‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 113 sur 164 · IS. LV, Q · texte numérisé non relu

IS. LV, Q

vous convertissez, et si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux ' » ; et alors vous vous écrierez : O Seigneur ! vous parlez admirablement bien à mon entendement, qui est frappé de l'extravagance de croire qu'il est quelque chose de grand; vous touchez la plaie, mais c'est à vous de la guérir. Me voici [prête à prendre les remèdes ; et qui donc pourrait les refuser, puisqu'ils sont présentés par une main si charitable et si sage que la vôtre?

Demandez-lui cette sainte enfance qui bannit la malice, la présomption et la duplicité, mais qui n'est point puérile dans ses actions.

Reconnaissez qu'il n'y a que la Sagesse même qui ait été capable de donner un remède si convenable que celui de la sainte Enfance pour guérir l'entendement de ses erreurs, et dites à Jésus- Christ : Oui, je le sens et le comprends bien ; mes désordres [ne viennent que de ce que je suis sortie de la considération de mon néant pour suivre mes propres lumières. O Seigneur! vous avez tout tiré de rien, et pour nous refaire vous voulez nous ramener au rien. C'est là une conduite admirable de votre sagesse ; il n'y a rien de plus suave, de plus juste et de plus sage. Vous montrez bien que c'est vous qui avez tout tiré du néant, puisque vous vous servez encore de l'anéantissement pour en faire sortir de si grands avantages.

Confessez qu'il est bien juste que vous vous

1 Nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum. Matth. xviii, 3.

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anéantissiez puisque vous n'êtes rien ; mais cependant dites à la sagesse divine de Jésus-Christ que, quand môme votre entendement serait quelque chose, vous voudriez l'anéantir pour son amour après l'avoir vu lui-même se réduire à l'enfance. O Seigneur ! vous nous avez appris la véritable philosophie : il ne faut point tant d'art ni tant de figures pour la savoir; il n'est question que de s'anéantir selon votre exemple et de suivre les règles de votre évangile pour être éclairé.

Admirez les desseins de cette Sagesse adorable qui a si longtemps pratiqué la vie cachée, et remerciez-la de ce qu'elle a voulu guérir vos plaies en prenant elle-même le remède dont vous avez besoin. O Seigneur ! pourrez-vous dire, « vous connaissez seul le fond des cœurs de tous les enfants des hommes1 », et vous savez bien découvrir les racines de leurs désordres. Mon expérience m'apprend assez l'inclination que j'ai à l'estime, aux honneurs ; mais l'exemple de votre vie cachée est un admirable remède à ce désordre. Priez le Seigneur d'ajouter sa grâce à ses exemples, afin que vous les mettiez en pratique.

Pesez encore ces paroles de l'Evangile :« Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu ; il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu 2 ». Faites-en l'application au traitement que Jésus-Christ reçut chez

1 Tu nosti solus cor omnium filiorum hominum. III Reg. vm, 3g.

1 In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Joann. 1, 10, 11.

Hérode. Admirez, autant que vous en êtes capable, le conseil secret de Dieu qui a voulu plutôt être outragé par le monde qu'avoir son applaudissement, et prononcez sur cela les paroles du Psaume : « Vos jugements, ô mon Dieu, sont un abîme profond l ».

Remerciez Jésus-Christ de vous avoir donné un si admirable exemple du mépris du monde. O Seigneur ! oui, ce monde est par lui-même très vil et très méprisable. J'aurai donc pour lui un double mépris, et parce que vous l'avez méprisé, et parce qu'il vous a méprisé vous-même.

Louez et glorifiez la sagesse de Dieu qui « a choisi ce qui était vil et méprisable selon le monde, et même ce qui n'était rien, pour détruire ce qui est quelque chose aux yeux du monde 2 ».

Enfin reconnaissez avec joie « que ce qui paraît moins sage dans Dieu est plus sage que toute sagesse humaine, et que ce qui y paraît une faiblesse est plus fort que toute force humaine 3 ». Appliquez aussi ces paroles à votre propre jugement et aux exemples de Jésus-Christ, et prenez vos résolutions.

RÉSOLUTIONS

i° De ne plus faire cas que de ce qui est conforme à la doctrine et aux exemples de la Sagesse incarnée.

1 Judicia tua abyssus multa. Ps. xxxv, 7.

2 Ignobilia mundi et contemptibilia elegit Deus, et ea quae non sunt, ut ea quae sunt destrueret. I Cor. 1, 28.

3 Quod stultum est Dei, sapientius est hominibus ; et quod infirmum est Dei, fortius est hominibus. Ibid., 25.

MÉDITATIONS SUR L'ÉTAT RELIGIEUX 53g

2° D'estimer la vie cachée comme un remède préservatif qui sert à conserver le bon esprit.

3° De mépriser l'estime et l'applaudissement du monde.

EXAMEN

i° Voyez si vous ne nourrissez pas quelque aversion pour ce qui paraît bas et méprisable aux yeux du monde.

2° Si vous n'affectez pas de paraître un bel esprit.

3° Si vous recevez volontiers la correction et si vous reconnaissez le besoin que vous en avez.

BOUQUET SPIRITUEL

i° « Lex Domini immaculata, convertens animas ; testimonium Domini fidèle, sapientiam praestans parvulis. » Ps. xvm, 8. — La loi du Seigneur est toute pure, elle convertit les âmes ; le témoignage du Seigneur est fidèle, il donne la sagesse aux petits.

2° « Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum. »Matth. v, 3. — Bienheureux sont les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux est à eux.

3° « Nemo se seducat ; si quis videtur inter vos sapiens esse in hoc saeculo, stultus fiât ut sit sapiens : sapientia enim hujus mundi stultitia est apud Deum. » I Cor. ni, 18, 19. — Que nul ne se trompe ; si quelqu'un d'entre vous pense être sage selon le monde, qu'il devienne fou pour de-

venir sage : car la sagesse du monde est une folie devant Dieu.

TROISIEME MEDITATION

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