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I. Pour le premier et quatrième jour de retraite

DISPOSITION PRÉPARATOIRE

En vous acquittant des exercices qui vous sont prescrits pour vos retraites, vous vous appliquerez à les diriger vers les trois points que je viens de vous marquer, et vous vous disposerez à les attirer à ces trois fins par l'observation des considérations et des pratiques suivantes :

Le matin, en vous levant, vous formerez quelques dévotes aspirations à Dieu et vous lui demanderez la lumière et le secours pour entrer dans la connaissance du premier point. Vous lui en exprimerez votre désir, en disant comme par effusion de cœur dans son sein paternel ces paroles de David : « Seigneur, tous mes désirs les plus secrets sont exposés devant vous, et le gémissement de mon âme ne vous est pas caché ' ». Vous ajouterez avec Isaïe : « Mon âme vous désire, mais c'est dans la nuit2 »; accordez-moi, Seigneur, un peu de votre lumière et je verrai le jour.

Puis, ainsi que parle votre bienheureux Père, « vous filerez tout doucement vos pensées dans votre esprit », c'est-à-dire, vous penserez à ces choses

1 Domine, ante te omne desiderium meum ; et gemitus meus a te non est absconditus. Ps. xxxvn, 10.

2 Anima mea desideravit te in nocte. Is. xxvi, g.

sans émotion et comme pour nourrir votre désir, que vous entretiendrez dans la tranquillité d'esprit, dans la confiance, dans l'humilité et dans la soumission : car c'est dans ces vertus, comme dans un sucre spirituel, que nous devons toujours confire nos désirs pour en ôter l'aigreur de l'impatience, de la présomption et de l'obstination, et pour les bien conserver.

L'heure de votre oraison étant venue, vous recueillerez toute votre âme pour vous présenter devant ce beau miroir, qui vous est si nécessaire afin de vous voir clairement et de reconnaître ce que Dieu vous est et ce que vous êtes à Dieu ; et comme vous êtes persuadée que ce miroir ne se trouve que dans le secret de la face du Seigneur, vous l'inviterez à vous y admettre, en disant, par exemple, avec effusion de cœur : O unique Soleil de mon âme, il ne me faut qu'un rayon de votre lumière, « et par votre lumière je verrai le jour l ».

Vous vous souviendrez de ces paroles de David, qui dit : « Approchez-vous de lui, afin que vous soyez éclairés, et vos visages n'auront point à rougir de confusion 2 ». Dites également à Dieu : O lumière de la lumière, c'est pour cela que je me présente devant vous, et aussi pour apprendre à ôter tout ce que je verrai sur la face de mon âme qui pourrait déplaire aux yeux de votre Majesté.

Vous entendrez encore ce même Prophète royal nous dire : « Cherchez le Seigneur et soyez forti-

1 Et in lumine tuo videbimus lumen. Ps. xxxv, 10.

2 Accedite ad eum, et illuminamini ; et faciès vestrae non confundentur. Ps. xxxiii, 6.

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fiés; cherchez sans cesse son visage1 »; et vous ajouterez du profond de votre cœur : c'est ce que je veux accomplir, je ne cesserai de vous chercher, Seigneur, jusques à ce que vous ayez jeté sur moi un de vos divins regards. Vous savez quelles sont les ténèbres répandues sur la face de mon âme; je n'y saurais rien discerner, à moins que vous, qui êtes la lumière de mes yeux, vous ne me le fassiez connaître.

Vous pourrez enfin vous servir des paroles et des sentiments de l'aveugle de l'Evangile; et comme si Notre-Seigneur avait déjà répondu à vos supplications intérieures : « Que veux-tu que je te fasse? » répliquez-lui du fond de votre âme : « Seigneur, faites-moi voir2» et connaître ce que vous voulez que je sache et que je fasse.

Toujours et partout, ma chère Sœur, il faut reconnaître le besoin que nous avons de la lumière du Ciel ; il est plus grand que nous ne pouvons l'exprimer, puisque sans elle nous ne sommes pas capables de cheminer parmi tant de ténèbres qui nous environnent; et nous demeurerons dans le danger de faire bien des faux pas et de nous blesser, si Dieu ne nous tient la main pour nous conduire ; mais il faut être persuadé aussi que s'il nous tient la main, nous marcherons avec autant de sûreté dans les ténèbres que dans la lumière.

