I.a gloire éblouissante et funeste des conquérants
INTRODüCŸfGN
•tt bien vaine devant celle des hommes de cœur qui ,
— trop obscurément d’ordinaire, — se sacrifient pour nous faire avancer dans la voie des progrès dont l’enchaînement est manifeste. Tout progrès matériel conduit directement ou indirectement à des progrès intellectuels et moraux , incontestable vérité que l’on a mille fois contestée sans la rendre moins évidente.
Enlivrantà l’homme le domaine aérien, jusqu’ici rebelle à ses âpres désirs, on uu \ i e les continents, on abat les barrières qui séparent les peuples ; plus de places fortes, plus de frontières, plus d’obstacles infranchissables. Les fleuves, les mers, les déserts, les chaînes de monLs escarpés , les défilés étroits , les inondations , les marécages cessent de s’opposer à l’élan irrésis- . tible de la civilisation. Les plus faibles disposent d’une force qui rend la guerre impossible, et oblige bientôt les nations à vouloir, sérieusement enfin, le terme de cette barbarie qui les ruine même en temps de paix. Or, les conséquences certaines d’une paix permanente seraient les développements constants de ragriculliirc, de l’industrie et du commerce, suivis bientôt de la diminution du paupérisme.
Tous les esprits élevés él généreux entre\ oient ces sublimes résultats dans l’avenir de la navigation aerienne. Et c’est pourquoi, loin d’accueillir par un lire brutal , les efforts des humbles pionniers tels que
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moi, ils écoBtent attentifs, avec l’espoir que la solu* tien tant de fois cherchée n’est cependant pas impossible.
Elle l’est si peu, — oserai-je dire hautement avec la conviction la plus absolue . avec la foi la plus inébranlable , — quelle ne tient désormais qu’à une question d’argent.
Pour le prix que coûte la construction d'un ilôt de maisons dans un des nouveaux quartiers de Paris , avant le terme d’une année révolue, (demandons deux ans }, l’idée serait complètement réalisée et pratique. J’en répondrais avec la fermeté de Galilée, dont le : « Æ pure te muove , ■ — a servi d’épigraphe à ma première publication sur ce sujet.
Mais on sait combien peut rapporter la location ,,d’un appariement , ce qui n’empêche pas de se ruiner tous les jours par la truelle; — l’on oublie que riuventcur des omnibus est mort de désespoir, (juoique l’on trouve fort simple que dans toutes les grandes villes du inonde les compagnies d’omnibus réalisent des bénélices considérables, et l’on a peine à concevoir que l’omnibus aérien donnerait pour bénéfice au monde entier, un surcroît de bien-être dont nos chemins de fer ne font qu’indiquer l’étendue.
Chacun sait ce que rapporte une action ou une obligation de chemin de fer, mais on ignore généralement le nom et l’histoire de l’inventeur Thomas Gtey.
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INTRODUCTION
« Ce grand homme de paix , a écrit M. Oscar O Comettant, avait lutté vingt ans pour tenter de » faire adopter son idée; il avait dépensé en expé- . a riences tout ce qu’il possédait, tout, jusqu’à la » dot de sa femme ; et c’est seulement après l’expi- » ration de ses brevets , quand il était entièrement » ruiné , qu’il n’avait plus aucun droit sur celte » découverte , que cette découverte immense , dont i> lesrésultats matériels et moraux sont incalculables,
» a fini par triompher, en portant d’abord, dans » toute l’Angleterre l’activité et la fortune. On » l’a vu, cet illustre . malheureux , devenu vitrier » ambulant , contempler, le portoir à vitres sur le » dos, les locomotives hardies, le fruit de son génie,
» sa ruine , la fortune de tous , et dire avec un sin- » gulier mélange d’e.xaltation et de profonde tris- 9 tesse: « J’avais raison* ! »
Dans une revue , j’ai été qualifié d’apôtre de l’autolocomotion aérienne *. — C’est bien là le nom qui me convient. J’ai travaillé , j’ai largement dépensé un temps qui m’était nécessaire , j’ai émis des idées même mécaniques dont je fais bon marché , mais ma part de collaboration a été surtout , comme on le verra plus loin , une foi de précurseur , — une
* Histoire d’un inventeur au dix-neuvième siècle. .Adolphe Sax. — Chap. XXIII. — Oscar Comktïvnt.
2 Le Cosmos du ~ août 1803, p. 1*2. — Ernest St-Ed.me
INTRüblJCTION.
foi déjà complète avant la première expérience parce qu’elle était fondée sur une loi mathématique , — et puisse-t-on ne pas ajouter que je suis la voix criant dam le désert!
