IX
L'extrême précision avec laquelle le péripatétisme avait séparé les deux éléments de l'entendement, l'élément relatif et l'élément absolu, devait l'amener à scinder la personnalité humaine dans la question de l'immortalité. Malgré les efforts de l'aristotélisme orthodoxe, l'opinion du philosophe à cet égard ne saurait être douteuse1. L'intellect universel est incorruptible et séparable du corps ; l'intellect individuel est périssable et finit avec le corps2.
Tous les Arabes ont compris dans ce sens la pensée d'Aristote. L'intellect actif est seul immortel; or l'intellect actif n'est autre chose que la raison commune de l'humanité : l'humanité seule est donc éternelle. La providence divine, dit le Commentateur, a accordé à l'être périssable la force de se reproduire, pour le consoler et lui donner à défaut d'autre cette espèce d'immortalité 3. Parfois, il est vrai, l'opinion d'Ibn-Roschd peut s'entendre en ce sens que les facultés inférieures (sensibilité, mémoire, amour, haine)* n'ont pas d'exercice dans l'autre vie, tandis que les facultés supérieures (la raison) survivent seules à la dissolution du corps. C'est à peu près
4. Cf. Barthélémy Saint-Hilaire , Traité de l'âme, préf., p. xl et suiv. — Ravaisson , Essai sur la Métaph., t. Ier, p. 590.
2. Touto (Jl6vov aôdvaxov xai afôiov (De anima, 1. III , cap. v, § 2). — 'YtojjlIvei.... p) rcàca, àXV ô vouç • tïccsocv yàp àSuvarov 't'atoç ( Metaph. A, cap. in). Voy. pourtant Moral, Nicom., 1. I, cap. xi ; 1. X, cap. vu.
3. Sollicitudo divina, quum non potuerit facere ipsum permanere secundum individuum, miserta est ejus dando eivirtutem qua potest permanere in specie (De anima, f. 133 v°).