LOCOMOTION AÉRIENNE
Envoyant l’oiseau s’élever, planer et se mouvoir librement dans les airs, — en voyant le capricieux papillon voltiger de fleur en fleur, et l’abeille laborieuse s’échapper de sa ruche pour butiner le miel , — l’homme , depuis le premier âge du monde , aspire à voler comme l’oiseau , rêve la volupté de battre des ailes comme le papillon, et voudrait enfin, comme l’abeille, appliquer à son industrie la locomotion aérienne. -, . .
Aux ambitieux l’élan rapide des princes de l’air voguant par-delà les nuées , — aux amoureux et aux poètes l’aile folâtre du papillon, — à nous, fils du XIX® siècle , l’application industrielle de la circulation atmosphérique.
Trois moyens jusqu’ici se sont pi oseatés à l’esprit humain :
L’aile artificielle, — l’aérosial vulgairement dit ballon, — la machine volante , bateau ailé oud’apiès nous iptéronef , ave et aéronef.
g I. — AIIca artlÜelellMt. — Plana Inellaé*.
— Mystèine orthoptère.
Le premier de ces trois moyens , celui que tous les enfants imaginent et qui nous a tous bercés durant le sommeil , a donné lieu à d’innombrables tentatives faites par des hommes de tous les temps et de tous les pays. La plupart sont nécessairement demeurées inconnues. Quelques-unes sont célèbres et même historiques.
Franchissons d’un trait les temps fabuleux de Dédale qui , d'après les commentateurs, aurait véritablement inventé la voile marine ; — bravons en haus.sant les épaules l’inévitable histoire d’Icare , à qui MM. les moqueurs nous ont déjà tant de fois assimilé avec une érudition aussi rare que spirituelle !
Oh ! le ridicule ! Si l’on n’a le courageux bon sens de s’en moquer, que fera t on jamais de noble et de grand ! — Icare , l’éternel Icare , d’un côté , — de l’autre, la terreur des railleries imbéciles, la peur panique, irréfléchie, inconcevable, d'une pointe émoussée, cette crainte, que j’ai traitée de poltronnerie française , — et du diable si l’on fait un pas hors du bourbier de la routine.
A vous, Monsieur Ernest Saint-Edme, qui m’appelez t apôtre de l'aviation , inôrci et de grand cœur !... à vous tous , Messieurs les embourbés, qui me sur-
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nommez Icare, merci encore, — car vous me procurez l’occasion du joyeux éclat de rire dont je vous salue tout en vous tendant, sans rancune, la perchequi vous sortira de la vase. J’ai par là étiquetées, numérotées et signées, qui pis est, vingt-cinq lettres également bienveillantes , amicales et encourageantes, commençant par : « Mon cher Icare! •
Passons les merveilleuses légendes de l’anticjuilé , du moyen-âge et même des temps modernes; mais n’oublions pas de rendre hommage au génie prophétique de tous les grands poètes qui , depuis Homère et l’Arioste jusqu’à Victor Hugo, s’accordent à pré dire la conquête de l’air.
Arrivons à quelques Icares d’action dont les essais tragi-comiques pour vous, Messieurs les rieurs, peuvent nous servir d'encouragements ou tout au moins de jalons.
Au XI® siècle , Olivier de Malmesbury , savant bénédictin anglais , imagina des ailes articulées avec lesquelles il s’élança du haut d’une tour; elles ne le portèrent que peu d’instanis , mais il parcourut environ cent-vingt pas, et son expérience, quoique déplorable, prouva qu’il n’est point impossible à l’homme de se soutenir en l’air par un procédé mécanique. *
Paul Guidotti , peintre , sculpteur et architecte ,
1 Voir la note A , a la On du présent volume.
né à Lacques , en 1569 , fabriqua des ailes en baleine recouverte déplumés, s’en servit plusieurs fois avec succès , voulut donner le spectacle de sa découverte, prit son vol d’un lieu élevé, se soutint assez bien durant un quart de mille , mais bientôt à bout de forces , tomba sur un toit où il se brisa la cuisse.
Jean-Baptiste Dante, de Pérouse, excellent mathématicien de la fin du XV® siècle, inventa des ailes artificielles , parfaitement proportionnées à son poids et à sa force musculaire. Il fit des expériences réitérées sur le lac Trasimène, réussit toujours, et consentit, pendant les fêtes du mariage de Barthélémi d’Alviane, à se montrer en public. Il s’éleva trèshaut et vola par dessus la place; la foule, transportée d’admiration , applaudissait l’habile mécanicien quand le levier qui dirigeait une de ses ailes se rompit. Il tomba comme un oiseau dont un coup defusil aurait cassé une aile, se blessa grièvement , mais fut guéri , et dut à l'audacieux succès de sa tentative, accidentellement malheureuse , la chaire de mathématiques de Venise.
Il est à remarquer que la blessure de ces trois volateurs fut la même : une fracture du fémur, d’où je suis porté à conclure que leurs systèmes d’attache et d’équilibre devaient être presque identiques.
On pourrait multiplier les exemples, citer un jésuite de Padoue, un théatin de Paris, et le seiru-
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rief-mécanicien Besnier *, et le marquis de Bacqueville, — on pourrait rappeler que Léonard de Vinci passe pour avoir pratiqué l’art de voler dans les airs , — on pourrait reproduire l’article du journal de Malaga, le Courrier d' Andalousie , annonçant qu'un habitant de la campagne des environs, nommé Fran Cisco Orujo, aurait fait par air un trajet d’une lieue en moins de quinze minutes , avec des ailes artificielles*. A quoi bon? Il vaut mieux tirer de ces faits, dont quelques-uns ont une complète authenticité , des conséquences utiles sur l’insuffisance de la force musculaire de l’homme et sur la puissance du plan incliné.
L’homme pourvu d’ailes mécaniques, si bien proportionnées qu’elles soient, se fatiguera trop vite pour pouvoir faire un voyage de quelque durée. 11 est l’esclave de son appareil, puisqu’il ne peut se servir de ses mains pour réparer le plus léger des accidents. Une courroie glisse, une boucle se déplace , il tourbillonne et tombe. Déjà surchargé comme il l’est, il ne peut emporter ni parachute , ni engin quelconque qui lui vienne en aide au moment du péril. Ses ailes mêmes, convenablement inclinées, le sauveraient à coup sûr, il ne peut plus les incliner convenablement.
1 Voir la note I.
t Cet article a été inséré en mars I8(i3 dans plusieurs journaux trançais.
Fixez à une pirogue du poids d’un lionmie deux graMs (ycXs-volants en toile à voile presqu’liorizontaui"; lancez la en pente douce du haut d'une falaise ou d’une tourtrès-élevée, elle iradoucemenls’aliallre à une denii-liene, à une lieue, peut-être, appuyée sur l’air, bercée par le vent; niais que l’un des cerfsvolants ne fasse point à l’autre un parfait équilibre symétrique, la pirogue tombera comme l’infortuné Dante de Pérouse, après la rupture de l’un de ses leviers de direction.
Aussi les succès partiels de quelques hardis mécaniciens n’ont pu trouver d’imitateurs , et chaque fois leur découverte a été perdue.
Il reste un fait pourtant , c'est que le plan incliné peut soutenir dans l'air une masse fort lourde dont il modère la chute. L’expérience confirme la théorie L’aérostier a pu tirer quelque parti du plan incliné. L’aéronautc qui descend en parachute s’en sert excellemment pour dévier de la verticale. L’inventeur de tout appareil de navigation aérienne plus lourd que l’air prévoit les immenses services que lui rendront les plans développables dont sa nacelle sera munie.
