‹ Avis aux coquettes; ou, L'amant singulierChapitre 7 sur 28 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Mme DESNELLLES, CAROLÏXE.

Mme DESNELLES.

En vérité , ma nièce, c'est trop abuser de l'empire que vous avez sur lui.

CAROLINE

Je vous avais promis de le maltraiter.

Ylme DESNELLES.

Et vous tenez vos sermens avec une fidélité désespérante.

CAROLINE

Vous en convenez donc! et cette fois! il ne l'a que trop mérité ; vous n'avez pas vu avec quel air malin il me pariait de M. Edouard.

Mme DESNELLES.

Je n'ai pas vu cela î

CAROLINE

Vous n'avez pas remarqué avec quelle apparente bonhomie il arrangeait ce récit où il n'y a pas un mot de vrai.

Mme DESNELLES.

Pas un mot...

CAROLINE

Pas un seul ! croyez-vous bonnement que ce jeune homme l'aura écouté sans lui répondre... ce n'est pas possible... fut-ce pour m'attaquer, il aura parlé, j'en suis certaine... et alors M. Van-Brook se serait bien \ile empressé de me communiquer ses observations critiques ; or, comme il ne l'a point fait, c'est que ces remarques ne sont point défavorables... au contraire!

Mmc DESNELLES, riant

Ce sont peut-être des éloges !

CAROLINE

C'est probable! voilà pourquoi M. Van-Brook s'est bien gardé de m'en

faire part, et moi qui d'abord ai été sa dupe... (Edouard parait au fond du jardin.) Car, tenez, tenez, que vous disais-je?.. ce jeune homme qui évite même de parler de moi , le voilà qui nous cherche,

Mme DESNELLES.

Yous croyez ?

CAROLINE

Regardez plutôt... comme il s'avance doucement... et à peine a-t-il fait quelques pas, que déjà il s'arrête! que c'est amusant un élève de St-Cyr, un petit jeune homme si timide... et puis ce n'est pas commun, il ne sait comment nous aborder et nous saluer... enfin il s'approche!

(Au moment où elle se retourne pour faire la révérence, croyant qu'elle va être saluée

par Edouard , celui-ci s'assied à une table et prend un journal.)

Mme DESNELLES.

Il parait que ce monsieur gardera encore sa timidité pour aujourd'hui , ma nièce.

CAROLINE, à part.

Ah! c'est trop fort! il devient réellement prodigieux , et j'avoue qu'une telle indifférence finit par me piquer. (Voyant qu'Edouard se lève.) Ah '...pourtant il se décide! (Edouard regarde l'heure à sa montre, fait quelques pas pour sortir, aperçoit Caroline et salante qu'il n'avait pas encore vues, les salue respectueusement, et s'éloigne.)

Mme DESNELLES , riant.

Eh bien! ma bonne amie , il se décide à s'en aller ejt cette fois , il nous a vues, il nous a saluées très respectueusement... il n'y a pas le moindre reproche à lui faire ; seulement il parait que notre société n'a pas pour lui une vertu attractive.

CAROLINE

Après tout, je ne vois pas que ce soit une grande perte pour nous d'être privées de sa compagnie et je m'en console aisément.

Mme DESNELLES.

De mon temps, ma chère Caroline , il y a trente ou quarante ans :

Air : Vaudeville de Jadis et aujourd'hui. Dix amans nous rendant les armes Avaient à nos yeux moins de prix Qu'un seul qui dédaignait nos charmes ; Du moins c'était ainsi jadis !

Notre dépit, notre colère, Se cachaient sous un air riant ; Et si je m'y connais , ma chère, C'est encor de même à présent.

CAROLINE

Ma tante voilà une méchanceté qu'il faudra que quelqu'un me paie ! j'aurais bien du malheur si ce n'était pas ce petit monsieur-là. Mais d'abord comme il est important que je sache ce qu'il fait ici, j'ai en\\e d'interroger le domestique de cet hôtel. (Elle va pour sonner.) Mme DESNELLES, l'arrêtant.

Vous n'y pensez pas, ma nièce , une jeune dame qui s'informe d'au jeune homme; mais c'est de la dernière inconvenance.

CAROLINE

Vraiment... alors ma petite tante, ce sera vous...

Mme DESNELLES.

Moi !.. par exemple , je serais bien fâchée !

CAROLINE, qui a sonné très fort.

Voyons , décidez-vous , il n'y a plus à reculer d'abord... vous ou moi.

Mmc DESNELLES.

Ah! mon Dieu! mon Dieu! me mettre dans un pareil embarras!., m'expose r...

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