun manuscrit arabe d'Averroès, s'étonne que ce savant homme n'ait pas eu connaissance du manuscrit de Postel, son ami et son correspondant assidu. Cette objection n'est-elle pas, en effet, péremptoire ? Les erreurs dont, fourmille le traité De Interpretatione , quand il s'agit de versions orientales, n'autorisent-elles pas à révoquer en doute le témoignage de Huet?... Mais après avoir examiné le manuscrit de Florence, j'ai vu une partie de mes doutes se dissiper. Ce manuscrit, en effet, est exactement composé comme celui dont parle Huet. Le commentaire sur

1. Freind avait déjà fait cette remarque [Hist. med., pars II", p. 254).

2. Gayandos, t. 1er, p. vin. Remarquons à ce propos que la précieuse collection de PEscurial n'est pas, comme on pourrait le croire, un reste des Arabes d'Espagne. Elle provient en grande partie de navires marocains capturés en 1611. L'incendie de 1671 en dévora près de îa moitié.

3. De interpret.y 1. II. De claris interpretibus, p. 141 (Paris, 1680).

la Rhétorique et la Poétique s'y trouve joint à celui de l'Organon ; or cet assemblage est trop caractéristique pour que Huet et Gasaubon l'eussent rencontré par hasard. Ce ne serait même pas une conjecture trop hardie de supposer que le manuscrit manié par Casaubon est celui-là même qui repose aujourd'hui sur les plutei de la Laurentienne.

Le manuscrit de Florence 1 renferme le commentaire moyen sur l'Organon ainsi que les paraphrases sur la Rhétorique et la Poétique, c'est-à-dire l'ensemble complet des commentaires sur les œuvres logiques d'Aristote2. L'examen que j'ai fait de ce beau manuscrit ne m'a révélé aucune différence importante avec le texte latin, si ce n'est dans la paraphrase de la Rhétorique et surtout de la Poétique. J'ai insisté ailleurs3 sur l'intérêt qu'aurait pour les orientalistes la publication de cette paraphrase. Des deux traductions que nous en avons, celle de Hermann l'Allemand est tout à fait inintelligible , et celle d'Abraham de Balmes fort différente du texte ? le traducteur hébreu ayant supprimé ou remplacé par des exemples familiers aux juifs les citations arabes qu'Ibn- Roschd avait lui-même substituées aux particularités trop helléniques du texte.

La bibliothèque de l'Escurial est, avec la Laurentienne, la seule en Europe qui possède quelque partie du texte arabe des œuvres philosophiques d'Ibn-Roschd. Le

1. Ev. Assem. , Biblioth. Palat. Medic. Codd. mss. orient., p. 32S, Cod. clxxx. — M. Wùstenfeld [Gesckichte der arab. Aerzte, etc., p. 106) suppose à tort que la Laurentienne possède un exemplaire complet des commentaires d'Ibn-Roschd.

2. La Rhétorique et la Poétique font toujours partie des œuvres logiques dans la classification des Syriens et des Arabes. Cf. Egger, Hist. de la crit. chez les Grecs, p. 155, 299-300 ; — Jourdaiii, Recherches, p. 139 et 142.

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