L’aviateur n’est plus comme l’homme volant emmailloté dans des langes ailées , il a l’usage de scs mains, il manœuvrera ses plans inclinés, il . s’en fera une route facile , un pont su.spendu sur l’atmo.splière , une égide contre le naufrage.
La plupart des hommes qui ont volé dans l'air n'ont fait , à vrai dire . que planer et glisser. Olivier de Malmesbury s’élance du haut d’une tour, — Besnier, pour faire la traversée d’une rivière, voulait partir d’un lieu médiocrement élevé , — le marquis de Bacqueville prit pour point de départ la terrasse de son hôtel situé sur le quai au coin de la rue des Sts-Pères.
On n’a point assez de détails sur les appareils de Guidotti et de Dante pour se prononcer de même à leur égard ; d’où la question :
— Est-il impossible de s’enlever en frappant l’air avec des ailes analogues à celles de l’insecte ou de l'oiseau , c’est-à-dire par une pression presque normale ?
— Quoique partisan de l’hélice , je n’hésite pas à répondre par l’affirmative. Ce n’est point impossible puisque tous les animaux volants, insectes , oiseaux, poissons, chauves-souris en lont autant. Pour l’homme ce n’est donc qu’une question de force et d’adresse ou, en d'autres termes, de mécanique '.
D’ailleurs, des expériences imparfaites l’ont démontré. '
Le futur aérostier Blanchard , dès longtemps préoccupé du dessein de s’élever dans les airs en partant du sol et non en sc laissant glisser sur des
* Voir la note B.
cerfs-volants attachés à son corps, parvint à des résultats très-positifs.
a Blanchard, — ditM. Dupuis-Delcourt dans son » Manuel d’ Aérostation , ‘ — avait trouvé un pro- » tecteur dans M. l’abbé Viennay * , qui habitait, rue » Taranne , le grand hôtel où se trouve aujourd’hui » la maison des bains. C’est là que pendant plu- » sieurs années il fit des recherches et des essais de » sou bateau volant, machine fort ingénieuse dans B laquelle il avait cherché à réunir ce que les expé- » riences précédentes avaient offert de meilleur B comme combinaison ou comme application directe. B Dans les gravures et dans les descriptions qu’il a B données de son bateau volant , on voit figurer une O sorte de parasol , un véritable parachute , destiné, B dit-il lui-même, à ralentir la descente en cas de B chute précipitée.
B En 1781 et 1782, il avait déjà obtenu d’assez B bons effets , ses ailes fonctionnaient bien ; leurs O dimensions, la surface qu’elles offraient à l’air O paraissaient suffisantes : un seul point restait à B résoudre. C’était de leur donner un développement B plus prompt, un mouvement plus rapide qu’il ne B pouvait le faire avec ses leviers, ses cordes et ses
1 Collection Roret , iSôû,
î De Viennoy. d a|ircs M. Julien Tuigaii, H intoire de la Locomotion aérienne , ch- V
» poulies de renvoi. Dans le courant de ces deux » années, il avait vingt fois donné pnbliq>uement, » dans le jardin de la rue Taranne, le spectacle de » sa machine, dans laqueMe , iF se plaçait à terre efe » s’élevait à 80 pieds de hauteur à l’aide d’un con- » trepoids de 20 livres , glissant le long d’un mal. » Il en était donc à chercher, ou les moyens d'ac- » tiver le mouvement de ses ailes, ou de diminuer B de 20 livres le poids de son bateau et de ses agrès, » quand arriva Tinvention des ballons. »
Combien pesaient Blanchard et son appareil ? — M. Dupuis-Delcourt omet de le dire, mais à coup sûr ce ne pouvait être moins de 200 livres. — Donc^ sa pression sur l’air égalait les neuf dixièmes de son poids , ou en termes plus saisissants, il volait aux. neuf dixièmes.
Le problème était résoUi à un dixième près.
Blanchand avait fait neuf pas sur dix dans la vraie direction du but. Or , il ne disposait que de sa fore» musculaire.
.Appliquez à son système proportionnellement grandi une machine ayant un dixième de force en sus , et vous avez le bateau volant orthoptére. Faites mieux : que sous le poids d’un seul homme cette machine produise la force de deux hommes, elle s’enlèvera emportant une surcharge d’environ huit dixièmes du poids total.
L’expérience est facile ; les plans et les mémouc*.
de Blanchard existent. Avec nne somme de quelques milliers de francs on saurait exactement à quoi s’en tenir.
Aéronaute partisan du ballon jusqu’à être antagoniste déclaré^ de tout autre système , le vénérable doyen de l’aérostation française, M. Dupuis-Delconrt ajoute :
« Franchement alors , Blanchàrd , en présence de » ce moyen victorieux , éclatant , de planer dans les » airs , abandonna sa machine volante. 11 conserva » seulement les ailes qu’il changea en rame» , le B gouvernail et le parachute , qu’il suspendit entre O sa nacelle et le ballon ; et de volatenr il se fit M aéronaute. b
Infortuné Blanchard ! il lâcha la proie pour l’ombre. De maître il se fit écolier , d’inventeur inritateur; d’oiselet dont les ailes poussent et qui, tout à l’heure , aura la force de s’élancer hors du nid , il se fit fétu de paille livré au vent. — Avec une folle modestie, il s’avoua vaincu à la veille de vaincre. Il se précipita tête baissée sous l’éteignoir de son propre génie ; car c’était un homme de génie que ce Blanchard ; — excellent mécanicien , il avait fait une voiture marchant sans chevaux , chose nouvelle alors , — il avait inventé des ailes puissantes , des engins admirables qui sont encore à l’heure qu’il est ce que l’aérostation a de mieux.
Parachute , rames , gouvernails aériens , vous ne
fûtes point découverts par un aéroxtier , mais par un volateur , par le premier aviateur, qui fit , hélas ! fausse route.
Aéronaute (qui navigue dans l’air] terme consacré que je respecte , est faux appliqué au ballonnier qui ne plane même point , puisqu’il dérive. Est-ce Non, qu’un bouchon plane à la surface d’une rivière? entraîné par le coufant , il ne saurait rester en place.
Infortuné Blanchard , malgré son génie , il crut qu’une bouée, qu’une vessie pouvait devenir un navire , comme si une vessie gonflée , immergée à l’aide d’un poids et traînée à grande vitesse ne devait pas inévitablement se dégonfler ou se crever, aplatie par la pression de l’eau. Et il en serait de même de l’aérostat si , par une combinaison quelconque , on y attelait une force capable de le traîner avec rapidité non-seulement en sens contraire du vent, mais même dans l’air calme.
Supposez qu’on en attache un derrière une locomotive lancée à toute vitesse contre une fraîche brise, vous verrez le triste ballon s’aplatir et au bout de quelques kilomètres tomber inerte sur la voie ferrée. Et le ballon s’aplatirait de même si la locomotive suspendue à miracle au-dessous de lui avait assez de force pour l’emporter en faisant mouvoir des rames articulées , des roues à aubes alternatives , des palettes intermittentes , des ailes artificielles, des hélices de traction ou tout autre sys-
douter des assertions de M. Huault. — Après plusieurs expériences laites sans les précautions convenables , l'appareil tomba sur des dalles de pierre et s’y brisa irréparablement.— Peu après, M. Huault étant parti pour un voyage d'outre-mer , l'orthoptère fut abandonné d’autant plus que nous avions déjà réalisé l'hélicoptère, notre principale étude.
