MOYENS POUR DÉCOUVRIR LES DÉFAUTS D'AMOUR ENVERS DIEU
Pour cela vous acquiescerez en sa présence aux deux vérités suivantes :
i° Si Dieu n'a pas voulu nous donner à connaître en cette vie mortelle avec une certitude de foi si nous sommes dignes de son amour ou non, cela ne provient que d'un dessein secret du même amour, qui veut se conserver et s'augmenter en nous sans nous mettre en danger d'abuser de ses grâces, et qui veut nous faire croître en res-
MEDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 75o,
pect et en humilité envers notre Père céleste.
S'il nous traite avec cette réserve paternelle, c'est pour nous préserver de l'abus de ses bontés ; c'est aussi pour nous obliger à faire l'exercice de la confiance et de l'espérance, et pour avoir le plaisir de nous voir toujours recourir à lui, espérer en lui et nous reposer en lui. Mais s'il fait quelquefois goûter à l'âme la suavité de cet amour, c'est afin que la connaissance de son excellence l'excite à la diligence ; et s'il lui laisse la crainte d'en être privée, c'est que le désir de l'avoir et la crainte de ne l'avoir pas sont un excellent moyen pour la tenir toujours dans l'exercice de le poursuivre et de le rechercher.
2° Pour connaître les défauts de notre amour, il faut nous contenter d'examiner notre volonté, et, de même que les médecins tâtent le pouls de leurs malades, il nous faut bien observer ses mouvements.
Ouvrez ici votre cœur à l'adoration des conseils de Dieu, et avouez que tout ce qu'il fait est fait avec une parfaite sagesse. O Seigneur mon Dieu! je ne désire savoir que ce que vous voulez que je sache; ce m'est trop d'honneur de savoir que je vous appartiens. Je voudrais savoir à ma mode et sentir à ma façon, mais je ne dois vouloir, ni connaître, ni goûter que comme vous le voulez.
Après cela examinez votre volonté sur les articles suivants :
i° Voyez si elle est pénétrée de la résolution d'être toute à Dieu et de s'avancer dans l'accomplissement de sa divine volonté, jusqu'à faire non seulement celle qui est bonne, mais aussi celle de son
bon plaisir et celle qui est parfaite. Les raisons de cette résolution sont, ma chère Sœur, si bien fondées sur ce que Dieu est, sur son amour envers nous et sur nos obligations envers son amour, qu'il faut avoir renoncé à la raison et au sentiment pour n'en pas confesser la grande justice.
Regardez donc en quel état cette résolution se trouve dans votre volonté, et ouvrez votre cœur à Dieu pour en reconnaître affectueusement la justice.
Confessez vos négligences et vos ingratitudes, et finissant toujours par une amoureuse humilité, dites à Dieu ces paroles de Job : « J'ai péché, que ferai-je pour vous contenter, ô souverain gardien des hommes ' ?» Proposez-vous de vous amender en vous confiant au secours de cet excellent gardien.
20 Voyez encore si votre volonté n'est pas retenue par quelque attache frivole à certaine créature, et si elle jouit de ce qui lui est accordé en cette vie avec la sainte indifférence d'une volonté souple au bon plaisir de Dieu.
Les raisons de cette indifférence sont évidentes : car la volonté qui n'a point cette soumission dérobe ce qui ne peut être dû qu'à l'amour éternel de Dieu, qui dure toujours et à qui tout appartient. De plus elle se fait tort à elle-même, en se fournissant ce qui bannit d'elle la paix et ce qui par sa privation lui attire des douleurs.
Regardez donc en quel état est votre volonté sur cet article. Reconnaissez votre déficit, con-
1 Peccavi : quid faciam tibi, o custos hominum ?Jobvn, 20.
MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 76 I
fessez-le, et, vous humiliant, proposez-vous de vous corriger.
3° Voyez enfin si vous avez un vrai désir de ne nourrir aucun péché volontaire, pour petit qu'il soit, ni rien qui soit contraire à la perfection de votre état. Vouloir faire autrement, c'est vouloir toujours marchander avec Dieu et vouloir qu'il répande son amour sur nous en toutes choses, pendant que nous voulons réserver la meilleure partie du nôtre : car la meilleure partie, c'est le retranchement qu'on ne veut pas faire de toutes sortes de réserves.
Ici encore regardez en quel état est votre volonté sur ce dernier article; reconnaissez votre déficit, confessez-le, et, vous humiliant, proposezvous de vous amender et corriger en tous vos manquements.
Mais pour découvrir devant le divin miroir les défauts de votre amour envers le prochain, vous ferez les considérations suivantes.