Reconnaissons donc bien dans le fond de notre âme le besoin que nous avons de cette lumière ; fai-

1 Quaerite Dorninum, et confirmamini ; quœrite faciem ejus semper. Ps. civ, 4.

2 Quid tibi vis faciam?... Domine, ut videam. Luc. xvni, 41.

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sons notre possible pour la trouver : car Dieu demande cela de nous ; mais quand nous aurons fait ce que nous pouvons, reposons-nous sur lui et laissons-le faire ; pourvu qu'il nous tienne, c'est assez. Voilà une remarque, faite en passant, qui est de grande importance.

Vous pourrez encore exposer à Dieu votre désir d'entrer dans le secret de sa face divine par ces paroles de David, qui lui dit en parlant des âmes qui veulent être à lui : « Vous les cacherez dans le secret de votre visage contre les troubles des hommes ' », et vous supplierez sa bonté de les accomplir sur vous, en vous y disposant par trois choses :

i° Par l'humilité qui vous fera reconnaître que vous avez un besoin absolu d'y être mise à couvert, que sans le regard de sa face la vie est plus misérable que la mort, que vous êtes indigne d'y être reçue, mais que vous conjurez sa bonté par ce qu'elle est elle-même de vous y recevoir, puisque vous ne le désirez que pour lui devenir plus agréable.

2° Par le dépouillement de vous-même, dont vous ferez des actes en protestant de ne vouloir au ciel et sur terre que Dieu seul, le Dieu de votre âme et de votre cœur et votre partage pour l'éternité, et en reconnaissant qu'il est l'unique objet auquel vous voulez vous attacher sans considérer le reste sinon en lui et pour lui, et en chantant dans le fond de votre âme avec David : « Pour moi, mon unique bien c'est de m'aîtacher à Dieu et de

1 Abscondes eos in abscondito faciei tuas a conturbatione hominum. Ps. xxx, 21.

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mettre toute mon espérance dans le Seigneur mon Dieu ' ».

3° Enfin, par une haute estime de la puissance de Dieu, accompagnée d'une ferme confiance imitant celle de cette malade qui, pleine de foi, disait en son cœur : « Si je touche seulement la frange de son vêtement, je serai guérie 2 ».

Ouvrez aussi votre cœur aux affections en disant par exemple : O divine face de mon Seigneur ! ô Sauveur de mon âme, qui êtes le miroir sans tache et la parfaite image de la bonté de Dieu! O brillant éclat de la lumière éternelle! il ne faut qu'un seul de vos regards pour pénétrer mon pauvre cœur des sentiments de votre amour, pour remplir mon âme des splendeurs de la vérité et pour la rendre fidèle. Oh ! je veux espérer avec confiance qu'enfin j'aurai quelque jour l'honneur d'être entièrement à vous et de pouvoir dire avec l'Epouse du Cantique : « Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est tout à moi 3 ».

Tâchez de faire entrer cette estime et cette confiance bien avant dans votre âme, et souvenez-vous que, de même que les Bienheureux voient en Dieu par un seul regard toutes les choses qu'ils peuvent connaître, ainsi Dieu pénètre souvent notre raison par un seul regard en nous manifestant la vérité, et détermine notre volonté en nous faisant voir dans le silence de la paix, quand même il ne durerait

1 Mihi autem adhaerere Deo bonum est : ponere in Domino Deo spem meam. Ps. lxxii, 28.

2 Si tetigero tantum vestimentum ejus, salva ero. Matth. IX, 21.

3 Ego dilecto meo, et dilectus meus mihi. Cant. vi, 2.

qu'un moment, qu'il est l'unique bien de notre âme, qu'il est son salut, son tout.

Vous étant ainsi disposée pour entrer dans le secret de cette divine face et pour paraître devant ce miroir où tout est représenté sans qu'il manque rien du passé, de l'avenir et du présent, vous ferez les considérations suivantes sur le premier point, à savoir : « Sur l'excellence de l'honneur que Dieu nous a fait en nous aimant, en voulant être aimé de nous, et en nous choisissant pour l'aimer par état et profession ».

CONSIDÉRATIONS

Première considération. — Réfléchissez sur les vérités qui vous sont ici proposées :

L'amour de Dieu envers nous est le principe de notre être, puisqu'il n'a rien fait qu'il n'ait voulu et par conséquent qu'il n'ait aimé.