Du reste , l’orthoptère peut être fabriqué de plusieurs manières très-différentes. Il mérite d’être repris et perfectionné comme un document d’utilité majeure dans un musée d’aéro-navigation , mais il ne prouve pas mieux que l’hélicoptère, notre formule fondamentale :
« S’élever dans les airs et s’y diriger au moyen d’un mécanisme plus lourd que l’air. »
8 H» — Ei’Aéroatat.
Les ailes artificielles mues par la force humaine, adaptées aux épaules et au corps , puis , par un sage perfectionnement , fixées à des nacelles , furent délaissées en présence de la découverte des frères .Montgolfier, que le monde saluait du nom d’inventeurs de la navigation aérienne.
Une médaille est frappée en leur honneur avec la légende : « Pour avoir rendu l’air navigable, n Ceci est une exagération de l’enthousiasme universel.
AVlATIOr^.
Lalande, à qui les expériences de Blanchard avaient inspiré un de ces honteux articles , prétendus scientifiques , dont chaque mot est une insulte pédantesque faite à l’intelligence et au génie , Lalande reçoit le plus éclatant démenti. « L’impo.ssibilité de se sou- » tenir en frappant l'air, écrivait-il en 1782 ’ , est B aussi certaine que l’impossibilité de s'élever par la » pesanteur spécifique des corps vidés d’air. » Et l’année suivante, la première montgolfière s’élève par le fait d’une simple différence de pesanteur spécifique.
Mais Blanchard déserte sa propre cause, le bateau volant , l’iptéronef.
On peut donc dire, sans altérer sensiblement la vérité, que le second moyen auquel l’homme songea pour s’élever et se diriger dans les airs fut l’aérostat, — l’aérostat dont l’invention glorieuse ne sera cer tainement pas’ inutile à la navigation aérienne, mais qui n’est point et ne peut être la navigation aérienne elle-même par cette triomphante raison que flotter n’est point nager ou naviguer.
Le vaisseau est un corps flottant constitué de manière à pouvoir lutter contre les vents et les courants ; le ballon, au contraire, quelque forme que vous lui donniez, est en vertu meme de sa constitution , destiné à dériver au gré des courants d’air. Ne lui demandez
1 Journal des savants , juin 1782 , p. 367.
Navigation aèriennë.
pas de nager, de voler, de naviguer, il n’est point fait pour cela. Bornez-vous à l’utiliser comme corps flottant. Et avec l’opiniâtreté des esprits que rien ne peut convaincre , n’augmentez pas la liste des pro blêmes chimériques.
La direction mécanique des ballons, sauf par calme plat et avec une très-petite vitesse , — l’espoir de gagner dans le vent, fut-ce de biais, avec un corps plus léger que l’air, — va se placer à côté de la panacée universelle , de l’eau de Jouvence , de la pierre philosophale et de la quadrature du cercle.
J’ai dit ailleurs et je me complais à répéter ici :
« L’aérostat sera utilisé en manœuvre atmosphé- » rique , comme les bouées , la vessie , le radeau . » le liège, le chameau, etc., le sont en natation » ou en marine. Par lui-même deviendra-t-il jamais » un instrument de locomotion ? Oh ! gardons-nous » bien d’imiter l’imprudente suffisance des savants » théoriciens; le dernier mot d’une invention n’est > jamais dit ; le poisson aussi bien que l’oiseau » peut être pris pour modèle. Je ne raisonne ici » qu’au point de vue mécanique. » (Que ceci , par parenthèse , soit entendu dans son vrai sens, malgré le mot poisson qui figure à la ligne précédente. Je condamne mécaniquement le ballon-poisson , la forme poisson tout comme les autres; en disant poisson, je ne songeais guère qu’à la vessie natatoire comme
va le prouver la suite de la citation.) « La physique ,
» la chimie, la météorologie , par des moyens très- » divers , sont susceptibles d’atteindre des résultats » analogues. Des théories fort remarquables sont » basées sur les densités relatives des couches aérien- » nés, sur les courants de l’air, sur la compression » et la dilatation des gaz. En outre, la découverte de D lois inconnues et d’agents nouveaux restera tou- » jours dans la vraisemblance. »
Ce passage est textuellement extrait de mon article l'aéronef, appareil de sauoetage ‘,qui termine’aujourd’hui le volume du Tableau de la Mer, la vie navale (librairie Hachette, première édition, 1862 ).
Âpres les savants travaux du lieutenant Maury, sur la marche des vents { relatés au chapitre II du même volume) , travaux qui se complètent de jour en jour, on pourrait assurément tirer parti de l’aérostat, puisqu’abandonné à une brise favorable , il vous portera au but avec la rapidité même de cette brise.
Malheureusement les phénomènes d’endosmose et d’exosmose le privent en très-peu de jours de son
1 Imprimé pour la première fols en avril 1861 , tiré sous forme de brochure , distribué gratuitement à un très-grand nombre d’exemplaires, reproduit in extenso ou par fragments dans plus de trente journaux . notamment dans le Pays , le Moniteur de la Flotte , la Chronique parisienne, le Journal du Havre , la Gironde , l'Océan (Brest) , le Journal de Calais, les Tablettes de Rochefort , les Affiches et Annonces de Lille , etc.
Digitizec ! y
unique vertu ; son gaz se perd ; l’air atmosphérique pénètre peu à peu dans l’enveloppe ; la possibilité de flotter cesse graduellement jusqu’à ce qu’elle soit anéantie.
On donne les noms d’endosmose et d’exosmose à des courants de directions contraires qui s’établissent entre deux fluides ou deux liquides de nature différente, lorsqu’ils sont séparés par une cloison mince , organique ou inorganique. •
L’air d'une vessie bien close plongée dans l'eau , s’échappera pour faire place à l'eau même. L’hydrogène d’un aérostat cédera bien plus vite sa place à l'air. Les ballons à gaz des enfants perdent leur vertu ascensionnelle en peu d’heures. Pour les plus gigan tesques ballons ce sera l’affaire de quelques jours.
On est donc dans une complète ignorance ou l’on se fait, sans scrupules, un jeu de l’ignorance du public , lorsqu’on parle de ballons pouvant rester en l’air durant des mois entiers, explorant les Saharas africains , traversant l’Océan.
Dans une série d’articles intitulés : Voyage audessui de l’Atlantique ‘, on lit :
O Dès le principe , j’ai bien vu que c’était faire B fausse route que de s’appliquer à chercher des B procédés pour se diriger à volonté. La science et B l’industrie n’en sont point là. Il faut attendre
t Magasin pittoresque, mai 1863 , pag. U7-148.
» encore de grands progrès, et, en attendant, se » borner à perfectionner l’imparfaite machine que » nous devons à Montgolfier. »
L’auteur, qui ne pense qu’au ballon, ajoute bientôt après ;
€ Vienne le temps où la chimie nous aura donné » un alliage plus solide que le bronze , nous aurons » alors la pleine liberté du va et vient dans l’atmo* » spbère! Que dis-je! si la résistance est assez » grande, nous ne penserons plus qu'à imiter les » oiseaux : nos machines à vapeur ouvriront leurs » grandes ailes et leurs pièces seront formées » de feuilles assez légères pour s'enlever sans diffi- » culté à l’aide de la force qu’elles développent.
