‹ Avis aux coquettes; ou, L'amant singulierChapitre 26 sur 28 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

EDOUARD, CAROLINE

Eh bien! madame , la leçon ne s'est pas fait attendre, seulement je ne l'aurais pas crue si prompte ni si forte... voilà trois hommes qui pour vous vont s'égorger dans un instant.

CAROLINE . avec effroi.

Ahï

EDOUARD

Vous en êtes désolée! je le crois bien, non pour des rivaux qui probablement vous sont fort indifférons, mais pour vous qu'un pareil éclat va perdre à jamais...

CAROLINE

Et voilà qui est indigne, car mieux que personne vous savez que j'en aimais un autre et que je ne suis point coupable !

EDOUARD

Vous en aimiez un autre! mais c'est bien pire encore!., vous en aimiez

un autre! et vos regards, vos paroles ont sollicité mon amour... vous lui avez été infidèle de cœur et de pensée... et vous croyez n'être pas coupable. -

CAROLINE

Monsieur...

EDOUARD

Vous l'avez été... vous avez été perfide et cruelle envers moi qui vous avais épargnée, envers moi qui avais été généreux et veux l'être plus encore...

CAROLINE

Que dites-vous?

Votre honneur compromis; votre réputation, je puis tout vous rendre d'un seul mot.

CAROLINE , se levant, Après un éclat pareil... un duel.

EDOUARD

Il dépend de vous de l'empêcher, il y a ici deux rivaux... je ne parle pas de moi, je me retire du concours... eh bien! madame, il faut en épouser un, vous allez me demander lequel? attendez... j'ai cru voir... j'ai pu me tromper, et peut-être vous-même n'en savez-vous rien... j'ai cru voir que vous préfériez Alfred...

CAROLINE

Oh ! oui monsieur, c'est lui que je préfère.

EDOUARD

Alors , c'est celui-là que vous n'épouserez pas.

CAROLINE

Et vous vous imaginez, monsieur, que je vous laisserai ainsi disposer de mon sort? que d'un mot, vous briserez ma volonté, mes sentimens?

EDOUARD

Eh! mon Dieu! vous obliger à être millionnaire , à briller au premier rang... la punition est-elle donc si rigoureuse... M. Van-Brook, c'est le mari qu'il vous faut.

CAROLINE

Jamais.

EDOUARD

Ah ! prenez garde, c'est la condition expresse que je vous impose; sinon, je me tais; sinon , ce double duel , et toutes ses suites; vous avez sur vous une lettre de M. Van-Brook , qui demande votre main; un mot de réponse, au bas de sa lettre ; réponse affirmative. (il lui présente un crayon.)

Ah! monsieur, c'est affreux! c'est indigne! parce que vous voyez une pauvre femme bien effrayée , bien malheureuse, vous croyez pouvoir l'humilier, la tyranniser, me faire renoncer à celui que j'allais épouser !

EDOUARD

Eh! ne vous a-t-il pas donné l'exemple? ne vous a-t-il pas dit tout à l'heure qu'il renonçait à vous? et quant à moi... (Avec malice.)

Air : Mire dans mes yenx , tes yeux.

Oh ! moi , vous le savez bien , Saus peine , on m'oublie !

Avec moi , vous savez bien, Qu'on ne risque rien !

Non rien, Ma belle ennemie,

Non rien, L'on ne risque rien !

Pour moi, loin d'être allarméc, Sur le destin des combats, Que votre ame soit calmée ; Car, s'il faut le dire, hélas i Je ne vous ai pas aimée.

CAROLINE, étonnée.

Comment . monsieur? qu'est-ce que cela signifie.

* EDOUARD, achevant l'air

Et je ne vous aime pas.

ENSEMBLE

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