Denis , Rationalisme d'Arislote
et soutenu que l'intellect actif n'est pour Aristote qu'une faculté de l'âme. L'intellect passif n'est alors que la faculté de recevoir les çavra<7[/.aTa ; l'intellect actif n'est que l'induction s'exerçant sur les <pavTa<7[/.aTa et en tirant les idées générales. Ainsi , l'on fait concorder la théorie exposée dans le troisième livre du Traité de l'Ame? avec celle des Seconds Analytiques , où Aristote semble réduire le rôle de la raison à l'induction généralisant les faits de la sensation. Certes, je ne me dissimule pas qu' Aristote paraît souvent envisager le vouç comme personnel à Tliomme. Son attention constante à répéter que l'intellect est identique à l'intelligible, que l'intellect passe à l'acte quand il devient l'objet qu'il pense1, est difficile à concilier avec l'hypothèse d'un intellect séparé de l'homme. Mais il est dangereux, ce me semble, de faire ainsi coïncider de force les différents aperçus des anciens. Les anciens philosophaient souvent sans se limiter dans un système , traitant le même sujet selon les points de vue qui s'offraient à eux, ou qui leur étaient offerts par les écoles antérieures, sans s'inquiéter des dissonances qui pouvaient exister entre ces divers tronçons de théorie. 11 est puéril de chercher à les mettre d'accord avec eux-mêmes, quand eux-mêmes s'en sont peu souciés. Autant vaudrait , comme certains critiques allemands , déclarer interpolés tous les passages que l'on ne peut concilier avec les autres. Ainsi, la théorie des Seconds Analytiques et celle du troisième livre de l'Ame , sans se contredire expressément , représentent , à mon avis , deux aperçus profondément dis-
anima.
1. btXN(x\xz\ ra&ç ecrct xà voy)Ta ô vouç, àXX' svxsXs^sia ouôiv , 7tp\v &v vo9j [De i, 1. III, cap. iv, § 11). Cf. Metapli A, c. vu et ix. -r-De anima, 1. I, c. m ; 1. II, c. i; 1. III, c. v. — Kastus, Psychologie d Aristote, p. 209, 281, 333. — Ravaisson, JÊëtàpk. d'Arist., 1. 1, p, 196, 199.
tincts et d'origine différente, sur le fait de l'intelligence.
Sans doute 9 en traduisant -en langage moderne la théorie de l'intellect exposée au troisième livre de l'Ame, et en la dégageant des formes trop substantielles du style aristotélique, on arrive à une théorie de la connaissance assez analogue à celle qui depuis un demi-siècle a conquis l'assentiment de tous les esprits philosophiques. Il ne tient qu'à nous de faire dire à Aristote : Deux choses sont nécessaires pour l'acte intellectuel : 4° une impression du dehors reçue par le sujet pensant, 2° une réaction du sujet pensant sur la donnée de la sensation. La sensation donne la matière de la pensée ; le voiïç, la raison pure, donne la forme. Mais cette méthode de rapprochements est toujours périlleuse. Les systèmes anciens doivent être pris pour ce qu'ils sont , et acceptés , au point de vue de leur auteur, comme de curieux produits de l'esprit humain , sans être jamais interprétés d'après les vues de la philosophie moderne.
En somme , la théorie péripatétique de l'intellect , telle qu'elle est sortie du travail des commentateurs , se compose de cinq théorèmes : 1° distinction des deux intellects, actif et passif; 2° incorruptibilité de l'un, corruptibilité de l'autre; 3° l'intellect actif conçu en dehors de l'homme, comme le soleil des intelligences; 4° unité de l'intellect actif; 5° identité de l'intellect actif avec la dernière des intelligences mondaines. La pensée d' Aristote ne laisse lieu à aucune hésitation sur les deux premiers théorèmes ; elle est suffisamment claire , sans être incontestée , en ce qui concerne le troisième. Quant aux deux derniers, ils sont bien le fait des commentateurs qui, par des inductions ou des rapprochements, ont cru pouvoir compléter ainsi la théorie du maître.