» Quelle ligure feront alors nos pauvres aéros- » tats à côté de ces locomotives aériennes? » Toujours la direction des ballons !
Il est bien clair toutefois qu’une enveloppe métallique étant infiniment moins poreuse qu’un tissu , le gaz pourrait s’y conserver durant plusieurs mois. Mais qu’importe, vis-à-vis de toutes les autres impossibilités de la liberté du va et vient dans l’atmosphère au moyen de l’aérostat. Et pourquoi au lieu d’attendre un alliage plus solide que le bronze, desideratum desiderandum , ne pas ouvrir les yeux sur les ressources immenses de la science et de l’industrie contemporaines, beaucoup trop méconnues , selon moi , par l’auteur du Voyage ( en ballon)
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au-dessus de l' Atlantique , par MM. Félix Foucou du Temps, H. Blerzy de la Revue des Deux-Mondes et en général par les critiques dont les travaux tendent à faire ajourner les études expérimentales de la question.
Chacun sait que, pour monter, l’aérostier jette du lest, que pour descendre il laisse échapper du gaz; et que par chacune de ces manœuvres il amoindrit ses moyens d’action.
D’un autre côté , durant les heures les plus chaudes , de la journée , le gaz dilaté s'enfuit par l’orilice inférieur, et quand revient le refroidissement le ballon cesse d’étre assez gonllé. Pour obvier à la déperdition des heures chaudes , MM. Godard et Nadar ont imaginé une poche de réserve adhérente à l’oriOce et emmagasinant le trop plein. Toutefois , attendu qu’on ne saurait monter indéfiniment, force est toujours de sacrifier soi-même une partie du gaz en ouvrant la soupape supérieure. Afin de conjurer un si grave inconvénient , il faudrait donc de deux choses l’une : ou faire du lest en l’air , ou apporter un obstacle matériel à l’ascension.
J’ai proposé le développement de voiles horizontales sur lesquelles agirait la pression de l’air supérieur, — ce qui ralentirait ou même équilibrerait le mouvement de bas en haut.
Mais lorsqu’il faut un mètre cube d'hydrogène pur pour soulever un kilo trente grammes , la surcharge résultant de mon appareil voilier , si léger qu’il soit, le rend peu pratique.
Un procédé chimique au moyen duquel on extrairait de l’atmosphère un poids lestant la nacelle, vaudrait donc beaucoup mieux. Sa recherche a occupé M. Piallat , jeune et savant chimiste , le plus intrépide peut-être de tous les expérimentateurs contemporains.
Nul n’a plus courageusement exposé sa vie pour étudier l’acide carbonique, les corps liquides ou gazeux les moins maniables , les substances détonantes, fulminantes, explosibles, terrifiantes. Fort adonné, entre autres études, — toujours pratiques, — à celle de l’Aviation , il a, du reste, depuis bien des années, condamné le principe du balloil et conçu, lui aussi, un appareil auto-locomoteur.
M. Piallat aurait voulu lester l’aérostat de quelque substance qui , jouissant comme le chlorure de calcium , de la propriété de soustraire l’eau contenue dans l’atmosphère, agirait ainsi qu’une éponge, tantôt légère , tantôt lourde , au gré de l’aérostier. Mais il faudrait que cette substance ne fût par ellemême ni trop encombrante ni trop lourde, et surtout que son action hygrométrique fût assez rapide.
Le chlorure de calcium ni aucun autre corps n’ayant paru remplir ces conditions essentielles , U a
fallu en revenir à un procédé analogue à celui que je proposai d’abord.
Le parachute renversé, concave par conséquent, l’a fourni à M. Piallat, qui en fait unparamon(« dont la manœuvre est d’une extrême facilité. Autour de la partie inférieure du ballon même , il établit son système circulaire qui , fermé au moment du départ adhère à l’étoffe fort au-dessous de l’équateur, et ne peut se déployer que si on lâche un cordage central amarré au milieu de la nacelle. Cette corde ou cargue correspond à autant de cordelettes ou araignées qu’il y a de segments au paramonte. Une fois qu’on l’a larguée . les segments cessent d’être serrés aux flancs de l’aérostat , s’entr’ouvrent , reçoivent la pression de l’air supérieur qui s'engouffre dans les bâillements de l’étoffe et déploie ainsi l’obstacle à l’ascension. Le ballon peut , dès lors , dériver sans monter sensiblement, et si l’on a laissé au paramonre la faculté de s’ouvrir avant d’être dans les régions supérieures , on flotte non loin du sol , ce qui est le charme suprême de l'aérostation et l’une des causes que l’on emploie , encore aujourd’hui , des montgolfières malgré tous leurs graves inconvénients.
Veut-on continuer à monter, il suffit de peser fortement sur la cargue ; les araignées obéissent, tous les segments se resserrent à la fois et adhèrent, comme à l’instant du départ, à la voûte sub équatoriale de l’aérostat.
Par la combinaison du réservoir Godard-Nadar avec le paramonte Piallat, voici donc l’aéronaute à l’abri de la perle de son hydrogène par la dilatation et de la nécessité de le sacrifier pour ne plus monter indéfiniment ' .
Eh bien ! le ballon n’en sera pas moins désarmé en très-peu de jours , puisque l’air atmosphérique s’infiltrera dans l’enveloppe ; — enfin , pour atterrir, il sera toujours condamné à se dégonfler presque complètement.
En résumé, le faible poids qu’emporte l’hydrogène sous un volume excessif , — le prix très-élevé d’un gaz qui dure si peu par tant de causes , — la cherté du ti.ssu et sa fragilité , fout de l’aérostat un instrument qui , — possédât-on la science approfondie et complète des courants atmosphériques, — ne saurait devenir d’un usage journalier. Ajoutez à tout cela le danger d’élre plus inflammable qu’une allumette , tenez compte des difficultés de l’atterrissage et vous reconnaîtrez que le plus éclatant service rendu par l’aérostat est la magnifique démonstration qui, en mettant à néant l’un des deux arguments de Lalande, a nécessairement privé l’autre de toute espèce de valeur.
L’histoire de l’aérostation, qui a ses annales militaires et ses pages héroïques , a été faite par M. Ma^
) Voir note C. — L’Oélice Van Heck, paramonte.
rey-MoDge , auteur des Etudes sur l’ Aérostation (1847) , excellent ouvrage où il prouve qu’il a courageusement su mettre en pratique le sage conseil suivant qu’il donne aux inventeurs ; « Selon nous, s> dans la question de l’aérostation, comme dans » toutes les autres , on doit , avant de se permettre » d’avoir des idées à soi, commencer par étuJier » tout ce qui a été fait et écrit sur ces questions ,
» sous peine de ne reproduire que des choses déjà B connues, essayées, rejetées ou adoptées. * »
M. Dupuis-Dclcourt, le vénérable doyen des aéro- ■ nautes français, nous a donné le Manuel d’ Aérosiation (1850), livre précieux, fruit de longues recherches . et de nombreuses études expérimentales.
M. Louis Figuier, dans ses ouvrages scientifiques, a maintes fois abordé la question des aérostats, notamment au chapitre V de son Exposition et Histoire des principales Découvertes modernes.