Le Seigneur ne nous a faits que par amour, et pour exercer sur nous son amour.

Bien grande est la noblesse de nos âmes, puisqu'elles sont nées de l'amour d'un Dieu. Aussi il ne faut pas s'étonner si l'amour de Dieu leur est si naturel, si leur propre impulsion les porte à le chercher sans pouvoir se reposer ailleurs, et si elles trouvent tant de joie dans son amour, puisqu'elles sont faites d'amour et d'un amour le plus noble de tous les amours. En effet il n'est fondé ni sur les avantages qu'il peut tirer d'elles, car les créatures sont incapables d'en procurer à Dieu ; ni sur la reconnaissance, car l'ingratitude des hommes a toujours été présente à sa pensée; ni sur les

complaisances, car l'amour des hommes ne peut être comparé à celui de Dieu. En cela donc le pur amour divin se sert ici de motif et de fondement à lui-même.

Eh quoi ! ma chère Sœur, se peut-il trouver un amour plus grand que celui d'un Dieu, dont la majesté et la grandeur surpassent toutes nos pensées, qui est venu vous chercher, quoique vous fussiez sans beauté, sans bonté, sans richesses et sans rien qui le pût attirer, qui vous est allé trouver dans le néant pour vous prévenir de son amour, afin que de ce néant il fît quelque chose qu'il pût aimer et qui fût capable de l'aimer en retour.

Nous n'aurons rien autre chose à dire sur ce sujet, ma chère Sœur, sinon qu'il faut nous abîmer dans notre premier néant, en reconnaissant que nous n'avons ni pensées ni paroles qui puissent exprimer de quelle manière et jusqu'à quel point Dieu nous est tout.

De notre néant de nature passons au néant du péché, où l'infidélité et l'ingratitude nous ont précipités, et considérons un Dieu qui, comme oublieux de soi-même et de sa majesté, se déguise par des inventions toutes d'amour, se fait victime pour racheter ce néant et le retirer du précipice, d'où l'amour offensé le relève par des moyens admirables pour le rendre à son amour apaisé. Si David sentait « son âme défaillir à la vue de la beauté de la maison de Dieu l », ces vérités reconnues devraient rendre nos âmes tout interdites à la vue de l'excellence de son amour envers nous et de l'honneur

1 Déficit anima mea in atria Domini. Ps. lxxxiii, 3.

qu'il nous fait en nous aimant. Mais du moins dans notre impuissance imitons encore l'aveugle de l'Evangile en priant Jésus-Christ qu'il nous fasse voir, O mon Seigneur ! si je voyais les choses comme elles sont, et si je connaissais les merveilles de votre amour sur moi, que serais-jë et que ne feraisje pas? Vous m'êtes venu ainsi chercher dans le néant afin de me faire ce que je suis et afin de m'aimer : que puis-je dire sur une semblable merveille de charité?... L'honneur et l'excellence de votre amour envers moi me surpassent. Tout ce que je puis dire, c'est que vous, ô mon Dieu, existant par vous-même, vous êtes toujours Celui qui est, tandis que moi, n'étant quelque chose que par vous, je suis toujours rien par moi-même. O mon Seigneur ! louez-vous donc vous-même pour moi, admirez-vous vous-même. O Dieu qui êtes tout ! suppléez à mon néant, et rendez-vous à vous-même l'honneur que vous méritez pour avoir daigné prévenir et honorer de votre amour une chétive créature comme moi.

Deuxième considération. — ■ Dieu veut être aimé de vous ; il ne vous a donné la liberté qu'afin que vous eussiez de quoi pouvoir l'aimer par un libre choix de votre volonté, et non par nécessité ou par contrainte. Il n'a pas discontinué de verser en vous l'abondance de ses bienfaits, nonobstant vos ingratitudes, afin de vous montrer que par ses œuvres il ne cessait point de vous aimer ; et cela pour vous attirer à ne pas vous éloigner davantage de lui et pour vous donner l'assurance que vous serez encore reçue à l'aimer de nouveau. Mais Jésus-Christ vous a montré dans sa vie et dans sa mort le grand

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désir qu'il a d'être aimé de vous, puisque l'amour, lui a fait faire un sacrifice de sa vie pour vous mettre en état de le pouvoir aimer. Il est mort d'amour pour réparer en vous la perte de votre amour, et son amour s'est porté aux extrêmes afin d'animer le vôtre à lui rendre vos reconnaissances par un amour qui tâche d'imiter le sien.

