DEUXIEME ETAPE
En cette deuxième demeure vous considérerez votre esprit, vous le reconnaîtrez fort vif à se porter sur ce que les affections du cœur lui présentent ; et l'expérience de la solitude du cœur vous fera connaître qu'elle sert beaucoup à la solitude de l'esprit. Vous verrez que l'esprit humain a une grande pente à la curiosité, à la subtilité, à la variété et à la multiplicité. La curiosité le dissipe,
1 Daus cordis mei, et pars mea Deus in ceternum. Ps. lxxii, 26.
la subtilité le préoccupe et l'aveugle, la variété aiguise sa faim, et la multiplicité l'accable. Mais que faire pour mettre cet esprit en solitude ? Il faut s'appliquer à bannir par la liberté d'une volonté généreuse ces quatre sortes de compagnies qu'il cherche volontiers, et le ramener à la simplicité et à l'unité du Père des esprits et de l'Esprit principal qui est son centre. Par ce moyen vous acquerrez le silence intérieur que nous vous avons marqué comme nécessaire pour bien faire votre sacrifice.
Parlez à Dieu sur ce sujet et remettez votre esprit entre ses mains avec celui de son Fils bien-aimé mourant en croix. Remontrez-lui l'égarement de vos pensées et renoncez à tout ce qui pourrait vous détourner de lui. Demandez-lui qu'il conserve votre cœur et vos connaissances pures contre la vanité de la curiosité, la tromperie de la subtilité, l'amusement de la variété et l'accablement de la multiplicité.
O Seigneur ! votre conversation ne se fait qu'avec les simples. Mais qui sont ces simples ? Ce sont ceux qui n'ont que vous, qui ne partagent ni leurs intentions, ni leurs affections avec d'autres que vous, qui s'attachent à vous pour devenir un même esprit avec vous.
Examinez vos fautes et proposez-vous de devenir dorénavant une bonne solitaire d'esprit.