Nous devons enfin à M. Julien ïurgan Les Ballons , histoire de la locomotion aérienne (1851) , volume parfaitement écrit, plein de faits, précédé d’une curieuse introduction due à la plume érudite de Gérard de Nerval et conduisant le lecteur jusqu’au récit des encourageants essais de direction faits en 1850 par M. Jullien , l’un des plus courageux et des plus dévoués expérimentateurs de notre temps. Cha-
1 Introduction , p. XIIT.
cun sait que M. Turgan a été durant plusieurs années rédacteur en chef du Moniteur universel, où l’invention de M. de Ponton d’Aniécourt fut, dès 1861, relatée d’après ma première brochure , et où le concluant article scientifique de M. Babinet, cité p. 146 ci-dessous, a été reproduit avec un empressement qui témoigne des sympathies les plus éclairées pour le progrès de la question.
Une foule d’autres écrivains français ou étrangers ont traité des aérostats ; je me borne ici à renvoyer à leurs précieux ouvrages.
s lix. — ii«(Miu ailé , aéronef.
Les Chinois, qui nous ont devancés en toutes choses, pour demeurer ensuite stationnaires et se laisser peu à peu devancer par les barbares de l’Occident , ont-ils réellement exécuté des machines volantes et dressé des oiseaux à voiturer des voyageurs dans les airs? — On l’a dit, on l’a écrit; est-ce une histoire, est-ce un conte? Rien n’e.«t moins prouvé ; en tout cas, la recette est perdue.
Chose plus sérieuse et vraiment digne de considération pour quiconque croit à la seconde vue du génie, Roger Bacon , le glorieux devancier des Newton et des Leibnitz, celui que le XIIF siècle sur~
NAVIGATION .VÉRIENNE. 4U
nomma l’ Admirable, a écrit dans son traité de mirabili poteitate artis et naturœ :
« On fabriquera des instruments pour naviguer » sans le secours des rameurs et faire voguer des » plus grands vents , avec un seul homme pour les » conduire, plus vite que s’ils étaient pleins de mate- 1 ) lots ; » — voici la navigation à vapeur, le bâtiment à moteur interne , dont le mécanicien seul met en mouvement une machine plus puissante que toutes les chiourmes des galères d’autrefois.
a On fabriquera des voitures qui rouleront avec D une vitesse inimaginable, sans aucun attelage , »
— qui ne reconnaît ici les locomotives de nos che mins de fer?
« 11 y aura un appareil pour marcher au fond de » la mer et des fleuves sans aucun danger, — des » instruments pour nager et rester sous l’eau , — » des ponts sur les rivières sans piles ni colonnes. »
— Voici les scaphandres et cloches à plongeurs , l’hydrostat, les bateaux sous-marins, hydronefs, ichthynées (aéronefs de la mer), tels que le bâtimeut récemment construit à Rochefort sous la direction de M. le capitaine de vaisseau Bourgois , l’un des officiers les plus distingués de la marine impériale ^ Voici les pontsmétalliquesoumêmelespontssuspendus dont les piles et colonnes diffèrent assez des arches
* Voir la note D à la fin du volume.
du temps de Roger Bacon , pour que l'esprit de son texte doive à nos yeux l’emporter kir la lettre.
L’illustre .savant ajoute : « On fabriquera des ins- » Iruments pour voler, au milieu desquels l’homme » assis fera mouvoir quelque ressort qui mettra en » branle des ailes artificielles comme celles des » oiseaux '. »
Le terme ressort étant traduit par celui de force motrice , on ne .saurait contester le sens rigoureu.x des mots employés par le hardi prophète des progiès modernes. Du reste, Roger Bacon lui-même donne la description d’une machine volante ayant certains rapports avec celle dont Blanchard se .servit pour ses essais.
En 1772, l’abhé Desforges, chanoine d’Étampes, fit fabriquer une voiture destinée à voler. C’était une sorte de gondole, longue de sept pieds, large de trois pieds six pouces , pourvue d’ailes à charnières, fort grandes, pesant, y compris le conducteur, 213 livres. M. Desforges déploya et fit mouvoir .ses ailes avec une grande vitesse , — « mais, dit M. Dupuis- » Delcourt d’après un témoin de l’expérience, plus » il les agitait, plus sa machine semblait presser » la terre et vouloir s’identifier avec elle, o — « H y » avait donc évidemment un effet produit; scule-
1 Voirie Manuel d'Aérostation, de Dupuis-Delcourl, p. 10, et l’article de M. Em. Saisset, sur Roger Bacon, dans la Revue du Deux-Mondes du 15 juillet 1861.
» ment, on peut conclure que cet effet était produit » en sens inverse de ce qu’il aurait dû être; ou U bien peut-être ne manquait-il au chanoine, pour a voler effectivement . que ce premier élan que se a donne l’oiseau et qui lui est indispensable pour a prendre son point d’appui. La machine, lancée en a plein air, s’y serait probablement soutenue »
Voilà bien des suppositions , des peut-être et des probablement , au sujet d'une expérience manquée. 11 est bon, cependant, de faire remarquer qu’en fait d’expériences mécaniques , il est très-fréquent que, par une erreur de calcul, une maladresse d’opérateur ou un simple oubli , on produise l’effet inverse de l’effet à obtenir, — auquel cas, il convient de ne pas se décourager, — car la cause de l’erreur une fois trouvée , on doit infailliblement obtenir un bon résultat.
La roue , la rame , la voile agissant dans un sens, font avancer, dans l’autre font reculer; l’hélice propulse ou remorque, hisse ou précipite, aspire ou refoule ; l’aile qui pousse vers le sol devra donc , si elle agit dans le sens opposé , alléger et enfin enlever.
Il faut pourtant quelle frappe une colonne d’air suffisante , observation fort simple qu’un opérateur distrait risque de ne point faire. Quelques distractions
1 Manuel d'aérostation , page SO.
analogues s’acèumulent très-aisément; une expérience qui aurait dû réussir échoue , et une invention naissante est ainsi condamnée sans appel- Le meilleur calculateur, butté à une méchante addition, a besoin qu’on la refasse pour lui. L’inventeur est dans le même cas. Il importe donc , en matière d'essais , de s’entourer d’observateurs clairvoyants , de connaisseurs expérimentés ; il importe de ne pas s’en fier à ses seules lumières et à son seul jugement , comme le font la plupart des inventeurs par un excès d’amour-propre puéril.
Donner à une machine aérienne comme celle de l’abbé Desforges , un premier élan en partant d’un lieu élevé, sera toujours, si un homme s’expose, une témérité dont un sage expérimentateur devra s’abstenir. Mais il est vingt moyens d’es.sayer la machine sans se risquer soi-même et sans compromettre l’avenir de l’invention en jouant sa propre vie.
Enfin, l’homme qui veut s’élever mécaniquement dans l’air devra de préférence employer un organe ■qui , par une accélération de vitesse , acquière assez de puissance pour suppléer au premier élan. — Ainsi procédèrent fort sagement Blanchard et Déghen avec les palettes orthoptères qui les soulevèrent aux neuf dixièmes ; ainsi procèdent nos hélicoptères lorsqu’ils se vissent avec surcharge dans le milieu aérien.
L’aérostat et les illusions prolongées qui suivirent
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sa découverte, ayant été cause que l’on s'abstint, ou à peu près , de toute recherche sur l’art de voler, il n’est pas étonnant que durant plus d'un demi-siècle la question ait plutôt reculé qu’avancé.