Rigoureusement, le problème de la navigation aérienne ne sera résolu que du jour où un appareil manœuvré par l'homme fonctionnera en triomphant des courants atmosphériques.
Oh! alors les capitaux abonderont pour perfectionner et exploiter l’invention ; les choses iront d’elles-mémes. Tous les savants, tous les ingénieurs, tous les spéculateurs prendront part à l’œuxre Nul ne se souviendra d’avoir un seul instant douté de la possibilité de sa réalisation. Ceux-ci apporteront leur argent, ceux-là leurs calculs et leur expérience , les autres des agents ou des organes utiles , des idées excellentes , des forces motrices nou- \elles, légères, admirablement appropiiées au s\stème.
La première difficulté vaincue, toutes les autres disparaîtront. On formera une école de mécaniciensaéronautes qui apprendront par principes l’art de diriger la périlleuse machine et de la manœuvrer sans danger. La sécurité deviendra telle qu’on ne tardera pas à trouver délicieux de cheminer comme les oiseaux. On aura des aéronefs de luxe et des aéronefs de transport en commun, des aéronefs de cabotage et de long-cours , des trains de plaisir
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aériens , une poste aérienne pour les dépêches , des aéronefs de chasse contre les bêles féroces, des aéronefs de sauvetage contre les inondations , les naufrages et les incendies.
On aura des aéronefs agricoles qui , selon l’idée de M. Piallat , iront remorquer les nuages pour dispenser la pluie en temps de sécheresse , pour la détourner en cas d'inondation. (]es machines agiront contre les orages bien plus efficacement que l’éleclrosubtracteur proposé par M. Dupuis-Delcourt.
Enfin tous les gouvernements créeront un mini.stère de l'Aviation, comme ceux des puissances maritimes ont un ministère de la Marine.
Mais aujourd’hui, hélas! combien nous sommes loin de là, — le capital s’inquiète, — les essais péniblement entrepris sur une petite échelle .seront longs, les résultats peu éclatants. Thomas Grey rêve ses rails et sa locomotive ; il est silr d’avoir raison. Malheureusement il ne peut prouver que par de la saine logique et des modèles enfantins que sa découverte est un fait.
On n'a pas vu l’aéronef partir de la Madeleine et descendre sur la place de la Bastille. Donc , l’aéronef est une folie L’aphorisme fondamcnlal . « S'élever dam les airs et s’y diriger au moyen d'un mécanisme plus lourd que l’air » est un paradoxe étrange , un défi jeté au sens commun ; — et l’ascension de nos bimbelots se vissant dans l’air à deux ou
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trois mètres en emportant leur force motrice avec une surcharge écrasante pour eux , n’est qu’un jeu assez gentil qui ne prouve rien.
Eh bien ! je dis , moi , que la coquille de noix prouvait le vaisseau à trois-ponts ;
Je dis qu’un seul bond d’une balle élastique prouve aussi clairement son élasticité que mille bonds semblables ;
Je dis qu’un seul tour de vis prouve la puissance de la vis aussi complètement que mille tours.
Après d'opiniâtres et dispendieuses tentatives, plus ou moins maladroites , plus ou moins habiles , peu importe , nous avons réussi à fabriquer des hélicoptères qui, à plusieurs reprises , se sont publiquement enlevés avec leur moteur et une charge additionnelle très-concluante pour des esprits impartiaux.
Voilà le fait réduit à sa plus simple expression.
Voilà le fait dont l’historique ne saurait être sans intérêt et dont il importe surtout de déduire les conséquences.
Si notre vis aérienne , encore mal étudiée , rudimentaire, aux trois quarts manquée, au dire des connaisseurs, a pu, malgré ses défauts, emporter son maussade moteur, un ressort d’horlogerie dont la force s’épuise en une , deux ou trois secondes , — je dis enfin que des hélices perfectionnées par des
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expériences comparatives savamment faites, mues par une force continue et bénéficiant de l’accélération de vitesse, emporteront dans l’air avec une facilité inattendue, le navire muni de ses agrès, de ses contre poids de stabilité, de son propulseur, de ses plans inclinés et de ses parachutes.
C’est affirmer avec par trop de témérité, s’écrie-t-on.
Je le nie, et me propose de démontrer que je suis dans le vrai, afin de faire partager ma conviction aux hommes que la grandeur des résultats pourrait décider à la formation d’un capital d’essai suffisant pour rétribuer les théoriciens et les praticiens dont le concours est indispensable.
