‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 144 sur 164 · MOYENS POUR DECOUVRIR LES DÉFAUTS D' AMOUR ENVERS LE PROCHAIN · texte numérisé non relu

MOYENS POUR DECOUVRIR LES DÉFAUTS D' AMOUR ENVERS LE PROCHAIN

Première considération. — L'amour de Dieu et celui du prochain viennent d'une même source. Cet amour étant unique en Dieu, il ne peut aimer ni le prochain, ni vous-même, que par un même amour. Jésus-Christ joint l'amour du prochain à l'amour de Dieu en répondant à celui qui l'interrogeait, et par là il lui fait connaître que ce serait vouloir diviser l'amour de Dieu, si l'on prétendait

en séparer celui du prochain ; et par conséquent il ne faut pas s'étonner si S. Jean pose l'amour du prochain comme la vraie preuve de celui que nous portons à Dieu : car, dit-il, « celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ' ? »

Deuxième considération. — On fait une grande perte à l'égard de Dieu, à l'égard de soi-même et à l'égard du prochain par le défaut ou la diminution de la charité fraternelle, puisque la charité est la plus intime consolation de l'âme, qu'elle lui est naturelle et que c'est une même charité qui l'unit à Dieu et au prochain. Or en ne s'unissant pas au prochain, l'âme se désunit de Dieu, qui est le centre de son repos et de sa consolation.

La charité fortifie, car elle unit plusieurs choses ensemble pour une même fin. L'inconstance et la faiblesse qui se rencontrent dans la désunion, en font assez la preuve; mais que ne peut-on pas faire avec l'union de la charité?

De plus, la charité facilite l'exécution du bien, et enflamme à le faire par le bon exemple, par la cordialité des bons entretiens et par le secours mutuel. Hors de la charité il n'y a que dangers, chutes et désolations. N'est-ce donc pas faire une grande perte que de perdre les secours de Dieu, la consolation, la force et l'accomplissement du bien?

Troisième considération. — Ces pertes doivent être fort éloignées de la vie religieuse : car autrement on ferait une grande injure à Dieu et un

1 Qui enim non diligit fratrem suum quem videt, Deum, quem non videt, quomodo potest diligere? 1 Joann.iv, 20.

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 763

grand tort au prochain. Il s'y trouve en effet un concours de personnes qui font profession du véritable amour. La manière de bien aimer et l'occasion de sentir la douceur de la charité accomplie s'y rencontrent, et les âmes y sont disposées à devenir terribles au démon, comme une armée rangée en bataille.

Or qu'est-ce qu'une armée sinon une union de soldats bien rangés et bien réglés? Cela se rencontre aussi dans une communauté religieuse : l'union y est faite et bien réglée par la charité, et de cette union il se fait comme un corps d'armée. Celui donc qui trouble cette union par le défaut de charité, ne fait-il pas une grande injure à Dieu et un grand tort au prochain, que la charité de Dieu y a placé pour combattre et vaincre ses ennemis? Bien loin de se diviser il faut donc lutter pour défendre l'union de la charité, comme les soldats le font pour empêcher que leur bataillon ne soit enfoncé ou rompu : car s'il se rompt, c'en est fait d'eux. De même aussi si l'union de la charité se relâche en Religion, ce n'est plus une Religion : car les cœurs ne sont plus reliés ensemble.

Ouvrez sur cela votre cœur aux affections, ma chère Sœur, en disant par exemple : O source de charité ! que ne dois-je point faire ou souffrir pour ne pas empêcher que vous vous répandiez partout, que vous régniez partout et que vous absorbiez tout et toujours?

Qu'est-ce qui peut être comparé à cette aimable charité ? 0 mon Seigneur! puisque le soldat expose sa vie à la guerre pour contribuer à la victoire de son bataillon, je le reconnais, je serais lâche

et indigne d'être dans la milice de la sainte Religion, si je ne sacrifiais toutes mes satisfactions pour conserver l'union de la charité, pour l'augmenter et pour empêcher qu'elle ne soit violée ou diminuée.

Examinez ensuite l'état de votre âme sur la charité envers le prochain.

i° Voyez si vous avez la ferme résolution d'aimer toutes vos Sœurs également pour Dieu, sans vouloir vous complaire plus en l'une qu'en l'autre sinon par la raison d'une plus grande ressemblance qu'elle aurait avec Dieu, c'est-à-dire d'une plus grande vertu : car hors de là ce ne serait pas aimer le prochain avec justice, ni purement pour Dieu.

20 Voyez encore si vous ne nourrissez pas d'aversion, si petite qu'elle soit, contre quelqu'un : car nourrir l'aversion, c'est vouloir affamer la charité.

3° Voyez enfin si vous êtes résolue de supporter les autres avec patience, et si vous vous étudiez à la douceur qui est comme le baume de la charité, qui récrée le cœur, adoucit le mal et guérit les plaies. Sans cela votre charité ne ressemblerait qu'à un soleil représenté dans l'eau d'une fontaine, qui ne paraît plus quand on vient à agiter l'eau ou à la troubler.

Le fruit spirituel de cet examen et vos résolutions seront de vous étudier à retrancher en vous tout ce qui est contraire à ces vérités.

Adressez-vous à la sainte Vierge et à votre bienheureux Père ; conjurez aussi toutes les âmes saintes de la céleste Jérusalem, par la charité et

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX j65

l'union où elles sont avec Dieu et qu'elles ont entre elles, de vous accorder un secours favorable.

Page 1