Il fallut de longues années pour se remettre de l’émotion produite par les Montgolfier, Charles, Robert, et leurs imitateurs , parmi lesquels nous retrouvons Blanchard. Les corps savants ne se pardonnèrent pas d’avoir cru à la solution du problème insoluble de la direction des ballons. La défaveur la plus cruelle succédait à l’enthousiasme le plus irréfléchi. Par réaction , les académiciens irrités proscrivirent tout mémoire sur la navigation aérienne ' . Les moindres sociétés chiffrantes expulsèrent les aéronautes comme des baladins et des fous. Les commissions qui président aux expositions de l’industrie refusèrent d’admettre quoi que ce fût ayant trait à l’art de s’élever dans les airs. Nécessairement les esprits inventifs s’éloignèrent d’une voie barrée par la prévention et le ridicule.
Tout était confondu , Vaviation , la navigation aérienne avec la direction des ballons ; le mot ballon signifiait absolument machine aérienne. A l’heure où j’écris, j’ai beau être Y anti-ballon par système, quand on me demande des nouvelles de notre invention , l’on ne manque jamais de me dire ; v Et votre
1 Voir la note G
ballon, où en est-il? » Les intimes de M. de Ponton d’Amécourt, — des gens du monde, il est vrai, — l’ont surnommé Pontoft-fiaWon , et n’en démordront de longtemps. Bref, l’hydrogène gonflant un sac rond , oblong, poisson ou citrouille, nous poursuit comme un cauchemar au milieu de nos plus sérieuses expériences fondées sur la puissance de l’hélice en particulier et, en général, sur la pression d’un organe quelconque agissant dans le milieu aérien.
Cependant , alors même que la confusion était à son comble , les esprits lucides rétablissaient la distinction qui existe entre les mots aérostat et ballon d’une part, machine ou nacelle volante, système mécanique aérien , oiseau mécanique , et aéronef de l’autre. Ils se gardaient bien de le dire tout haut , mais ils osaient s’avouer tout bas qu’une vessie n’est ni une hirondelle, ni un papillon , ni une abeille, ni même une chauve-souris, — une lanterne, à la bonne heure ! — Et l’on se remettait à contempler le vol des animaux ailés avec la même envie de les imiter qui possède l’homme depuis que le monde est monde. On jetait aussi les yeux sur les immenses progrès accomplis dans les temps modernes par les sciences mécaniques , chimiques , physiques , métallurgiques et autres. On pensait que si ces .sciences, qui ont tant fait sur la terre et sur les eaux , consentaient à s’entr’aider, elles pourraient bien réaliser dans les airs la prophétie de Roger Bacon. Elles
nous ont donné le navire sans rames allant contre le vent-, la voiture sans chevaux roulant avec une vitesse inimaginable, les appareils plongeurs, les bateaux sous-marins, hydronefs, ichihynées, (aéronefs de la mer), les ponts métalliques sans piles ni colonnes , — et le télégraphe électrique que Bacon ne supposa point , et la photographie qu’il n’eût osé rêver , et la sculpture par la mécanique , prodige qui stupéfie, et la distillation de l’eau de mer, enfantillage sauveteur dont on désespéra durant quarante siècles, et la fabrication de la glace par la chaleur , et mille autres merveilles dont le simple énoncé semble absurde , mais qui sont désormais vulgaires. Celui-ci extrait un métal de la première motte de terre venue, celui-là ramasse de la poudre à canon partout où il se promène. Et les sciences réunies ne trouveraient pas le moyen d’imiter le hanneton , de s’élever dans l'air et de s’y diriger par une pression exercée sur l’air !
Ah ! si Blanchard avait eu à sa disposition la vapeur telle quelle est de nos jours, l’air comprimé , l’air dilaté , l’acide carbonique , l’électricité ; s’il avait pu faire tourner sa manivelle par l’un de ces infatigables agents , — au lieu de s’alléger des neuf dixièmes , il se serait enlevé avec un excédant de poids qui lui eût permis d’ajQuter à son appareil quelques organes de plus et de se diriger comme l’oiseau,
Enfin , que n’eût-il point fait , s’il avait par-dessus tout cela possédé comme nous l’hélice qui , de son temps, malgré quelques rares essais, était encore inconnue comme propulseur marin , — l'hélice qui doit suffire à elle seule , mais qui peut aussi être combinée avec des organes divers , autant de moyens qu’il est utile d’étudier consciencieusement.
L’un des travers communs aux inventeurs est de perdre leur temps à chercher ce qui est trouvé déjà et de dépenser leurs forces à regravir un à un les échelons de l’échelle, quand d’un seul pas ils pourraient prendre pour point de départ le point où leurs devanciers étaient déjà parvenus.
J’ai très-intimement connu un jeune homme de génie qui, — avec le plus déplorable entêtement dédaignait les livres et les documents de la science, — il découvrit le calcul différentiel et intégral, et mourut épuisé par ses efforts inutiles, peu après avoir rencontré , sur les quais, un traité de la science qu’il croyait avoir formulée.
Je sais un inventeur , notre concurrent , qui a consacré ses soins et sa peine à deviner les lois de la statique et de la dynamique par des tâtonnements préalables qui , comme de raison , l’ont retardé de plusieurs années. *
Les inventeurs tiennent aussi singulièrement , (et ici la législation en matière de brevets est complice de leur souci) , à cacher l’objet de leurs études et leurs premières découvertes. Ils tremblent de demander aide et secours à qui que ce soit ; toute collaboration les épouvante ; ils tentent de soulever à eux seuls un fardeau qui , trop souvent , les écrase et qui eût été léger avec le concours d’autrui. Aucun homme n’est universel. Tout est dans tout , a dit avec raison Jacotot. Eclairons-nous donc de toutes les lumières, appelons tons les concours.
Un botaniste connaissant la forme des graines et les procédés innombrables dont la nature se sert pour les transporter , — un savant plongé dans l’étude des animalcules microscopiques, — peuvent nous donner ou nous inspirer la meilleure forme d’hélice , d’organe d’ascension ou de propulsion , les meilleures attaches de plans inclinés , les plus utiles modes de transmission de mouvement.
Hier, on m’apportait une graine de géranium qui , soutenue par une hélice et un parachute de linéaments subtils conserve sa stabilité en tourbillonnant, glisse sur l’air et va se semer elle-même avec une admirable précision. Un très-grand nombre de graines sont pourvues d’appareils volants variés a l’infini. Ainsi, certains végétaux peuvent nous servir de modèles ou au moins de renseignements.
Les animalcules dont les facultés sont plus diver-
sifiées et , sans aucune comparaison , plus puissantes que celles de tous les autres animaux , offrent encore à l’investigateur une raine prodigieusement féconde.
Et cependant, l’inventeur ou le mécanicien se consacrant soit à la botanique, soit aux observations microscopiques , est une exception entre les exceptions.
Arrière les pédants et les cuistres , les obstinés et les encroûtés négateurs , fussent-ils célèbres entre les plus célèbres savants du monde. Aucune rernommée ne doit éblouir, quand aucun homme n’est infaillible.
Mais à nous les vrais savants, les hommes qui observent , comparent , méditent , n’ont point de parti pris et mettent avec joie leur science, laborieusement acquise, au service des applicateurs et du progrès.
Evitons , s’il est possible , la double faute de nous épuiser à inventer ce qui est inventé déjà , et de nous abstenir des lumières des hommes spéciaux.