Plus le problème est complexe, plus il faut de connaissances spéciales pour le résoudre d’une manière absolue, plus il est nécessaire de profiter des études et des découvertes partielles des innombrables auteurs de systèmes divers dont la fusion produira l’appareil définitif, très-bien ébauché par M. de Ponton d’Amécourt.
La possibilité est matériellement démontrée par nos hélicoptères, physiquement prouvée par le vol des oiseaux et des insectes , mathématiquement par des calculs élémentaires sur la puissance et la résistance de l’air, mécaniquement par les ailes des moulins à vent, la vis, le tire-bouchon, l’hélice marine
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Cl les hélices aériennes vingt fois adaptées avec succès aux ballons qu’elles meuvent dans l’air calme.
La possibilité d’ascension sans le .secours du ballon dont le volume , hors de toute proportion avec celui des animaux volants, est un obstacle à la direction, — la po.ssibilité d’enlèvement par un organe frappant l’air, et spécialement par l’hélice. — a pour conséquence la facilité d’évolution par des moyens divers également applicables ou, pour mieux dire, appliqués, connus et bien expérimentés, dont il s'agit simplement d’armer l’hélicoptère pour le transformer en aéronef.
Tous les éléments existent, — même la force motrice qui est, cependant, la grande difficulté mécanique.
Mais théoriciens , praticiens, ouvriers, marchands ne peuvent les uns ni les autres , travailler ou livrer leur matière première , sans une rémunération qui leur permette de vivre.
On veut bien être soldat dans l’armée conquérante, mais qui dit soldat dit solder suis-je assez clair?
Il est sublime d’être martyr; et cependant, si l’on doit périr sans utilité pour la foi que Ton prêche , on n’est qu’un insensé.
Le dévouement des Bernard Palissy , des ChristophcColomb , des Jouffroy, des Dallery, des Thomas Grey n’est méritoire aux yeu.x des hommes, que
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parce que leurs idées ou leurs travaux ont fini par triompher. Malherireusement , faute d’argent, ce dévouement ne les a conduits qu’à un succès tardif ou posthume, et combien de leurs pareils ont souffert, ont péri , sans que l’histoire ait seulement pu dire de quelle invention ils s’occupèrent 1
-4vec l’homme, morte l’idée, et toujours faute d’argent.
.Mourons, périssons à la tâche, mais à la condition de vaincre tét ou tard , à la condition que l’idée vive et marche.
Au lieu de disposer d’une fortune trè.s- bornée qu’if sacrifia noblement , si le marquis de Jouffroy avait possédé une fortune suffisante , la marine à vapeur naissant en 1783 ', se serait vulgarisée avant la révolution française ; la face du monde eût été changée.
Au Heu de trente mille francs, fruit des épargnes
< JOCKFRO.Y (le marquis de), né eu Fram lie-Comlé, vers 1761 , mort eu 183S, aux Invalides, doyen des capitaines d'infanterie. — Lire, dans la ihyraphie unioennUede Michaud, l’intéressant article consacré par M. Parisot à cet inventeur persécuté de la navigation à vapeur. — En 1770, il lit naviguer un bateau a vapeur sur le Doubs; eu 178o, il avait con.Sr truit à ses frais un navire à aubes, long de lio pieds ; en 1783, il remontait la Saône. Fullou lui-ménie a reconnu que Jouffroy est l’inventeur de la navigation à vapeur. Cet houiine de génie, toujours injustement méconnu, e.st omis dans la plupart des dictionnaires historiques et biographiques.
(Extrait des notes de mes Poèmrset Chants marins).
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de sa vie , si Dallery en avait eu trois cent mille à sa disposition, il, n’aurait pas détruit lui-même à coups de hache son bateau à vapeur, avec hélice et chaudière tubulaire , qu’il ne put construire qu’aux deux tiers; il en aurait lancé dix, vingt, trente; il aurait fait l’évidence entre Bercy et St.-Cloud , et, par suite, l’armée de Boulogne opérant sans difficultés sa descente en Angleterre , on aurait vu , encore une fois, le succès d’une invention changer tout le cours des événements et les destinées des empires
L’aviation * une fois devenue pratique , exercera sur le monde une influence mille fois supérieure à celle de la navigation à moteur interne que la ifavigation à voiles devançait. — Par le fait de l’Aviation, tous les isthmes seront percés , tous les détroits franchis. Suez et Panama , la Manche et Gibraltar, le Bosphore et le Sund ne seront plus des barrières.
