CAROLINE. EDOUARD
Ah : quel complot est le sien'. Ce secret-là, c'est le mien ;
Quelle perfidie ! Mais, dans cette vie,
Vraiment , je n'y comprends rien, En ne disant jamais rien ,
Je ne comprends rien ; On ne risque rien ;
Non rien, Non rien,
A sa perfidie ; Ma belle ennemie ;
Non rien, Non rien,
Je n'y comprends rien : L'on ne risque rien.
LISTOU, entrant en tremblant.
M. Alfred , avec deux épées sous le bras.
CAROLINE
Alfred! et ce duel, et pas d'autre moyen de l'empêcher; tenez., tenez, monsieur. (Elle écrit vivement, et donne la lettre à Edouard.) Il ne sera pas dit que quelqu'un s'est exposé pour moi... Ah î je suis bien malheureuse.
(Elle sort par la porte à droite.) EDOUARD.
Listou , conduis madame auprès de sa tante. (Listou sort avec Caroline.) SCÈNE XL
ALFRED, entrant par le fond , EDOUARD.
ALFRED
Voici des armes... et maintenant , je suis à vos ordres.
EDOUARD
C'est bien î
ALFRED
Vous pouvez choisir.
EDOUARD
Un instant... il faut attendre M. Van-Brook.
A quoi bon ?
EDOUARD
Je lui ai promis que le sort déciderait... et si vous me tuez, j'aurai privé cet honnête homme d'une satisfaction à laquelle il avait droit.
ALFRED
Mais, monsieur.
EDOUARD
Il y compte... je le lui ai dit... je tiens à ma parole.
ALFRED
Nous devions nous battre ce matin , si je découvrais que vous fussiez aimé... et maintenant que j'en ai la preuve... maintenant qu'il ne me reste aucun doute.
EDOUARD
Vous êtes bien bon, moi, j'en ai encore, et si je n'avais l'air à vos yeux de vouloir éviter un combat, je vous dirais que, dans ce moment, nous nous disputons tous les deux une conquête que nous enlève un troisième.
ALFRED
Que dites-vous?
EDOUARD
Que Caroline épouse aujourd'hui M. Van-Brook,
ALFRED
Ce n'est pas possible.
Je vous l'atteste, j'ai vu la demande et la réponse.
ALFRED
Il se pourrait!,. Caroline...
EDOUARD
Et c'est pour cette femme, que vous avez abandonné une pauvre fille qui vous aimait tant.
ALFRED, tressaillant.
Monsieur.
EDOUARD
C'est au moment d'un mariage, quand elle vous attendait, que sans égards, sans pitié, sans la préparer à ce coup fatal, vous écrivez qu'un autre hymen...
ALFRED
Ah! qui vous l'a dit?
EDOUARD
Ce billet où vous renonciez à elle, ce billet qui l'aurait tuée!.. Si elle ne l'avait pas reçu?., s'il était tombé entre les mains de sa sœur, que vous ne connaissez*pas... et qui , joyeuse, arrivait pour ce mariage.
ALFRED
Ah! s'il était vrai? quoi, sa sœur?..
EDOUARD
Oui , sa sœur aînée , Mme Dehnar, qui voyant le désespoir d'Emma , est partie pour veiller sur vous, et lui a promis de vous ramener près d'elle.
ALFRED* -
Il serait vrai !
Eh bien ! ai-je tenu parole.
ALFRED
Quoi! c'est vous... vous seriez...
EDOUARD
Eh! oui...
ALFRED, se jetant à ses pieds.
Ah! madame!..