Ouvrons les bibliothèques , consultons les savants, compulsons les livres, les brevets, les mémoires, recherchons, interrogeons, coordonnons, et quand il s’agira d’exécuter , nous serons surpris de nous trouver tout près du but.
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En 1857 , M. Félix du Temple , lieutenant de vais seau , a pris un brevet pour la locomotion aérienne sans ballon. Secondé par son frère et collaborateur, M. Louis du Temple, capitaine de frégate, auteur du Cours de Machines à vapeur , il se servait d’un canot dont les ailes déployées font avec le plan horizontal un angle de quatorze degrés. Ces messieurs ont obtenu plusieurs excellents résultats démonstratifs , et je dois m’empresser d’ajouter qu’un échange de lettres courtoises a eu lieu, dès 1861, entre M. Louis du Temple et M. d’Amécourt.
M. Bcléguic, autre ofiicier de marine, inventeur de plusieurs appareils nautiques ^ , s’est également beaucoup occupé de navigation aérienne. Des premiers il a osé soutenir par diverses publications que la suppression radicale des ballons était évidemment indispensable.
O J’établissais, m’écrit-il en date du 16 août 1863, » que tous les êtres qui se meuvent dans l’air, du » moucheron au condor, y sont en an-équilibre ou » non-équilibre statique , c’est-à-dire qu’ils pèsent , n en général , quinze cents fois plus que l’air qu’ils » déplacent, contrairement aux poissons, en équi- » libre sialique dans le milieu qu’ils parcourent,
' Kn collaboration avec M.Moltct, son collègue, il inventa un excellent système mécanique pour prendre les ris. (Voir le Journal de la Flollc, du S7 décembre 1841 , pages 168 cl suivantes).
» — que la nature employait nécessairement le pro— » cédé convenable et qu’il fallait l’imiter: l’imiter, » ou du moins se conformer à la loi statique , si on » voulait réussir, parce qu’on ne triomphe de la U nature quen obéissant à ses lois.
» Or, je le confesse, je crois facilement réali- » sable la navigation aérienne pratique. J’avais en- » trepris de le démontrer clairement dans T Ami des » Science*. Au deuxième article, les propriétaires » du journal coupèrent court à la publication , dans » la crainte de nager en pleine utopie , et le procédé J» de l’utopiste , avec figures , est resté dans les car- » tons. Depuis, le journal est mort; mais la navi- » gation aérienne ne l’est pas! »
Les esprits judicieux se rencontrent à plus forte raison que les beaux esprits.
Nadar dans son Manifeste de l’auiolocomotion aérienne, publié par la Presse du 7 août 1863, cite comme ayant eu les mêmes idées générales que nous, et que lui-même, M. Moreau , de la Société des auteurs dramatiques, M. Morin, publiciste, M. M ,
ingénieur (Pourquoi cette timide initiale?) Et certes, Nadar aurait aisément pu allonger la liste de ceux qui, chacun de sou côté, posèrent en principe, que pour lutter contre l’air il faut être spécifiquement plus lourd que l'air, ou tout naïvement quil faut être le plus fort pour n être point battu.
Mais il n‘y a ni évidence ni naïveté qui tiennent ,
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la direction des ballons était une utopie ridicule ; donc, de par l'Ami des Sciences et tutti quanti, défense était faite aux moucherons et aux condors, aux poissons volants et même aux simples pierrots, d’être plus lourds que l’air qu’ils battent de leurs ailes.
Il y a dix ans, en 1853, M. Gustave de Ponton d’Amécourt se dit, sans se douter du mouvement de réaction qui se préparait parmi les esprits sensés : <f On cherchera vainement à résoudre le problème » de la navigation aérienne , tant qu’on ne com- » mencera pas par supprimer le ballon. »
Et aussitôt il avisa au moyen de s’élever dans les airs, et de s’y diriger par l’emploi d’un appareil mécanique plus lourd que l’air.
La question était ardue et de nature à captiver un esprit investigateur comme le sien. Il crut bientôt l’avoir résolue , et peu après il dessinait l’épure d’une machine destinée à s’enlever virtuellement :
A l’aide de deuœ hélices horizontales, concentriques, superposées et tournant en sens inverse. — Une force motrice quelconque mettrait les hélices d'ascension en mouvement. — Une autre hélice placée à l’arrière serait le propulseur du système. — Un gouvernail vertical servirait à le diriger.
Du reste , dans son mémoire , après avoir posé le
principe dans les termes cités plus haut, M. Gustave d’Âmécourt continuait ainsi :
« C’est par un mécanisme que l’oiseau vole , ce » n’est pas à l’aide d’un gaz plus léger que l’air. » Attachez un aigle à un ballon , le roi des airs captif, » jouet des vents, traînant son boulet et traîné par » lui tour-à-tour, essaiera en vain de lutter contre le n moindre trouble atmosphérique.
» La science fait donc fausse route. Tous ceux qui B travaillent à ouvrir à l’humanité les voies aériennes » poursuivent l’impossible et discréditent par leur » insuccès l’idée féconde dont ils coudoient la solu* » tion. Aussi la science aérostatique est-elle restée D àpeu près stationnaire depuis les frères Montgolfier » tandis que les railways et les fils électriques , nés » d’hier, enveloppent le monde.
» L’appareil que nous construisons est un méca- » nisme consistant dans un double système d’organes » destinés à l’ascension et à la direction. Le moteur » sera une force quelconque que nous approprierons » à nos besoins; le point d’appui sera l’air, fluide » irrésistant en apparence, mais assez fort en réalité » pour briser le mât d’un vaisseau, soulever des O montagnes liquides sur l’Océan, et, dans l’état » d’immobilité, exercer une pression de 280 kilo- » grammes, sur une surface d’un mètre mise en » mouvement avec une vitesse de 45 mètres par » seconde.
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» Pour l'ascension comme pour la propulsion , » nous nous servons d'hélices.' (sans renoncer aux X systèmes de roues à aubes ou d’ailes dans le cas » où nous y trouverions de l’avantage).
s L’hélice agit en plongeant entièrement dans le » fluide qui sert de point d'appui , ce que la roue à B aubes ordinaires ne saurait faire. Elle agit sans » intermittences , ce qu’on ne saurait obtenir d’ailes » analogues à celles de l’oiseau ; elle peut, dans » toutes ses parties, contribuer à sa destination; » elle échappe aux résistances étrangères au point B d'appui ; elle ne comporte point de charge inutile, B elle annihile presque le frottement ; ce sont là de B grands avantages qui nous portent à croire que » nous ne saurions employer de meilleurs organes.
» Dans l’aile du moulin à vent , l’hélice se prête B admirablement à l’une des plus importantes appli- B cations qu’on ait faites de la force de l’air. Là , » l’air est employé comme moteur. Nous renversons B ce mécanisme et nous prenons l’air comme point B d'appui.
D Les rapides courants d’eau qui, depuis des B siècles , faisaient tourner les roues dès moulins , B se virent un jour vaincus par des roues semblables B attachées aux flancs d’un navire à vapeur. Ainsi B les courants atmosphériques doivent se voir tôt ou B tard domptés par des ailes analogues à celles du B moulin à vent, b
Pour justi6er l’emploi des deux hélices tournant en sens inverse, l’inventeur dit encore, dans son mémoire, que ce n’esl pas sans une haute raison de conformitéaux lois physiques qu’il double son système ascensionnel.