Eh bien ! pour le prix d’un de ces îlots de maisons que vous abattez afin d’obtenir une voie de circulation plus large et plus droite , je vous offre la voie de circulation par excellence , la route sur laquelle vous ne rencontrerez ni vallées à descendre , ni montagnes à gravir, ni sinuosités et circuits continuels,
I Voir les notes sur V Aéronef au volume du Tableau de LA MER, la Vie navale, chap. XII (Inventions et progrès). — Dallery, etc, p. 4*5 et sulv.
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ni bancs de récifs, ni caps à doubler, ni golfes parsemés d’îlots barrant le chemin ', — la ligne courbe parallèle à la courbe sphérique du globe , c’est-à-dire mieux encore que la ligne droite.
Je vous l’offre à la condition que vous paierez au prorata de leurs services les applicateurs seuls capahles de féconder l'invention aujourd’hui à l’état de germe. Je vous l’offre à la condition que vous donniez aux savants et aux travailleurs , la possibilité de nous apporter leur science et leur travail. Je vous l’offre à la condition que le capital d’essai soit proportionné à l’importance des essais à faire.
Je ne me soucie, ni des trente mille francs de Dal- ‘ lery, ni de la fortune bornée du marquis de Jouffroy ; je ne veux pas m’arrêter à mi-chemin avec la douleur de dire comme Thomas Grey : « J’avais raison! »
Il peut se faire que , du premier coup , — 'soit hasard, soit génie, — un savant constructeur nous fabrique une aéronef douée des premières qualités désirables; mais, en vérité, rien n'est moins probable qu’un succès pareil , si vous ne vous adressez qu’à un seul constructeur.
Il y a vingt forces motrices à expérimenter successivement sur des échelles diverses.
On verra an chap- IV, Aviation, ci-dessous, § Manœuvre , quelles sont les exceptions dont l’Aviatenr devra tenir compte.
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Il y a nécessité pour procéder économiquement el prudemment , de commencer les essais avec un système produisant , par exemple, une force de deux chevaux , — et de poursuivre en grossissant le modèle au fur et à mesure qu’on approchera du hut, car ce (fui n’aura pas été possible avec deux chevaux , sera moins difticile avec quatre, avec huit, et se réalisera avec seize. — Cela , parce que la légèreté proportionnelle du moteur est notre condition de succès et que le poids total de notre appareil n’aug^ montera point en proportion de sa force.
Et cependant , sous peine d’engloutir des millions et d’avoir administré votre capital d’essai comme des fous, vous ne devez passer à la machine de seize chevaux , qu’après avoir expérimenté les précédentes moins dispendieuses à construire et à corriger.
Je veux , d’ailleurs , m’adresser en même temps uux plus éminents constructeurs de l’Europe, leur laisser à tous une grande latitude dans l'exécution , les rémunérer d’après un devis très-strictement débattu, avec dédit si l’œuvre n’est pas livrée à jour fixe, mais avec une prime considérable d’autant plus forte que l’objet livré remplira mieux les conditions stipulées au contrat.
La reine Isabelle ne donna que trois navires à Christophe Colomb.
Le premier, la Santa JHanUy qu’il montait, fit naufrage; le second déserta; le troisième ne revint en
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Kurope , qu’après avoircouriije risque de périr corps et biens; — encore arriva-t-il en Portugal où de lâches courtisans osèrent conseiller à Jean II de faire assassiner rilluslre navigateur et do conli.squer sa découverte.
Avec trois caravelles il réussit. S’il n’en avait eu qu’une, on u’aùrait plus entendu parler de ce fou sublime ; enfin , si ce même fou était mort à l’âge de cinquante-trois ans , il serait demeuré à jamais inconnu.
Que notre capital d’essai soit donc en rapport avec le but titanesque qu'il s’agit d’atteindre : « l’escalade du ciel. U
L’argent est le nerf de la guerre ; or, il s’agit de déclarer la guerre à la nature qui , toujours rebelle , n’est jamais invincible. Il s’agit de vaincre l’air par l’hélice et les plans inclinés ou même par divers autres organes mécani(|ues , comme la terre a été vaincue par la charrue , la faulx et la roue , comme la mer par l’aviron , la voile et la vapeur. Il s’agit de faire la conquête de l’espace , d’aborder au centre des continents inexplorés et d'assurer à l’humanité l’empire entier du globe en lui donnniU les ailes de l’aigle.
Lst-il guerre plus digne d’être entreprise, victoire plus glorieuse à remporter?
CHAPITRK PKEMIRR.