Troisième considération. — Dieu veut être aimé de vous avec persévérance, et c'est pour cela qu'il vous a attirée à un état où se rencontrent beaucoup de liens de charité pour attacher votre liberté à son unique bien ; et ainsi il a voulu prendre contre vous des précautions pour vous empêcher de vous séparer de sa charité. Vous pouvez dire qu'il a comme peur de vous perdre, puisqu'il veut assurer votre salut par tant de nouveaux moyens.

Mais en voulant, vous préserver de votre perte, il vous dispose en même temps à parvenir à la perfection de son amour par sa sainte vocation, qui vous met dans un état où vous êtes séparée des mauvais exemples, des objets de vanité, des conversations dissolues, des occasions prochaines et de plusieurs autres choses nuisibles qui, se trouvant dans le monde, exposent au danger de perdre le saint amour. Tout cela en effet aurait peut-être été pour vous recueil de votre salut, et le navire de votre âme aurait pu s'y briser; mais dans l'état religieux ces obstacles sont écartés, et vous y trouverez tous les moyens bien préparés pour vous dépouiller de ce qui pourrait vous empêcher d'être remplie et revêtue de ce saint amour.

Tâchez donc de vous abîmer ici dans la recon-

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naissance, et si vous n'avez pas des paroles et des sentiments tels que votre âme voudrait bien les avoir, prenez à partie l'amour de Dieu même, en lui disant par exemple : O saint amour de Dieu ! vous êtes toujours vous-même. Vous êtes venu me chercher dans le néant de la nature pour me faire votre créature; vous êtes venu me chercher encore dans le néant du péché pour me faire l'œuvre de désir de votre amour; enfin vous m'avez poursuivie pour me tirer du siècle corrompu et pour me faire l'ouvrage de la tendresse de votre saint amour. O amour sacré ! pénétrez-moi de sentiments de reconnaissance pour tout ce que je vous dois. Pour moi je me tiendrai toujours anéantie devant vous, afin que vous me soyez toujours tout en toutes choses.

Tournez-vous aussi vers la sainte Vierge et conjurez-la, par toute la tendresse de l'amour de son Fils envers elle et de celui qu'elle a pour son Fils, de vous être favorable et de vous pénétrer l'âme de ces vérités, afin de bien accomplir vos résolutions. Priez-la de dire un mot à votre cœur, comme elle fit au jour de sa Visitation, et ce mot vous suffira.

Adressez-vous encore au saint Fondateur de votre Institut de la Visitation, et reconnaissez que vous lui êtes obligée comme à votre Père, puisqu'il a pourvu à votre éducation spirituelle et temporelle comme un père au cœur rempli de charité. Diteslui ce que vous attendez encore de son secours paternel, et priez-le qu'il vous obtienne de Dieu la grâce de recevoir dans votre cœur une grande blessure d'amour, d'où sortent la reconnaissance et la

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fidélité pour accomplir les résolutions que vous prenez sur ces vérités reconnues.

Conjurez enfin toutes les saintes filles de la Jérusalem céleste, et dites-leur que, sachant qu'elles ont trouvé le Bien-Aimé et qu'elles en jouissent, vous les priez d'avoir la charité de lui annoncer de votre part que si vous n'avez pas l'honneur et le bonheur d'être languissante de son amour, au moins vous avez le désir d'en mourir. Vos résolutions seront les suivantes :

i° D'estimer votre âme si noble que vous regardiez comme indigne d'elle tout ce qui est matériel, qui périt, ou qui n'a pas de rapport à l'amour de Dieu.

20 D'estimer votre amour comme un bien très précieux, puisque Dieu veut en tirer de la complaisance, et par conséquent de ne pas dépenser cet amour inutilement par des affections superflues.

3° D'estimer votre état comme une marque de prédestination et comme une heureuse demeure, où il vous a enfermée pour s'assurer de vous et vous éloigner du danger de quitter son amour et de perdre le vôtre.

40 D'estimer comme très malheureuse la volonté qui abuse d'une si grande bienveillance de Dieu à son égard : car c'est vouloir se perdre comme en dépit de Dieu, quand il donne tant de moyens de se sauver et que l'on ne veut point s'en servir*

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