(( Le nautonnier, poursuit-il , donne double rame » au bateau. Le Créateur a donné double aile à U l’oiseau, double nageoire au poisson. Lesdeuxailes » de l’oiseau s’unissent dans l’action de soulever te » mobile aérien et s’équilibrent dans celle de fendre » l’air. Toujours et partout , Dieu nous montre , à » côté des règles de la science, l’exemple de leur » application. »
Au milieu de cette phra.se, (|ui n’est point guilleraetée dans ma brochure l'Aéronef, que je ne donnais pas conséquemment pour une ctfatto» textuelle, et que M. d’Amécourt connaissait en manuscrit bien avant le dépôt de son mémoire , j’ajoutai, de son consentement implicite , comme preuve à l’appui :
O Ëniin , chose remarquable, les meilleurs et les t> plus rapides voiliers parmi les insectes sont ceux » qui ont quatre ailes, comme la libellule. »
Cette asserlic n m'ayant été contestée par plusieurs personnes, et M. de Ponton d’Amécourt n’ayant pas usé de son droit de collaborateur en l’insérant dans son mémoire , je ne saurais lui en laisser la responsabilité apparente dans le présent ouvrage.
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Je dirai seulement que je me suis appuyé sur les affirmatioDs réitérées d’éminents naturalistes.
« Leuwenhoek a vu une hirondelle poursuivre un » agréon (espèce de demoiselle) dans une ménagerie » longue de cent pieds sans parvenir à l’atteindre. » L’insecte se maintenait toujours à six pieds en » avant de l’oiseau.
B Un voyageur anglais , voyageant dans un wagon B qui faisait six lieues à l’heure , fut accompagné B pendant longtemps par un bourdon {B. subterra- B neus) qui, non-seulement suivait sans peine la voi- B tare, mais tournait autour, revenait sur ses pas et B décrivait des zigzags dans toutes les directions, à B quoi il faut ajouter que la voiture allait contre le B vent.
B Dans l’ordre des hyménoptères à quatre ailes B (section des porte-aiguillons], les mellifères ont O des ailes remarquablement peu développées, par B rapport au volume de leur corps , aux trajets ët B aux transports considérables qu’ils sont obligés de « faire. * b
Dans l’abeille, les ailes sont an nombre de quatre, « secours, dit Bernardin de Saint-Pierre, que la B nature a refusé aux mouches qui volent à vide , et B qui, pour cette raison, n’en ont que deux, b
« La mouche ichneumon, ou demoiselle aquatique,
1 Marey-Monge. —Eludes sur raéro.sloUoa . p. 3S".
^n^ème <auleur, a pareillement quatre ailes, Oww^qu'eÜe Vole aussi chargée de butin. Je lui ai ]ÿ^hli'|)renârc^ l’air des papillons. »
^1,’üh dessus patients et des plus clairvoyants ^ts^Tvateurs que.je sache , homme très-spécial , et je dirai qléine très-profond, a confirmé, d’autre part, le résultat de mes recherches antérieures, bien suffisantes pour une preuve superflue qui ne pouvait altérer le raisonnement : quoi abundat non vitiat , disent les légistes.
La libellule, notamment, a un vol dont la rapidité prodigieuse n’est qu’une des qualités et qui offre une foule d’autres avantages exceptionnels.
Il n’en est point d’elle comme de la plupart des ' autres insectes dont le corps, pendant le vol, fait toujours le même angle avec la courbe décrite par les ailes. Son corps, flexible , tantôt horizontal , tantôt oblique ou même vertical, et qui, par instants, se tord comme celui du dragon mythologique, se relie «ous tous les angles avec sa quadruple rémige [Remigium alarum , a dit Virgile).
La libellule peut s’élever en tournoyant ; elle est alors un véritable hélicoptère, modèle vivant de notre
' Rémige, au propre, grande plume de l'aile ; — je fais un latinisme naval en donnant à ce mot toute l'extension qu'il est susceptible de prendre ; Remigium , bancs de rames, (Horace.) Chiourme, équipage de galèrcs(Cicéron). — V. le Langage des Marins, page 148 .
appareil. — Se laisse-l-elle glisser sur le vaste plan de ses quatre ailes , la voilà devenue le modèle d’un second genre d’application. — Enfin , merveille de stabilité, si elle perd ses deux petites ailes , elle ne perd point la faculté de voler, tant elle a de ressources dans sa structure, et fournit ainsi le plus rare exemple d’équilibre aérien.
Pour une description plus détaillée du système de M. de Ponton d’Amécourt , je renvoie à mon chapitre de La Vie navale, V Aéronef, que je ne saurais reproduire dans toute son étendue, — et je regrette de ne pouvoir placer ici la majeure partie du mémoire même de l’inventeur. Mais M. d’Âmécourt, qui ne cesse d’améliorer et de compléter son invention primitive , compte le refondre , et se réserve le droit légitime de le publier lui-même comme et quand il l’entendra
Par un scrupule fort louable, quoique exagéré, il me pria de rectifier le passage où je dis que : a les plus rapides voiliers parmi les insectes sont ceux qui ont quatre ailes o non point qu’il niât la possibilité du fait, mais pour n’avoir point l’air d’affirmer une chose dont il n’était point sûr.
Je me rendis avec empressement à ce désir et me félicite d’en avoir eu connaissance en temps utile, car je fus ainsi mis sur mes gardes.
Moi qui crois la publicité d’une utilité majeure
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pour les progrès de riavenliou et de la question , je déclare donc, avant de passer outre, que:
— Le prisent ouvrage, dans son ensemble et dans tous ses détails, est publié sous ma seule et unique responsabilité, — qu’il nest pas fait en collaboration avec m. de Ponton d’Amécourt , — et que , sauf citations textuelles , pas une seule des lignes qui le composent ne saurait lui être imputée.
Les faits historiques que je relate résultent de mes recherches personnelles; les opinions que j’émets .sont les miennes propres ; les inventions secondaires et les procédés de manœuvre que je signale sans indications d’auteur sont mes inventions et mes procédés ; les propositions mécaniques , pratiques , industrielles , financières ou autres que je fais sont mes propositions individuelles.
J’ai déjà clairement réduit à ce qu’elle a d’essentiel la description générale du système bréveté de M. Gustave d’Amécourt ;
J'aurai soin d'indiquer les idées émanant originairement de lui;
Je démêlerai avec toute la bonne foi possible la confusion inévitable qui se fait dans 1a mémoire , lorsque trois années de collaboration ont rendu communes une infinité de conceptions ;
J’accepte, en tous cas , les plus téméraires , fussentelles des fruits de la collaboration ;
Je les revendique , fussent-elles erronées ;
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Toujours jaloux de rendre à César ce qui est à César, j'attribue toujours les meilleures à qui de droit, — (ceci vaut-il la peine d’être dit?)
Et quant aux miennes, — bonnes, médiocres ou excellentes, quelles qu’elles soient, — n’aspirant qu’au succès de l’œuvre collective, je les livre avec empressement * à quiconque en pourra tirer on parti utile.
' Je livre mes idées , non leur moule. La traduction est absolument autorisée ; mais la reproduction du texte littéral reste soumise aux usages en vigueur. Je n'entends pas non plus autoriser les plagiaires à se les approprier sans en indiquer la source; c'est aux propagateurs et surtout aux applicateurs, non aux pillards, que j'en fais l'abandon.