‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 153 sur 164 · TROISIÈME ÉTAPE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉTAPE

En cette troisième demeure vous considérerez votre âme, vous la verrez venant toute pure du

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 79 I

ciel et sortant des mains de Dieu. Vous réfléchirez qu'elle est ici-bas comme dans une terre étrangère, qu'elle porte partout des caractères et des traits de la ressemblance de Dieu, et qu'elle ne peut se contenter ni se nourrir de ce qui est matériel et terrestre. Vous la regarderez comme une flamme qui ne tend qu'à s'élever à l'éternité, à l'immortalité et au souverain bien d'où elle est sortie, et qui se porte à lui être réunie comme à son principe : en effet il ne l'a mise sur la terre que pour mettre sa fidélité dans l'exercice de l'épreuve et pour voir si la liberté de cette âme se portera à ne s'attacher à rien de ce qui l'environne, afin d'être à lui seul. C'est ici que Dieu attend nos âmes pour s'unir à elles et pour les rendre des victimes bienheureuses de sa charité ; mais il faut que nous les mettions dans une solitude parfaite, qui nous fasse renoncer à nos désirs et à toutes nos volontés, à nos affections et à nos prétentions, afin d'être nus et dépouillés de tout et exposés comme des victimes pour être sacrifiés de sa main et selon son bon plaisir.

Parlez à Dieu sur ce sujet, reconnaissez que vous savez avec certitude que l'intention de sa charité n'est autre que de nous consommer dans son union, et regrettez tous les obstacles que vous avez mis à ses desseins.

O Seigneur ! je sais bien que pour unir un objet à un autre il faut qu'il n'y ait rien entre eux qui les sépare ; la main qui est couverte d'un gant ne peut pas être jointe à une autre si le gant n'est enlevé : car autrement ce n'est point la main que l'on touche, c'est le gant. Comment donc pour-

rais-je prétendre à être unie à vous, si mon âme ne se trouve seule à seule avec vous et dépouillée de tout?

Proposez-vous de faire la consommation de votre solitude par celle de votre âme : car c'est elle qui fait la consommation de l'union et du sacrifice, et qui donne la véritable liberté des enfants de Dieu que nous avons marquée comme nécessaire au sacrifice de la charité.

Avancez donc heureusement, ma chère Sœur, et remplissez bien ces trois journées de marche dans votre solitude. La première empêchera votre cœur d'être partagé ; la deuxième conservera votre esprit par la simplicité et la confiance; la troisième vous rendra comme anéantie pour être transformée en une nouvelle créature, rendue et réunie à Dieu son principe et son tout. C'est ainsi qu'en perdant heureusement votre âme vous la retrouverez selon la parole de Jésus-Christ, le Seigneur béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

N. B — Le traité sur le scrupule formait avec les Considérations sur l'enfance de Jésus-Christ et sur la grandeur de Dieu le XIIIe Avis de la quatrième édition du présent ouvrage ; nous avons pensé que ce traité serait mieux placé après celui sur le péché, et nous avons mis les Considérations à. la suite des Méditations (XII* avis), à la place des Réflexions sur la communion dont nous avons fait un chapitre à part.

Enfin nous avons divisé en deux (XIV et XV) le XIIe Avis de la précédente édition qui traitait de la Profession religieuse et de la Retraite annuelle.

Préface vu

Page 1