‹ Avis aux coquettes; ou, L'amant singulierChapitre 17 sur 28 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LISTOU, EDOUARD.

EDOUARD

Te voilà fidèle au rendez-vous !

LISTOU.

Sans vous le reprocher, vous m'avez fait attendre assez long-temps.

EDOUARD

On ne va pas vite dans vos montagnes, avec une dame sous son bras... surtout quand on est occupé à perdre son chemin... et j'en suis venu à bout.

Vraiment !

EDOUARD

Tout-à-fait égarés... impossible de rejoindre sa tante et la société... que nous appelions en vain... j'avais eu soin seulement de m'égarer dans la direction de ta cabane... et comme ma compagne de voyage ne voulait plus marcher... je l'ai laissée se reposer quelques instans au pied du grand rocher; il y a là une grotte où elle est à l'abri et je suis venu à la découverte... tout est-il disposé pour nous recevoir?

LISTOU.

Dam ! monsieur, vous voyez... c'est simple.

EDOUARD

Mais, c'est bien laid... le mobilier surtout... quatre chaises et une table.

LISTOU.

J'ai vendu tout le reste... voulant quitter l'habitation.

EDOUARD

C'est bien ! (Regardant autour de lui.) Seulement . je crois qu'un peu de feu et de lumière ne gâteraient rien.

LISTOU, lui montrant des broussailles dans un coin. Oh ! avec ce tas de broussailles, vous auriez de quoi brûler la maison... et pour de la lumière, voilà, (il prend son briquet, fait du feu, et allume une chandelle qui est sur la table.)

EDOUARD

Cela suffira ! tu n'as ici aucun voisin !

Avis aux coqnettes. 4

Pourquoi donc?

Je te Je demande.

EDOUARD

LISTOU.

Est-ce que vous auriez en tête quelque mauvais dessein?

EDOUARD

Imbécile !

LISTOU.

Dam! les amoureux d'à présent sont si drôles, ils se tuent seuls ou en compagnie par partie de plaisir.

EDOUARD

Sois tranquille, je n'en ai pas envie, ni elle non plus I as-tu quelque voisin?..

LISTOU.

Il y a bien près d'ici le vieux Pierre, qui m'a loué une espèce de grange où il met ses bestiaux, il n'y est pas aujourd'hui, il est à Bagnères pour le marché.

EDOUARD

Ainsi , tu es sûr que je serai seul avec Mme d'Emery.

LISTOU.

Oui, monsieur; vous avez un air si décidé que vous me faites peur pour elle...

EDOUARD

Toi , qui ce «Btin tremblais pour moi !

LISTOU.

Je crois maintenant que vous êtes de force!., je vous conseille cependant de prendre garde à vous; j'ai rencontré en vous quittant un monsieur qui était à l'arrière-garde et qui avait l'air de vous suivre.

EDOUARD

Qui donc?

LISTOU.

Celui qui est arrivé ce matin, ce jeune homme qui a des moustaches...

EDOUARD

Alfred de Lucenay...

LISTOU.

Justement , il m'a demandé le chemin qu'avait pris Mme d'Emery.

EDOUARD

Et tu lui en as indiqué un autre.

LISTOU.'

Je crois bien ! avec les renseignemens que je lui ai donnés , il est capable de marcher toute la nuit sans trouver une maison , ni une figure humaine; et comme voilà justement un petit orage qui se prépare...

EDOUARD, lui mettant de l'argent dans la main. Air : Moi je connais une maîtresse (des chaperons blancs.) J'estime l'esprit et le zèle.

LISTOU.

C'est trop pour un tel rendez-vous!

EDOUARD

L'amour qui dans ces lieux m'appelle ; Me réserve un prix bien plus doux.

Mais sans pitié que tout le monde , Par toi , soit chassé de ces lieux ; L'éclair brille ! l'orage gronde !

Le beau temps pour des amoureux !

ENSEMBLE

LISTOU. EDOUARD.

Oui , monsieur, comptez sur mon zèle , Oui , je compte ici sur ton zélé ,

J'éloignerai tous les jaloux. Eloigne bien tous les jaloux.

L'amour qui dans ces lieux l'appelle L'amour qui dans ces lieux m'appelle

Lui réserve un prix bien plus doux. Me réserve un prix bien plus doux.

(Édoaard sort et l'on entend gronder le tonnerre dans le lointain.

Page 1