S VI
Les disciples immédiats d'Aristote, Théophraste, Aristoxène , Dicéarque , Straton , ne paraissent pas s'être fort préoccupés de la doctrine exprimée au troisième livre de l'Ame. L'âme n'est pour eux que le son résultant de l'organisation des parties du corps; la théorie de la raison pure ne pouvait avoir de place dans un système de matérialisme aussi grossier. Chez Alexandre d'Aphrodisias , au contraire, cette théorie arrive à de grands développements. L'intellect passif, qui désormais s'appelle matériel (6 O^wcoç vouç), n'est rien en acte, mais tout en puissance1. Car n'étant rien par sa propre force avant de penser, quand il pense il devient la chose pensée. L'intellect matériel n'est donc qu'une aptitude (Ê7uiTY)SeioTV]ç) à recevoir les idées, semblable à une tablette sur laquelle il n'y a rien d'écrit. Le fait de la connaissance a lieu par l'intervention de Dieu, qui s'empare de la faculté individuelle comme d'un instrument. L'intellect actif, pour Alexandre, est donc Dieu lui-même ; mais Dieu ne soutient avec l'âme qu'un rapport passager; il n'en est que la cause motrice extérieure, et ne l'empêche pas de retomber bientôt après dans le néant 2.
Alexandre d'Aphrodisias peut être considéré comme le premier auteur de l'immense importance que la théorie du troisième livre de l'Ame acquit dans les derniers siècles de la philosophie grecque, et durant tout le moyen âge. Thémistius nous atteste que déjà de son temps ce passage avait donné lieu à d'interminables controverses, et Philo-
j . Trendelenburg , De anima, p. 486.
2. Ravaisson, Essai sur la Métaph. d'Jrist.} t. II, p. 302. — Zimara > Solut. Contai. 176 et 178 v°.
pon réfute à ce sujet toute une arme'e de dissidents1. Pour Thémistius, comme pour Alexandre, l'intellect séparé est en dehors de l'homme. Déjà il se pose nettement la question de l'unité ou de la multiplicité de l'intellect. Il est un, dit-il , dans sa source, c'est-à-dire en Dieu; il est multiple par les individus qui y participent; de même que d'un centre unique le soleil s'épand en une infinité de rayons2. L'intellect passif aspire à s'unir à l'intellect actif, comme toute chose aspire à son perfectionnement. Simplicius n'introduisit dans la controverse aucun élément nouveau. L'intellect passif est périssable, comme tout ce qui vit de la vie successive. Quand il agit, il s'identifie avec la chose pensée3. Philopon est un esprit plus original , mais un interprète beaucoup moins fidèle. L'âme est à ses yeux immatérielle, simple, immortelle (6ewc, x.al àcrco^aTo;, îtal âraG/'ç). L'intellect, quand il est en acte, doit s'identifier (é£ô{ÀQioîfaOai, évurcapystv) à l'objet pensé. Le vouç n'est autre chose que la raison de l'humanité tout entière. En effet, le vouç, dit Àristote (l. III, c. v, § 2), pense toujours; c'est-à-dire, ajoute Philopon, que l'humanité pense toujours, comme on peut dire en un sens que l'homme vit toujours, parce que l'humanité vit toujours4? Enfin dans le livre apocryphe de la Théologie d' Aristote3, la théorie de l'intellect est présentée d'une manière fort analogue à celle que nous trouverons chez les Aral: es. Le rôle de l'intel-