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ÉCONOMIE OU UTILITÉ DU SCRUPULE

Par ce mot économie j'entends la sage disposition de la Providence touchant cette matière. En effet c'est par une grande sagesse que la Providence divine a voulu laisser dans la nature corrompue ce

sentiment du remords comme un précieux stimulant : car cela lui sert de bride pour l'empêcher de suivre si facilement son penchant naturel, et d'éperon pour la faire agir contre les sentiments dépravés de l'esprit, pourvu que l'âme veuille s'appliquer à s'en servir ; mais toute la difficulté et tout le secret mystérieux consistent à s'en bien servir.

Tous les hommes, ainsi que nous l'avons expliqué, ont des dispositions au scrupule, les uns plus que les autres selon la différence de la vivacité des esprits et selon d'autres dispositions qui ne peuvent se déterminer pour chacun en particulier, mais qui sont connues de Dieu seul, et cela suffit. C'est lui seul en effet qui connaît le fond des cœurs des enfants des hommes et qui dispose de tout par sa Providence ; il tient compte de toutes choses, il connaît jusqu'au nombre des cheveux de notre tête, et rien ne nous arrive que par ses ordres. Voilà ce qu'il nous suffit de savoir, sans qu'il soit besoin d'entreprendre de pénétrer plus avant. Or il est constant que dans l'économie de cette adorable Providence le scrupule sert, de même que les autres tentations, pour exercer la foi et la confiance de ses enfants et pour les rendre diligents, fidèles et intelligents.

Dieu permet donc que le scrupule attaque les âmes des commençants et même qu'il exerce quelquefois celles qui sont avancées, nonobstant leurs connaissances, pour apprendre aux premières à être circonspectes et vigilantes et aux autres à se tenir humbles et ferventes.

Que faire donc, me direz-vous, si Dieu se sert du scrupule pour nous rendre meilleurs? Nous

vous aurons bientôt répondu par cet exemple : Que fait-on à l'égard des infirmités du corps? Vous le savez, on en évite les causes avec soin et le mieux que l'on peut. Or nous voyons que les personnes qui sont sobres et chastes vivent longtemps, au lieu que les intempérants et les libertins, qui veulent suivre leurs appétits déréglés, deviennent comme des boutiques d'apothicaires. Quand la maladie arrive, on la regarde comme une disposition de la Providence, on offre sa peine à Dieu, on se soumet entièrement à son bon plaisir; mais on retranche aussi ce qui peut entretenir la maladie, et l'on fait tout ce qu'on peut pour s'en délivrer promptement : car c'est la volonté de Dieu qu'on fasse son possible pour recouvrer la santé. Il faut agir de même à l'égard du scrupule, l'éviter le plus qu'on peut par la sobriété et la droiture d'une raison bien conduite, en offrir la peine à Dieu quand il arrive, et tâcher d'en guérir le mal le plus promptement possible, quand on s'en voit attaqué.

Les enfants de Dieu qui se sentent agités de quelque sentiment de scrupule, doivent se consoler en pensant, selon la parole de S. Paul, que « tout sert au bien de ceux qui aiment Dieu ' » ; mais les âmes négligentes et celles qui avalent le péché comme l'eau, qui sont agitées de scrupules quand elles ont fait le mal ou qu'elles ont été lâches dans la fuite des occasions, doivent les considérer comme des punitions de leurs fautes; et il faut leur dire qu'elles méritent bien de demeurer condamnées à la gêne

1 Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. Rom. vin, 28.

de l'esprit tant qu'elles ne voudront pas obéir à Dieu et qu'elles suivront les égarements de leurs esprits et les désirs de leurs cœurs. Ces sortes de scrupuleux ne méritent guère qu'on les plaigne ; au contraire il faudrait leur souhaiter autant de peines qu'il en serait besoin pour faire que le tourment de l'esprit les contraignît de suivre de bons conseils et de renoncer entièrement à eux-mêmes.

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